‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 62 sur 169 · I. Contradictions économiques, ch. XI · texte numérisé non relu

I. Contradictions économiques, ch. XI

Louis Blanc, l'homme qu'il a le plus détesté, l'hérédité elle-même, cet espoir du ménage, ce contrefort de la famille, cette raison dernière delà propriété.

Sans l'hérédité, la propriété n'est qu'un mot, le rôle de la femme devient une énig-me. Sans l'hérédité, non seulement il n'y a plus d'époux ni d'épouses, il n'y a plus ni ancêtres ni descendants. Que dis-je? il n'y a pas même de collatéraux puisque, malgré la sublime métaphore de la fraternité citoyenne, il est clair que, si tout le moude est mon frère, je n'ai plus de frère. C'est alors que l'homme, isolé au milieu de ses compagnons, sentirait le poids de sa triste individualité, et que la société, privée de ligaments et de viscères par la dissolution des familles et la confusion des ateliers, pareille à une momie desséchée, tomberait en poussière. C'est parce que les hommes meurent et que les sociétés se transforment que l'hérédité est nécessaire; c'est parce que la famille ne doit jamais périr qu'au mouvement qui emporte incessamment les générations il faut opposer un principe d'immortalité qui les soutienne. (Jue deviendrait la famille si elle était sans cesse divisée par la mort, si chaque matin elle devait se reconstituer parce (|ue rien ne rattacherait le père aux enfants? Proudhon place alors dans la bouche du palerfamilias cet admirable discours : « Lorsque je fais mon testament, je ne le « fais pas seulement pour ceux que j'institue mes héri- « tiers; je le fais aussi pour moi. L'acte de mes dernières « volontés est une forme par laquelle je continue à jouir (( de mes biens après que j'ai cessé de vivre, une manière « de rester dans la société que jequilte, une prolongation « de mon être parmi les hommes. C'est le lien de soli- « darité qui m'unit <à mes enfants, qui rend entre nous (( les affections^ les obligations communes. Vous me

(( vantez votre prévoyance, en échange de laquelle vous « me demandez mon bien , Je compte plus sur moi • « môme que sur un fondé de pouvoirs. Vous avez trop « de soins pour penser à tout et en temps utile. D'ail- « leurs, je ne vous connais pas. Qui donc étes-vous, « vous qui vous appelez l'Etat? Qui vous a vu? Où « demeurez-vous? Quelles g-aranties sont les vôtres ? »

Sur tout cela d'ailleurs, le g-enre humain est unanime, moins cependant le socialisme, qui seul, dans le vag-ue de ses idées, a le tort de protester contre l'unanimité du g-enre humain. Qui dit cela? Proudhon *. Certains démocrates s'imag-inent qu'une convention sociale, aussi spontanée, aussi universelle que l'hérédité, n'est pas un fait naturel : ils n'ont pas l'air de se douter que ce qui sort de la conscience humaine est aussi naturel que la cohabitation et la génération. C'est encore lui qui parle et jamais on n'a mieux justifié , contre Proudhon lui-même, l'appel au consentement universel.

Mais chaque nation peut s'apercevoir , après cinq minutes de réflexion, que sa propre existence est liée à la lég-itimité de la propriété privée. Où trouverait-elle donc elle-même contre l'universalité des êtres humains son titre d'appropriation ? Dans le nombre de ses membres? Les économistes ont finement raillé la thèse des collectivistes en leur demandant si la Grèce, si le Danemark, si la république de Saint-Marin leur semblaient assez peuplés pour constituer une de ces unités (|ui peuvent revendiquer un monopole sur quelque portion du g"lobe. Si le collectiviste me répond affirmativement, dit Tun d'eux 2^ il se met en contradiction avec son principe : car il aboutit à une petite propriété, à un petit

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