‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 74 sur 169 · I. Premier mémoire, etc., p. laC · texte numérisé non relu

I. Premier mémoire, etc., p. laC

•î. Ib., p. 25o.

3. C'est la seconde des dix propositions finales dans lesquelles il condense la doctrine de son premier mémoire.

poser en principe l'inégalité des conditions d'après les analogies de la nature qui, disent-elles, aurait voulu elle-même l'inég-allté des capacités.

A ses yeux, les travailleurs sont égaux et par conséquent l'un ne doit pas être rémunéré plus que l'autre. La somme des travaux qui peuvent être faits pour la société, c'est-à-dire des travaux susceptibles d'échange, étant, sur un fonds d'exploitation donné, d'autant plus grande que les travailleurs sont plus multipliés et que la tâche laissée à chacun d'eux est plus réduite, il s'ensuit que l'inégalité naturelle se neuti alise à mesure que l'association s'étend et qu'une plus grande quantité de valeurs consommables est « produite socialement ». Supposons que cette tâche sociale journalière évaluée pu labour, sarclage, moisson, soit de deux décamètres carrés, que la moyenne du temps nécessaire pour s'en acquitter soit de sept heures ; tel travailleur aura fini en six heures, tel autre en huit heures seulement, le plus grand nombre en emploiera sept; mais, pourvu que chacun fournisse la quantité de travail demandée, il a droit à l'égalité de salaire. Que celui qui finit avant les autres se repose, s'il veut; qu'il se livre, pour l'entretien de ses forces et la culture de son esprit, à des exercices et à des travaux utiles (qu'il fasse, par exemple, de la gymnastique ou des gammes) : il le peut sans nuire à personne. Mais qu'il garde ses services intéressés ! Le produit de chacun est limité par le droit de tous.

Voilà, pour un adversaire aussi résolu des théories communistes, d'immenses concessions au communisme. Proudhon suppose la race humaine enrégimentée sur toute la surface du globe et chacun des travailleurs obligé de faire, sur une superficie donnée, une besogne déterminée. Le moyen de combiner cette répartition

tvraiinique du travail avec la tiiôorie de la possession individuelle! Ouicoujue estapteà produire plus vite que les autres (par conséquent à produire davantag-e) est astreint à consumer son temp^. disponible dans des distractions improductives! Proudlion ne laisse à son tour subsister qu'une grande existence g'énérale dans laquelle toutes les autres viennent nécessairement s'abîmer i. Comment concilier la liberté, qu'il prétend défendre, avec cette concentration violente ?

Cependant une objection saute aux yeux. Ne se trouvera t-il pas des g'ens qui ne se décideront pas à faire plus de la moitié de leur tâche? Vous voilà bien embarrassé, réplique notre publiciste. C'est qu'apparemment la moitié du salaire leur suffit. Rétribués selon le travail qu'ils auront fourni, de quoi se plaindraientils? Quel tort feront ils aux autres? Dans ce sens, il serait juste d'appliquer le proverbe : à chacun selon ses œuvres. C'est, Proudhon le confesse, la loi de l'ég-alité même. Non, non, c'est la destruction même de votre éi>;-alité factice. Pourquoi proportionner dans ce cas unique la rémunération au travail? Il y a tant de façons de ne faire que la moitié de sa besog-ne! En introduisant dans ce système d'organisation sociale un principe de justice supérieur à votre chimère, vous l'avez réduite en poussière.

Ainsi le laborieux et le paresseux, n'accomplissant pas le même" travail, peuvent, on le concède, ne pas posséder la même somme de biens. Or, de deux possesseurs, ég-alement laborieux, l'un, ayant plus de force musculaire ou plus de force intellectuelle ({ue l'autre, pourra défricher un terrain plus vaste ou mieux exploiter une

I. Rjproclies adressés par Proudhoa aj commanisme {Conlradictions économiques, eh. Xil).

ég-ale étendue de terrain. Sa récolte sera plus abondante. Nouvelle cause d'inégalité dans les conditions. Quoi qu'on fasse, l'homme, étant doué de facultés inég-ales, produira toujours inégalement. Pi'oudhon va donc entreprendre une œuvre gig-antesque : il s'agit de corriger la nature et de forcer la main à Dieu. Gracchus Babeuf eut tort, sans nul doute, de vouloir que toute supériorité fût réprimée sévèrement et poursuivie comme un fléau social. Le réformateur moderne a trouvé mieux. C'est de l'inégalité même des facultés qu'il entend déduire l'ég-alité des fortunes.

Cette inég-alité môme des facultés, il ne l'admet que par hypothèse. 11 consent à ne pas examiner (mais pour qu'on ne l'accuse pas de tourner les difficultés) si la distance qu'il y a de tel homme à tel autre, pour le talent et l'intellig-ence, vient de notre déplorable civilisation et si ce qu'on nomme aujourd'hui inégalité de facultés serait, dans des conditions plus heureuses, une simple diversité de facultés. Mais, cette concession faite : « Donnez-moi, dit-il, une société dans laquelle chaque « espèce de talent soit en rapport de nombre avec les (( besoins et où l'on n'exig^e de chaque producteur que « ce que sa spécialité l'appelle à produire, j'en déduirai (( l'ég-alité des fortunes. » La question se réduit à prouver que toutes les fonctions sont ég-ales entre elles comme, dans une même fonction, tous les travailleurs sont ég-aux entre eux *.

Or qui dit commerce ^ dit échang-e de valeurs ég'ales. Rendez aux hommes la liberté, éclairez leur intellig-ence, et vous verrez, continue Proudhon, la plus

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