Lettre précilie du G janvier i84i
travail social cristallisé, le corps social n'a-t-il pas concouru, dans les mêmes proportions, à la formation de cette autre «utilité ))?Tous les sophismesou,si Ton veut, tous les arguments employés contre la propriété se retournent contre la possession, par cela seul qu'elle est un leurre, à moins de contenir le g-erme d'une appropriation quelconque.
Appropriation éphémère, a-t- on répondu, la possession n'eng-endre qu'une apparence, une ombre d'appropriation, puisque ces fruits, aussitôt perçus, sont consommés. Il suffit de remarquer que Je producteur, ayant « fait les fruits siens » peut en consommer une partie, en économiser ou en échang-er une autre. Le possesseur, ayant undroit quelconque de disposition, tombe au rang- de ces êtres infâmes auxquels s'applique l'inflexible aphorisme : la propriété, c'est le vol.
Aussi Proudhon, enfermé dans une impasse, revient-il un moment sur ses pas. Constatant qu'un produit ne va pas sans l'autre et qu'une industrie isolée est chose impossible, il reconnaît sans s'inquiéter de ses prémisses ni de ses conclusions que la participation générale aux produits (c a pour résultat de rendre communes toutes « les productions particulières », de telle sorte que chaqueproduit^sortantdes mains du producteur, « se trouve « d'avance frappé d'hypothèque par la société ». « Le (( producteur lui-même n'a droit à son produit que pour « une fraction dont le ^dénominateur est égal au nom- « bre des individus dont la société se compose. Il est vrai « qu'en revanche ce même producteur a droit sur tous « les produits différents du sien, en sorte que l'action « hypothécaire lui est acquise contre tous de même « qu'elle est donnée à tous contre lui ; mais ne voit-on « pas que cette réciprocité d'hypothèques, bien loin de
« permettre la propriété, détruit jusqu'à la possession? « Le travailleur n'est pas même possesseur de son pro- « duit; à peine l'a-t-il achevé que la société le réclame*.» Alors pourquoi condenser la doctrine du premier mémoire dans cette proposition finale ? « La possession « individuelle est la condition de la vie sociale ; cinq « mille ans de propriété le démontrent : la propriété « est le suicide de la société. La possession est dans le «droit; la propriété est contre le droit. Supprimez la (( propriété en conservant la possession; et, par cette « seule modification dans le principe, vous chang-erez « tout dans les lois, le g-ouvernement, l'économie, les « institutions; vous chassez le mal de la terre '^. » 0 prodig-e d'incohérence! Mais Proudhon, un peu plus haut, s'étaitdonné raisoncontre lui-même : tousles coups qu'il avait dirig-és contre la propriété retombaient sur la possession. On pouvait leur donner la même sépulture.
Cependant, après avoir assis sur cette base incertaine le droit de possession individuelle, il se hâte d'enseis^ner que, le droit d'occuper étant ég"al pour tous, la possession varie comme le nombre des possesseurs 3. Proposition d'autant plus étrang-e que Proudhon fait dériver du travail le droit à la possession. Or, deux travailleurs ne donnant pas la même somme de travail, comment justifier l'ég-ale répartition des possessions"?
Saint-Simon avait dit: « A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres. » Fourier a répété : « A chacun selon son capital, son travail et son talent. » Proudhon éprouve un profond mépris pour ces réformateurs et reproche avec véhémence aux deux sectes de