‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 78 sur 169 · I. Premier mémoire, etc., p · texte numérisé non relu

I. Premier mémoire, etc., p

148 PROUDIIOiN

s'ensuil-il qu'il faille partir en g-uerre contre les productions artistiques en insinuant que le brouet noir peut suffire à Sparte, et, sous prétexte que le talent d'un grand statuaire ne peut pas s'évaluer en espèces, s'effaroucher de ce que le Moïse de Michel-Ang-e n'est pas échang-eable contre une poignée de fèves? Il en sera toujours ainsi. Le g-oilt des arts est inhérent à la race humaine, parce qu'elle est faite non seulement pour connaître et pour aimer le beau dans les œuvres de la nature, mais encore pour tenter de le reproduire. Elle évaluera donc la production aitistique comme il est en son pouvoir d'évaluer, sans s'arrêter à cette proposition creuse, qui consiste à solder l'intelligence par l'intelligence *. Pour qu'il en fût autrement, il aurait fallu que Proudhon pût refaire l'homme à son image.

Cette possession individuelle sera d'autant moins égale que, selon son programme, elle reste transmissible. En ce qui concerne les donations, testaments et successions, a-t-il dit, la société, ménasreant à la fois les affections familiales et ses propres droits, ne doit pas permettre que l'amour et la faveur détruisent jamais la justice, et, tout en se plaisanta croire que le fils, depuis longtemps associé aux travaux de son père, est plus capable qu'un autre d'en poursuivre la tâche ; que le citoyen surpris par la mort dans l'accomplissement de son œuvre saura, par un goût naturel et de prédilection pour son ouvrage, désigner son plus digne successeur; lout en laissant à l'héritier discerné par plusieurs le droit d'opter entre divers héritages, la société ne peut tolérer aucune concentration de capitaux et d'industrie au profit d'un seul homme, aucun accaparement de

Page 1