‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 68 sur 169 · I. La propriété : Origine et évolution, p · texte numérisé non relu

I. La propriété : Origine et évolution, p

a d'ailleurs prévu qu'on utiliser aitplus tard, nous pouvons le supposer encore, une chute d'eau, le voisinag^e d'un fleuve, qu'un courant d'émigration ne tarderait pas à se former^ qu'une ville se bâtirait, etc., et s'est mis, par conséquent, en mesure d'occuper : il a proportionné son effort à la grandeur de ses prévisions. Il s'agit uniquement de savoir s'il a réellement occupé, s'il a marqué sa prise de possession d'un sceau manifestement reconnaissable. En général, l'utilité, par suite la valeur de toute propriété foncière se développe en même temps que la société, que la richesse publique. Mais la société ne doit pas moins à la propriété privée que la propriété ne doit à la société : celle-ci ne se serait pas développée sans celle-là et lui rend, en définitive, le service qu'elle en a reçu. S'il en est ainsi, pourquoi distinguer entre les différents actes de notre domination sur la nature? pourquoi celui-ci ne serait-il pas respecté comme les autres? C'est, répondent Proudhon et ses disciples, parce que ce premier occupant empiète sur la liberté des autres hommes; il empiète, parce que la terre est limitée dans son étendue. La terre, comme l'eau, l'air et la lumière, est un objet de première nécessité, dont chacun doit user Yihrementsans nui re à la jouissance cl' autrui . Ch. Comte enseigne qu'elle doit être « chose appropriée, étant chose limitée ». Il devait dire, au contraire, qu'elle ne doit pas être chose appropriée. En effets qu'on s'approprie une quantité quelconque d'air ou de lumière, personne n'en souffre puisqu'il en reste toujours assez; quant au sol, c'est autre chose. « S'empare qui voudra ou qui « pourra des rayons du soleil, de la brise qui passe et « des vagues de la mer, je le lui permets et lui pardonne (( son mauvais vouloir: mais qu'un homme vivant pré- « tende transformer son droit de possession territoriale en

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« droitde propriété, je lui déclare la g-ucrre et le combats « à outrance*. » Il est aisé de découvrir et de sig-naler, dans ce raisonnement, un certain nombre de fissures. D'abord Proudhon raisonne comme si la possession privative du sol était Tunique source de la richesse. Les économistes se sont appliqués à décrire, pour le réfuter, l'arrivée d'une petite colonie sur un continent inoccupé où de vastes horizons s'ouvrent devant elle. La terre s'ofFrant à qui veut la prendre, ceux qui voudront en défrichereten cultiver uneparcellel'occuperontsansdoute légitimement. Mais tous ces colons vont-ils donc s'adonner à la culture du sol? Non, sans doute; beaucoup d'entre eux aimeront mieux se faire manufacturiers, entrepreneurs de transports, commerçants, etc. Ceux-ci, maîtres de leur entreprise et capables d'en tirer un profit équivalent, seraient, en vérité, sans droit pour contester aux premiers occupants l'appropriation du sol, puisqu'ils pouvaient occuper comme eux, puisqu'ils ont donné, de propos délibéré, un autre essor à leur activité. Cependant la colonie se développera; les colons, plus nombreux, cultiveront des terres plus éloignées du premier centre populeux : en attendant la formation de centres nouveaux, comme les produits de ces terres auront à supporter des frais de transport plus considérables, la différence entre les charges de la production constituera sans doute au profit des premiers possesseurs un surcroît provisoire de bénéfices, et les terres occupées dans la première période trouveront dans leur situation privilégiée une valeur vénale indépendante de la mainmise originaire fécondée par le travail. Qu'importe? D'autres terres sont à prendre et peuvent être légitimement ap-

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