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et môme, au besoin, repousser la force par la force. S'il en était autrement, la justice serait violée, l'ég-alité môme serait méconnue.
Proudlion suppose que le sol fut partag-é nécessairement, à l'orig-ine, en portions adéquates, par un besoin d'ég"alité nécessaire à la sécurité publique. Il ferait ainsi dériver, contrairement à sa propre opinion, la première constitution de la propriété d'une loi civile, promulg-uée dans l'intérêt g-énéral. C'est, si nous ne nous trompons, un pur sophisme. 11 était utile, à coup sûr, qu'on traçât entre les possesseurs avec le concours des premiers pouvoirs publics certaines lig-nes de démarcation pour éviter les spoliations et les fraudes, mais non qu'on enfermât entre ces lig-nes des terrains g-éographiquement ég-aux. Les communautés de villag-e, à Java, ont attiré la complaisante attention des collectivistes. Mais il est établi par M. de Laveleye lui-môme* : 1° que le villag-e javanais n'est pas l'asile de l'ég-alité stricte et que les simples travailleurs exclus de l'allotement sont assez nombreux ; 2° que le tiers des boiiws y est constitué, dans certains districts, en propriété privée, dont la moitié par héritag-e ou achat. Le problème ne serait pas résolu, d'ailleurs, quand on aurait établi dans une île de la Sonde ce rég-ime de stricte ég-alité, car ses habitants n'auraient pas le droit de repousser avec des crocs les naufrag-és qui tenteraient d'aborder sur la côte. La difficulté n'échappe point à notre publiciste. 11 en conclut que, (< la mesure « de l'occupation n'étant pas dans la volonté, mais dans « les conditions variables de l'espace et du nombre, la « propriété ne peut se former ». Elle s'est formée pourtant et la conclusion devait être tout autre : c'est que
I. De la propriété et de ses formes primitives, pp. 53 et 54*
l'ég-alité n'est pas « la loi nécessaire et la forme catéo-o- « rique i », c'est que le pacte initial lui-même n'a pas reposé sur cette conception chimérique.
Encore une fois, quelle que puisse être l'égalité des droits et des besoins, la stricte égalité des possessions foncières est irréalisable. Gomment obtenir que les habitants de Formose et ceux de Madagascar, que les Islandais et les Touaregs s'accordent pour enfermer chaque propriétaire foncier dans des limites uniformes? Admettons un momentcette supposition absurde et que la limite uniforme soit posée sur toute la surface du globe ; comment maintenir l'égalité? comment empêcher que,' de deux terrains réputés d'abord égaux, l'un ne devienne plus productif que l'autre? qu'on n'échange un petit terrain très fertile contre de grands terrains improductifs? que les grands terrains improductifs ne deviennent à leur tour très riches entre les mains d'un nouveau maître ? L'égalité dans la possession se rompt à chaque minute de notre vie : elle s'écoule par d'innombrables fissures; elle est perpétuellement troublée par le jeu mystérieux des forces naturelles et par le libre jeu des facultés humaines. Quand Proudhon ose dire dans son deuxième mémoire : « Si l'égalité est une fable. Dieu « par qui nous agissons, nous pensons et nous sommes, « Dieu, qui mène la société par des lois éternelles, qui « récompense les nations justes et punit les propriétaires, « Dieu seul est l'auteur du mal, Dieu a menti », il écrit une phrase sonore et vide, il reproche à Dieu de n'avoir pas condamné l'humanité au carcan.