I. Premier mémoire, etc., eh. III
une chose et de la g-arder pour sol est un instinct primitif de l'homme? Le chien enterre un os et se bat pour le défendre, le g-orille défend sa trique; l'homme fait acte de premier occupant sur un morceau de pierre qui va bientôt devenir^ entre ses mains, hache ou lance. Ceci, dit-il, est à moi. Les produits de sa chasse ou de sa poche, une fois appréhendés, sont encore à lui. Ses semblables reconnaîtront promptement la lég-itimité de cette appropriation et cet instinct g-énéral, particulièrement développé dans la race humaine, devient une condition de sa supériorité. Mais l'hirondelle a son nid, le lapin son terrier, le castor sa cabane : il est inévitable que l'homme mette à son tour la main sur les gîtes et les cavernes ; qu'il s'y installe pour ne pas mourir de froid, qu'il tâche de les rendre habitables et d'en interdire l'accès aux bêtes fauves. Il détient donc ce coin du globe et, premier occupant, s'en croit déjà maître. Il s'avise bientôt de retourner quelques mottes de terre, d'y jeter une semence, d'enclore quelques mètres carrés autour de son arbre, et la propriété foncière est constituée. Jaloux de conserver pour lui-même l'abri plus ou moins habitable, le sol plus ou moins exploité comme il a conservé la pierre qu'il a taillée ou polie, il va reconnaître à son voisin le privilège qu'il revendique. Le droit exclusif de l'un sera compensé, consacré par le droit exclusif des autres. Nous cherchions un de ces rapports qui dérivent de la nature môme des choses ; il semble que nous l'ayons trouvé.
Proudhon ne le croit pas. L'homme, dit-il ', n'a pas même le domaine absolu de ses facultés et n'en est que l'usufruitier. S'il en était maître souverain, il s'empê-