‹ P.-J. Proudhon, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 79 sur 169 · I. Premier mémoire, etc., p. ii · texte numérisé non relu

I. Premier mémoire, etc., p. ii

travail, aucun envahissement*. Il y aura donc encore, dans le plan de la société nouvelle, des héritiers légitimes ou testamentaires. Mais n'est-ce pas faire brèche à l'ég-alité des possessions, môme alors qu'on défend de cumuler deux héritages ?

Ce testateur clairvoyant, après avoir doublé la valeur du fonds, a découvett et désigné son plus digne successeur. Sa prévision n'est pas déçue. Et pater ^'Eneas et avunciiliis excitet Hector! Ce successeur triplera la valeur transmise, tandis que le champ voisin se couvrira de ronces. L'inégalité des conditions va donc renaître, se perpétuer et s'accroître. Cependant le plus pauvre des deux possesseurs a conservé trois enfants et le plus riche n'en laisse qu'un seul. Comment s'j- prendre ? Quel contraste entre la situation des deux familles s'il faut répartir en trois portions le maigre produit d'une des parcelles, abandonner à l'unique détenteur le gros produit de l'autre ! Je vous entends : la société saura faire cesser ce scandale et rétablira l'égalité par une nouvelle répartition des possessions individuelles -. Mais alors latransmissibilitémême des possessions n'est qu'un leurre, puisqu'elle est incessamment subordonnée à la nécessité d'égaliser la jouissance. Que dis-je? la possession même, en dehors de toute transmission, s'effondre à toutes les minutes, car elle doit varier avec le nombre des aspirants, et chaque possesseur en a, de ses mains, préparé le morcellement quotidien par la plusvalue quotidienne qu'il a su donner au sol. Quel chefd'œuvre d'organisation sociale ^î

I. Premier mémoire, etc., p. 21a. Comp., ib., p. 248. a.Comp. Premier mcmoire, etc., p. iVi.

3. « Je maintiens le droit de succession el je veux rég:alilé, écrivait le 2 mai i84i Proudhon à M. A. Gauthier: comment accorder

Enfin la possession doit être, pour emprunter les expressions mêmes de la lettre à l'académie de Besançon (6 janvier i840, « susceptible non d'aliénation, mais d'échang'e ». Transmissible à cause de mort, mais inaliénable entre vifs ! quel paralogisme bizarre ! Quoi ! sans parler du fonds lui-même qui rentre dans le domaine éminent de l'État, et que celui-ci n'a pas le droit de vendre *, toute la terre, envisagée comme objet de simple possession, va tomber en mainmorte 1 A vrai dire il n'y a pas là de quoi décourager nos collectivistes, car M. P. Lafarg-ue, qui préfère la propriété féodale à l'individualisme bourg-eois, se plaît en ce moment à signaler 2 que la terre, au moyen-âge, « n'était pas ache- « table ni vendable » et ne se transmettait pas librement. Mais de quel droit s'écrier alors sur un ton lyrique ^ : « Il est loin le temps où le père d'un de nos magistrats « les plus i^ecommandables disait à ses paysans : vous « êtes mainmortables et vous mourrez mainmorta- « blés. Les fils des paysans se sont assis aux conseils de (( la nation? » S'ils se sont assis aux conseils de la nation, c'est que la Déclaration des droits de r/iomme, en définissant la propriété, reconnaissait à chaque citoyen le droit non seulement de jouir, mais de disposer à son gré de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie ; c'est que l'assemblée constituante, en aliénant certains biens de mainmorte, les avait mobilisés, qu'elle avait même, pour faciliter les reventes, accordé des

« cela? Ce problème sera résolu dans le troisième mémoire avec « beaucoup d'autres ? » Par malheur, il n'y est en aucune façon résolu. La note i de la page 25 ne contient qu'une promesse de solution.

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