‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 64 sur 169 · I. Le Collectivisme, par Paul Leroy-Beaulieu, 1. I, ch. IV · texte numérisé non relu

I. Le Collectivisme, par Paul Leroy-Beaulieu, 1. I, ch. IV

s'abstient d'accumuler les fruits de sa pêche, dosa chasse, de sa culture, de son industrie, ses voisins sont appauvris et la famine, qui le menace, les menace en même temps. Si l'individu suspend un seul moment ses efforts et laisse retomber nonchalamment son bras, c'est toute l'espèce qui sera vaincue par la nature. Chaque Peau- Rouge vivant du produit de sa chasse a besoin de 78 milles carrés, un Patagonien de 68 milles, il en faut cinquante-huit à l'indig-ène australien pour soutenir sa misérable existence, tandis que la Belg-ique a cinq cents habitants par mille carré. On s'est plu à comparer les Etats-Unis de 1895 à ceux du dix-septième siècle où six cent mille Indiens erraient du Pacifique à l'Atlantique sur un territoire de 7.888.000 kilomètres, péchant le saumon en Californie, chassant des chèvres dans les Montag-nes-Rocheuses, des bisons dans la Prairie, cultivant un peu de maïs et des melons d'eau sur les bords du Mississipi : soixante-deux millions d'hommes habitent aujourd'hui le même espace, récoltant neuf millions de balles de coton, offrant toujours plus de blé, de bétail, de porcs à l'ancien monde, ayant pour le reste du globe un immense réservoir d'alimentation animale et vé^-étale*. La propriété individuelle a fait ce miracle. Elle en opère un tout semblable au sud de l'Afrique où de petites colonies comme Natal, le Cap, les pays Boers sont devenues des États importants, où la population blanche a décuplé, où le réseau ferré du Cap a passé eu six ans de 69 milles à 2.249 milles, où la république du Transvaal a quadruplé ses importations et ses exportations dans 'espace de deux années; où, dans un espace de sept années, une ville comme Johannesburg est sortie du sol,

et St^^*""^"^^*^^ Guyof, la Propriété. Origine et évolution, pp. ;u

offrant à une population de soixante-dix-mille âmes ses larges rues, ses grands hôtels, ses magasins, ses théâtres. Cecil John Rhodes, directeur gérant de la British south Africa Company, rappelait naguêres (i8 janvier 1890) aux actionnaires de cette grande société qui est elle-même un des premiers propriétaires du globe les merveilles accomplies par la mère-patrie : « La ft première fois, disait-il, que je suis revenu en Angleterre « remontant la Tamise, je vis tout le monde occupé : à « quoi ? On travaillait pour l'univers. J entrai dans une (( fabrique et je ne vis pas un ouvrier qui ne travaillât (( pour le monde entier. » Sans doute. Mais^ sur les les bords de la Tamise comme ailleurs, on ne travaille pour l'univers qu'à la condition de travailler pour soimême : en supprimant ou en réduisant la propriété personnelle, on supprime ou l'on réduit cette clientèle de l'univers. Celui-ci le sait de mieux en mieux : l'adhésion qu'il avait donnée, jadis instinctive et vague, se précise et s'affermit.

§ 3. — De l'occupation comme fondement de la propriété.

Parmi les jurisconsultes, les philosophes et les économistes qui ont disserté sur la propriété, quelques-uns la font dériver exclusivement de l'occupation. On lit dans les Institutes : Qaod ante nutlius est, id natU' rali rations occupanti conceditar. L'occupa.lion, répète M. Yves Guyot, est le vrai fondement de la propriété. D'autres, comme M. Thiers *, enseignent que le fondement indestructible du droit de propriété, c'est le travail.

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