I.A SCL'I.I'TIKK A l'AlKMJIi
reuse disposition de l'ensemble, ronime pur l'élégance et la finesse des détails Pielrn di l'adova qui en avait donné le plan, ne l'avait pas encore ache\-ée lorsqu'il mourut en 1440. Elle fut terminée par P>artolomeo di iîologna qui avait déjà fait ses preuves au Santo.
Pendant que Bartolomeo travaillait encore à ce reliquaire, Donatello était arrivé à Padoue
Donatello fut appelé à Padoue en 1444 l)ar la famille de (iattamelata qui \(iulait élever un niunumenl au célèbre condottiere mort deijuis peu (1443 . Il (Hait alors en possession de U)M son génie. Sa force, qui risquait de dégénérer en violence et en brutalité, tlirigée maintenant par une science sûre d'ellemême, s'ajjpliquait à des sujets di\ers avec une incom]uiralile aiil(jrité. Son réalisme toujours aussi expressif acquérait une compréhension plus large, moins exclusive des choses, et, quoique sa préférence le portât du côté de l'énergie, il savait aussi reconnaître la grâce dans la nature et la rendre avec la même supériorité. Il n'avait pas à s'inquiéter de la grâce pour la statue équestre d'un condottiere. 3lais il y a mis une majesté calme, un équilibre tranquille de lignes qui rappelle la sculpture antique dont la sculpture florentine a tiré grand profit sans doute, quoiqu'il faille reconnaître (pielle correspond à une conception d'art différente: Michel- Ange ressemble peu à Phidias. L'imitation de l'antiquité est directe pour le cheval qui est presque la reproduction d'un des fameux chevaux -de Saint- -AUirc transportés de Conslantinople à \'enise lors de la qua-
Tonilie:ui de Jacques II Je Carrare lAux Eremitani).
trième croisade ;'i::o4). Tout le monumeni a quelque chose d'austère. Dans le piédestal en pierre brune s'encadre deux bas-reliefs de marbre avec des anges portant l'écusson du guerrier, bas-reliefs qui semblent,
fermer les portes d'un sépulcre '.
La statue équestre d'Krasme de Xarni dit Gattamelata , général en chef des armées de \'enise de 1438 à 1 441.
marque une date dans riiistoire de la sculpture et pour l'art et pour la technique.
C'était la première fois depuis l'antiquité qu'on tentait de fondre une statue de bronze de grandes dimensions, une statue équestre. Cette opération présente encore aujourd'hui de grandes difficultés. Donatello dut faire de longues études et se livrer à de nombreux essais.
Alors on ne distinguait pas le fondeur du sculpteur, pas plus que l'ingénieur de l'architecte, et l'artiste, comme un bon ouvrier, devait se montrer capable de faire tout ce qui concerne son état. Quant à la valeur esthétique du monument, cette première en date des grandes statues équestres des temps modernes est restée un chef-d'œuvre. Il est difficile de mieux rendre la puissance morale du chef jointe à la force du soldat, l'autorité
I. Les originaux quf le temps avait fort dégradés et qui risquaient de se perdre ont été placés dans le couloir qui sépare le premier et le second cloître du Santo et ont été remplacés par des copies.
Donatello. Monument d'Erasme de Narni dit Gattamelata.
LA SCUl.l'lT K1-; A PADOL'E O5
(lu yrand ca])ilaine et la maitrisc du ca\alicr. Il ne faut pas cependant exagérer la jiart créatrice de Dcjiialello à cet égard. Les tombeaux de marbre des Scaligers à Vérone montrent, dans des dimensions plus petites et dans d'autres procédés, que l'on savait déjà dresser des statues équestres et faire sentir l'union iniime de la volonté de l'homme avec la force du cheval qu'elle domine.
Donatello resta à Padoue plusieurs années (1444-1454). La fonte et la ciselure ne furent achevées et la statue mise en place qu'en 1453. ^Mais ces occupations ne prenaient pas tout son temps. Un concours ayant été
li";i 1, iii.. le .\ii],i,k df 1,1 Mule iM;utrc-autcl dn S.inlu
ouvert pour le maitre-autel du Sanlo. Donatello n'eut pas de peine à l'emporter sur ses rivaux. 1 )onatello exécuta ce nouveau travail de 1444 à 1449 en se faisant aider de nombreux élèves et praticiens. Xiccolo. (liovanni da Pisa, L'^rljano da Cortona, Antonio di Cellino da Pisa, Francesco dcl Valente, etc. Toutes ces sculptures sauf un seul des bas-reliefs, sont en bronze. Cet autel, qui est peut-être le chef-d'œu\Te du plus graml sculpteur florentin avec Michel-Ange, parut presque barbare et en tout cas trop pau\re, lorsque la décadence du goût eût amené le triomphe du style baroque et on en commanda un autre à Girolamo Campagna (1576).
Heureusement, si l'œuvre de Donatello avait été dislo([uée et dispersée, elle n'avait pas été détruite. M. Camille Boite put, en étudiant les documents, reconstituer l'ancien autel. La reconstitution de M. Roito a donné prise à plus d'une objection et amené des controverses. y\. de Man-
dach ' pense par exemple que les orands bas-reliefs étaient tous les quatre sur la façade de l'autel en deux étages, un peu en retrait l'un de l'autre. Tien donne une raison ingénieuse. Dans deux de ces bas-reliefs, le Miracle de la mule et le Miracle de Vcnfaut. le point de vue perspectif est bien
au centre de la composition. Mais dans les doux autres que -M Boito a placés au revers de l'autel, le Miracle de la Jambe et le Miracle de l'Al'are, le point de vue se trouve au milieu de la base. On ne peut croire que ce soit un effet du hasard: car on sait combien à cette date les artistes étaient soucieux de la perspective qui avait tout l'attrait d'une nouveauté.
Il est donc légitime d'en conclure que ces deux bas-reliefs devaient être vus de bas en haut et placés audessus des deux autres.
Quoi qu'il en soit la disposition adoptée par y\. Boito est satisfai-
Donatello. Snint Louis, évéque de Toulouse, el s.iint Prodoscime saUte à l'œil, et venSfe
(Mnitre-autel du Santo).
Donatello de ce vandalisme de la mode 'le plus dangereux de tous) dont il a été victime.
Ces bas-reliefs comptent parmi les œuvres capitales de la Renaissance et Burchkardt va jusqu'à dire : « La clarté et la variété des groupes et des caractères, la richesse et la fantaisie de l'invention, la puissance dra-
I. Voyez C. de Mandach. 5,7/;;/ Aiiluiiu- de P.iJoue et l\irt italicii, in-.).". Paris, 1899, T.aurens, éditeur. — C. Boito. L'AI lare di Doicilel/o... uella hjsih\\i Aiitoiu\iim Ji Padoiui, in-folio, Milan 1897. Hœpli, éditenr.
LA scrr.PTt'RK A PAiioiir:
matique des scènes, se trouvent ainsi réunies plus que dans toute autre œuvre du maître, plus que dans toute autre œuvre plastique de la Renaissance. » Ils tombent cependant dans le défaut (commun à la plupart des bas-reliefs de ce trmjjs d'èlre sortis des conditions normales de la sculpture et d'avoir trop voulu rivaliser avec la peinture.
("es magnifiques compositions ne sont qu'une partie de cet autel qui comprend en outre six statues de saints, une Vierge avec l'enfant Jésus derrière laquelle se dresse un grand crucifix, trois basreliefs représentant le Christ au tombeau (dont l'un en marbre derrière l'autel .
douze figures d'anges jouant de divers instruments ' et les animaux symboliques des quatre évangélistes. Ces quatre derniers panneaux, quoique secondaires et exécutés très probablement par des élèves, sont vraiment curieux par leur caractère fantastique
et terrible. L'aigle, de caractère héraldique dont les ailes semblent des 'bras et les pattes des jambes, a l'air d'une espèce de singe couvert de plumes, aux yeux furibonds et dont le nez serait remplacé par un bec exceptionnellement crochu. Le taureau est une brute féroce aux yeux fixes. Le lion a la figure plissée, la physionomie cruelle, rusée et méfiante d'un vieux t3'ran. L'ange au contraire, tout petit, tout jeunet, 1 air doux, les yeux baissés, parait bien dépaysé en pareille compagnie.
Après le départ de Donatello, son influence continua assez longtemps à prédominer dans la sculpture padouane. Les tombeaux des Gattemelata
1. Ces anges musiciens sont intéressants à comparer avec les bas-reliefs que Donatello a faits pour la « cantoria u de Florence, conservée au Musée de la Cathédrale.
DoiKUello. Le taureau, symbole de l'évangéliste saint l.iu (Maitre-autel du Santo).
dont il avait donné les plans n'étaient pas terminés cjuand il quitta la ville. Le monument du jeune guerrier Giovanni Antonio de Xarni. fils du condottiere, est simple et touchant et. quoique achevé seulement en 1 456. porte bien rcmprcinte du maître qui en avait sans dcjute donné le modèle. Les deux anges du souljasscmcnt rapj^iellent de fort près les anges du maître-autel du Santo. On attribue cette œuvre à Bellano ou \'ellano, son meilleur élève padouan. Bellano. réduit à ses seules forces, a fait d'ailleurs dans la même église un autre» tombeau très remarquable, celui du jurisconsulte Antonio Roselli i^Y !46cS). La figure funèbre est placée sous une arcade à pilastres corinthiens : l'imitation directe de l'antiquité classique a fait des progrès. Cette arcade est elle-même encadrée de magnifiques guirlandes de feuilles, de fleurs et de fruits dans le goût de celles que .Mantegna mettait vers ce même temps à la mode dans la peinture. Bellano travailla ensuite à la décoration en marbre de la sacristie' (1469-1472. Knfin il exécuta (1484-1488 dix des douze Ijas-reliefs qui ornent la clôture du chœur et s'y montra très inférieur à André Briosco dit Riccio, Rizzo ou Crispo (le frisé, le crépu) qui a représenté sur les deux autres ///(////; it Holophcrnc et David dansant devant l'Arche. Pour ce dernier sujet. Briosco" semble avoir voulu reconstituer un des lias-reliefs que Dante a vus dans le Purgatoire.
« Là sur le marl:)re étaient représentés le char et les bœufs traînant l'arche sainte, si redoutée de quiconque veut remplir un office que Dieu ne lui a pas commis. En avant se voyaient quantité de gens et cette troupe divisée en sept chœurs faisait dire à deux de mes sens : « Oui. elle chante. Non, elle ne chante pas. » De même devant la fumée de l'encens si bien représentée mes veux et mon odorat étaient en désaccord sur le oui et sur le non. La robe relevée et dansant, l'humble psalmite précédait le vase bénit : en ce moment il était plus et moins qu'un roi. .^lichal le contemplait de l'air d'une femme dédaigneuse et mécontente ^. »
.^lais ce qu'on va voir surtout d'Andréa Riccio au .Santo. c'est son
1. ]1 y a ri'pn'sentc. entre autres, Lt Miraile </<• la iinile et montré à ses dépens le danger qu'il y avait à s'attaquer à un sujet déjà traité par Donatello et cela dans la même église, ce qui rend la comparaison trop facile. Il est vrai que ce bas-relief n'avait pas été fait probablement pour la place qu'il occupe aujourd'hui. D'après M. de Mandach, l'absence de ce miracle populaire dans la décoration de la chapelle du Santo, tandis qu'on y voit les trois autres miracles traités par Donatello, ferait supposer que l'œuvre de Bellano se trouvait primitivement sur l'ancien autel de cette chapelle.
2. Il faut éviter de confondre notre AndreaBriosco(i.j7o-i532) avec les frères Antonio et Pietro Bregno, à peu près ses contemporains, (jui reçurent également Ir >urnom de Riccio ou di' Crispo.