‹ Padoue [et] VéroneChapitre 21 sur 60 · Dante. Ptirgnioirc, chant X, vers · texte numérisé non relu

Dante. Ptirgnioirc, chant X, vers

LA SCL'LPTURli A PAUOUK

magnifique candélabre de bronze de 3'", 92 de haut porté sur un piédestal de i"'.44. Les motifs païens et chrétiens, centaures, sirènes, griffons, anges, ligures pieuses s'\- mêlent a\-ec une grande richesse; c'est un des chefsd'd'uv-re de Tart décoratif italien. L"artiste y travailla huit ans 1^1507-1515) et reçut pour sa peine 3 720 livres vénitiennes, ce (jui correspondait environ à 20 000 francs de nos jours.

Xous avons ali que Briosco a fait le plan de la chapelle dédiée spécialement à saint Antoine dans sa l)asilique. Dans cette chapelle dominent les proportions simples de la Renaissance devenue de plus en ]ilus classique. Elle est à elle seule comme une petite église dans la grande et sert de pendant à la chapelle Saint- Félix qui lui fait face ; mais ici le plein cintre a rem]ilacé 1 ' o g i \' e . Sur les tympans se voient les médaillons en haut-relief des évangélistes par G. .^Unello, .Savero da Ravenna, (riac. Colonna, Seb. da Lugano. Au-dessus dans des niches en coquille, cinq statues de saints. Tout cela est en marbres magnifiques.

L'intérieur est décoré de neuf compositions en haut-relief dont l'ensemble, malgré les réserves à faire, constitue une des œuvres les plus considérables et les plus significatives de l'art italien, non jilus à l'époque

Hcole Je Doiiatello. Tombeau Je Giovanni-Antonio de Xarni. fils de Gattaniclata [Basilique Saint-Anloinci.

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héroïque où il fallait conquérir les formes et les principes, mais lorsque l'école suit plus tranquillement une voie déjà ouverte et plus d'une fois parcourue La chapelle du Sanlo est pour la sculpture du nord de l'Italie, ce que la Casa de Loreto est à la même époque pour l'Italie centrale.

L'étude approfondie de ces bas-reliefs a été faite par M. tle Mandach '. Nous en parlerons plus sommairement. .^lais on ne ])eut mieux faire que <le le suivre.

i^lalg^é les profonds souvenirs et les admirables modèles ([ue Donatello avait laissés à Padoue. on constate que son influence a brusquement cessé au commencement du xvr siècle et l'opposition est complète entre les sculptures de l'autel du .Santo et celles du maître-autel voisin, œuvre du grand Florentin. C'est à peine si on \' retrouve la trace de ses enseignements dans quelques détails : une figure isolée, un geste; et cette imitation est ])lutôt un signe de déférence pour le maître qu'un retour à sa manière.

Ces div'ergencesjont aussi d'autres causes. lîUes tiennent à la différence des matières emplo3'ées, le marbre au lieu du bronze : à la dimension des figures, ])resque de grandeur naturelle : à la nature du travail imposé.

Bartoluni. Ik-lhum ou Vcllano. Tombeaii d.\. Ku^elli, .m S.iiiiu

1. De Mandacli t>/i, cit. IV" [jartif. chapitre m, p. 250-313.

i,A ^cri.i' rr k v. a i'.\ dot k

le luiut-rclict'. Uuoi (ju'il en soit, ces divergences sont t'rai)panies.

Ici la composition est restreinte à un petit nombre de personnages nécessaires. La foule n'y apparaît point. On ne lutte pas avec la peinture. Le sculpteur ne veut être que sculpteur. L'aspect est équilibré et tranquille. Les formes plus simples, les draperies majestueuses et larges, s'inspirent parfois jusiju'à la cojjie. des statues antiques ([u'on recherche avec une passion qu'entretiennent de nombreuses découvertes. L'oubli de Donatello se manifeste déjà pleinement dans le premier en date de ces bas-reliefs : Le Miracle ilc l'cjif'iiiii. par Antonio Lombarde (1505 . La composition est vraiment belle, harmonieuse et claire. Sans être ]3assionnée, elle est touchante et vivante. .Mais rien n'v rappelle la fougue et l'énergie de l'auteur du Gattamelata La figure de la mère semble imitée de la Jiiiion I.tidovisi. la femme de droite de la PiidiLilla du \'atican. Des bas-reliefs postérieurs présenteront des figures plus dramatiques où l'on retrouvera, par exemple, dans l'importance donnée à la bouche jiour l'e-xpression de la douleur, le souvenir du Laocoon dont la découverte récente (1506) a\'ait ]iroduit une émotion e.xtraordinaire. Dans le bas-relief du Dentone, on retrouve la femme gauloise tuée par son époux de la villa Ludovisi. Ailleurs, telle ligure rappellera l'Apollon ilu Belvédère. Sansovino pense à Raphaël dans le groupe central de la Rcsiirrcctioii d' une fciiuuc. iioycc. Plus tard l'influence du Tintoret sera visible dans le dernier en date des bas-reliefs. Saint Antoine

ressuscitant nn mort où l'on retrouvera le souvenir direct du Miracle de saint Marc aussi bien à gauche dans la figure assise du juge qu'à droite dans la femme donnant la main à un i)etit enfant. Là même, à côté du Tintoret si peu classique, l'antiquité gréco-romane n'est pas oubliée et le visage du ressuscité fait penser à V Alexandre mourant.

Mais ces influences diverses n'empêchent pas la série de ces neuf bas-

Audrc.i Riccio.

Candélabre de bronze, au Santu.

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reliefs de présenter une grande unité. Le mérite doit être d'autant plus à signaler que, commencéen 1500, le travail ne fut achevé qu'en 1577. Cette unité s'explique par le goût intelligent et éclairé des artistes qui se sont succédé dans leur exécution et aussi par ce fait qu'ils étaient plus ou moins les disciples les uns des autres et conservaient un souvenir respectueux de leurs maîtres. .Mais cela tient surtout à la précision du programme et à la fermeté comme à la compétence de la commission déléguée pour décider de l'acceptation des travaux. Elle n'était pas tendre,

Antonio Lombarde. Le Miracle de l'Enfant i Chapelle del Santo;.

cette commission, pour les artistes qui lui paraissaient insuffisants ou négligents. On le vit notamment lorsque Antonio .^linelli soumit à son jugement le bas-relief qu'il venait d'achever sur YEiitrcc de Sciiiit Antoine dans l'ordre des Franciscains. Ce bas-relief est le plus faible de la série. On peut lui reprocher une composition sans cohésion et sans caractère où sont juxtaposées des copies fragmentaires d'Antonio Lombardo. Les délégués ne s'y trompèrent pas. Ils offrirent à l'artiste une soixantaine de ducats pour une œuvre fort maladroite, satis inepte excnlptani on ne ménageait pas les termes"* : ajoutant, que. s'il ne s'en contentait pas, il devait restituer un bloc de marbre semblable à celui qui lui avait été confié ainsi que les sommes qui lui avaient été avancées. En ce cas il pourrait, bien entendu, reprendre son œuvre pour en faire ce que bon lui semblerait.

LA SCUI.PTURIC A PADOL'K -3

Pour comprendre loiii l'intérêt de ces scul]5tures il est nécessaire de les étudier non dans l'ordre où elles sont i)Ia("i''es dans le sanctuaire, mais dans l'ordre chronologique de leur exécution. Nous les citons ici dans cet ordre, en ajoutant aux réflexions i|ui ])récèdent ([uelques remarciues qui n'ont pu trouver ])lace ])lus haut:

1°. Antonio l.oniliardo. Miracir dr l'entant nouveau-né qui nomme son père. C'est une des rares œuvres ciu'Anlonio I.onibardo ait signée. Commandée en 1500 elle fut achevée en 1505. Elle est d'un sentiment

Tullio Lombardo. Le Miracle de l.i Jambe ((Chapelle del Santon

vraiment grec. La femme de droite, fort belle figure drapée tenant un enfant par la main, a été probablement ajoutée après coup pour remplir un vide. Nécessaire à l'équilibre sculptural de la composition, elle ne se rattache en rien au sujet ;

2". Antonio .Minelli ou .Minello de'i Bardi. Entrée de saint Antoine dans l'ordre des Franciscains 1512. On en a déjà parlé ;

,V et 4'. Tullio Lombardo ne livra qu'en 1515 /r Miracle de la Jambe et /(• Miracle de l'Avare dont il avait reçu la commande en 1500 et 1501. Le miracle de la Jambe a sans doute été exécuté le premier. On }• trouve la trace de l'influence du Laocoon :

5". Entre temps Giovanni da Padova, dit il Dentone, terminait en 1520 la FeniiU(- nialtraitéi- par son ntai'i. La i)artietfe droite est mouvementée et dramaticiue. A gauche un groupe de trois femmes représente un autre sujet : le résultat du miracle du saint, la femme guérie de ses

l'ADOUli

blessures et accompagnée de sa mère. Ce groupe n'est lié à l'autre scène que parla convenance artistique des lignes. Il n est pas rare et cela juscju'aux approches du xvii" siècle de voir reproduits dans un même cadre les épisodes différents d'une même histoire, non dans des compartiments distincts, mais dans l'harmonie d'une composition esthétiquement une '. Ici le groupe des trois femmes est d'un autre style et d une autre exécution. -M. de Mandach lattriljue avec une grande vraisemblance à Sansovino.

6". Le Mirnclc du verre est dû à la collaboration de Giovanni ;Maria da Padova. dit iMosca. et de Paolo Stella. 1520-1520. 11 semble, dit .Man-

Jacopo Sansovino. I.a Rcsuricction Je la Suicidée ^Chapelle del Santo).

dach, que les deux figures de gauche sont de Stella. En tout cas le point de raccordement des deux parties de l'œuvre est indiqué par la longueur exagérée du bras gauche du jeune homme.

7°. L'histoire du bas-relief représentant la Resii/yeetioii de I eii/ûiit noyé est assez compliquée. Commandé au sculpteur J.-B. dei Brioni de Venise en 1502, il n'était pas même commencé en 1520. Les Padouans perdirent patience et s'adressèrent à Antonio Minelli. Mais celui-ci, troublé sans doute par le souvenir de ce qui lui était arrivé précédemment, n'avançait guère, J.-B. Sansovino, appelé à le remplacer, traîna aussi l'ouvrage en longueur, ne le termina qu'en 1534 et refusa de le signer.

8°. Sansovino ]jarait au contraire avoir été très fier de la Résurrection

1. Par exemple V lùilrvciiiviil d'Europe de Paul Vén.iK-^e au Palais Ducal de Venise.

!.A SCI" I.Pir K !•; A PADOUI': 75

ii' iiiw tiiiinic iiovi'c. (ju'il signe Ijicn ostensiblement au rentre de la composition, au-dessous du corps de la morte : jncobiis Sansovi mis sciilp . et (ircliitcc. Florciil ^ F. Il s'en occupa vingt-sept ans (1536-1563). La scène est un peu froide, mais elle mérite l'admiration par l'heureuse disposition du sujet, la science du groupement, et l'habileté dans la mise en perspective (groupe des cinq femmes au centre).

Le g" bas-relief. Sain! A)itol iif rcssiiscitiiiil un mort, fut commencé par Danese Cattaneo et continué avec un soin pieux par son élève Ciirolamo Campagna (i 554-1 5771. Le profil au fond à droite, ressemblant à un médaillon, serait le portrait de Cattaneo par Campagna'.

Des candélabres d'argent massif fondus en 1673 et 1683 sont portés par deux anges en marbre de Carrare. Celui de gauche a été sculpté par Lilippo Parodi (1699): celui de droite par Orazio JMarinali (1712).

Le Génois Filippo Parodi a eu la principale part dans la chapelle du trésor, dont il donna le plan en io<Sy. Avec lui ^• travaillèrent (1600-1692) les sculpteurs ornemanistes vénitiens Giovanni et Griaziozo Grassi et le stucateur de Lugano, Pietro Roncajolo. Plus tard {17 16 nous trouverions Adolfe Gabd'Augusta 17 16, Andréa Barci 1744 etAngelo Scarabello. Ces dernières œuvres sont de style baroque ainsi que le luxueux monument, par Giusto Lec(.Hirl. de Caterino (^^ornaro i-|- 1674 . Ihil niatiiV dcin Grctœ ciini suniiiiLi potcstcitc Icgains. 11 ne vaut pas le tombeau de Contarini (■553' ps"" Alexandre ^'itto^ia, quoiqu'on y voie poindre les mêmes défauts. Le tombeau contemporain de l'illustre cardinal Pierre Bembo est au contraire un modèle d'élégante simplicité et fait honneur à l'architecte San iMicheli comme au sculpteur Cataneo.

En dehors du Santo nous aurions peu de chose à signaler eu sculpture depuis le temps de Donatello. Aux Lremitani rappelons l'autel en terre cuite de la cliapelle .Saint-Jacques, ou Gi(j\'anni ila Pisa se montre un excellent élève de Donatello, les deux autels de pierre peinte (avec figures de terre cuite( de Giovanni .^linello dei Bardi et le tombeau ciue le jurisconsulte Benavides se fit élever de son vivant par le Florentin Bartolomeo Ammanati (1546 . Cette austère prévision île son dernier jour ne hâta pas sa mort, car il ne mourut que trente-six ans plus tard en 1582. Ammanati (151 1-1597] ^'^^ l'auteur des statues de Jupiter et d'Apollon au palais Corinaldi. A Sainte-Justine nous trouvons une Picta fastueuse de Filippo Parodi (fin du XVll" siècle). Mais malgré le talent qu'on trou\-e encore dans cette œuvre, qu'on est loin de Donatello !

I. Sur TalisiMice ilu Mirjilc' Je /.7 Miiu-, \iiir ci-ilr>>u^ p. 08. imit- 1.

Sqnarcione. Rctahlc (Musée).

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