CHAPITRE XI
LA l'i:iNTlKI-: A l'ADOU!-:. SHCONDi; P.POQUl-
L'influL-nce île DuniLiello à l'adoue fut non moins grande sur la peinture que sur la s(ul(iturc, preuve et du grnie de Moiiatello et de l'intelligence évc'il!t'-t; comme tli- la largeur de jugement (les jteinires padouans. D'ailleurs des peintres lo-rans avaient aicomi)agné ou suivi Donatcllo à Padoue et leurs confrères des bords de l'Adige n'avaient pas nt^ligé de s'instruire aussi auprès d'eux
l'aol" rcello jiemlant son séjour à l'adoue, avait exécuté au palais Vitaliani. dans ce eamaïeu vcTi qui était son procédé préféré ',des figures
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de géants à un florin pit'ce <]ul- Manlegna iulmirait bcaiictmp. Ucello contribua à donner à Mantcjfna la scienci' el li' }j;oût de la porspective dans laquelle il voyait " la plusdouct' de- ilio>e> ", iiniime Doitati-llo contribua à élargir chez lui li- ^(■n^inlf'^t de la forme cl à «loniicrà >a facture plus d'autorité. Mais si Mantcgiia doit à rinlliicncc ilti l-lcn-niin I )onalello.
dont il ne fut .l'aillcurs jamais IV-rv.-. l'.i. Iirvcment de .soci talent ut le développement de son génie, c'est le l'ad inan rranee-en Squareinne qui a formé ce l.ilent el ijui a ]irésidc .1 l'eclosion tie ce génie.
Singulière il.-stinéc que celle île ce Squarcione qui. pa--ioiiné dés l'enfance j'ipiirlari et ayant pu >"adonni'r tout entier à >a passion, puisque sespan iHs ne s'y opposaient pas cKpiil avail quel. pie fortune. a ce])cndanl si p.'u j.roiluil f. qui d.iit -:i place dans DiistMire de l.t i>eiiilure (ut elle esi consi.l.Vabl.-; non à ses tableaux, niais à son iniluerce. de telle -sorte que les caraci'.Tcs de siii art smu moins iléterniiné- piir ses propres
œuvres que par la marque qu'il a imprimée sur celles de ses disciples. Cela suffît pour justifier le nom de « père des peintres » que les contemporains donnèrent à ce professeur exceptionnel qui forma plus de cent trente-sept élèves. Mais vraiment, lorsqu'on a sous les yeux le seul de ses tableaux authentiques qui soit conservé en Italie (on n'en connaît qu'un autre au musée de Berlin), il vaudrait mieux pour lui qu'on sût seulement qu'il fut le maître de Mantegna \
Le tableau donné au Musée de Padoue par le comte Niccolo de Lazzara est divisé en cinq compartiments d'une ornementation de style gothique flamboyant, contenant chacun la figure isolée d'un saint se détachant sur fond d'or". On peut y reconnaître avant tout la volonté qu'il devait mettre au service de son enseignement, une insistance dans l'accentuation réaliste des lignes énergiques jusqu'à la violence. Mais c'est sec, étriqué ; on dirait presque, avec une science supérieure, un tableau des anciennes écoles allemandes du Rhin et le premier aspect en est franchement archaïque. On n'y trouve rien qui rappelle l'antiquité classique, surtout la Grèce.
C'est cependant Squarcione qui a donné à Mantegna son goût de l'antiquité. Mantegna en est tout imprégné : il le montre, il l'affiche même. Il ne se contente pas de s'en inspirer dans ses tableaux, il est un érudit, un collectionneur; on le consulte sur des questions d'archéologie et Felice Feliciano lui dédie son recueil d'Inscriptions grecques. Cependant, dans sa manière, Mantegna, non plus que son maître, n'a rien de grec. Ce serait plutôt un Ktrusque qui, ainsi que les anciens Étrusques, a pris contact avec les Grecs, a profité de leurs exemples, mais a conservé un esprit fort différent. Les Vénètes avaient reçu leur civilisation des Tyrrhéniens et on pourrait voir là une sorte d'atavisme. En tout cas, la
1. Squarcione n*a jamais été mieux juj]^é que dans l'ouvraj^e latin que Bernardino Scardeone écrivait au xvi'' siècle sur « l'Antiquité de Padoue et ses citoyens illustres ». « C'était, disait-il, un homme de grand jugement dans l'art de la peinture, mais de peu de pratique. Il avait réuni dans sa maison un grand nombre de statues et de tableaux avec lesquels il forma le talent dr Mantegna et de ses condisciples, bien plus que par de nouveaux modèles faits par lui pour les offrir à leur imitation. 11 n'en eut pas moins un grand nom et sa réputation était ttîUe que l'empereur Frédéric III à son passage à Padoue le fit venir et tint à s'entretenir avec lui. Saint Bernardin (il s'agit de saint Bernardin de Siennei, plusieurs princes et cardinaux vinrent lui rendre visite. 11 était un des rares artistes qui eussent voyagé en (irèce et il en avait rapporté de nombreux souvenirs et de nombreux dessins qu'il faisait servir à son enseignement. » Ce voyage en Grèce devait lui donn(^r, à l'époque de la Renaissance, un prestige exceptionnel. Ajoutons-y une force de volonté peu commune et un caractère très autoritaire.
2. Saint Jérôme au centre, à droite saint Jean-Baptiste et sainte Lucie, à gauche saint Antoine abbé, et sainte Justine.
T. A l'KIXTURK A l'ADOll
Si:t ONIl
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manière de .Maniffinu rappelle davantage yOru/iiir l'triixt/iii: de l'iorence, que les .Vpollons du Vatiran.
A la différence de (iinuo qui est heureux de mcllre dans ses figures de la bi>nté, les per-ionnairos de .Mantegna sont le plus souvent sombres
ou de mauvaise humeur, conformes en cela au caractère du peintre ut do son maitrc.
ilantegna n"en est pu> moins un des fondateurs, une des bases de l'art moderne et peut ètru mis à cet ét^ard a côté de Léonard de ^'inci. Il représente plus spécialement la tendance savante et archéologique de la Renaissance, tandis que Léonard de Vinci en manifeste la beauté.
l'ADOrK
savante aussi, mais
>urtout liarmi.nicu^e et plus (^cinTalemi-m liumaiin.- ;
tous deux dailli-ur
souvi-raim-mem t-xprcssit^.
(■(■Ile (Tuditiot
et 11' earailcre S]iériuk'mcnt savant de la pointure
le Maiiiotfna j»L'Ut
•-uri»rrnilre si 1 on sonj^'c à son hutnhle orij^iiie. l'ils de
paysans l'oiiime (liottu. il gardait des mi)Utun>. lorsque Squarcione le remarqua et fut .si viv.-ment frappé di- ses dis|M)sitions qu'il ne se contenta pas lie le pn-ndre |K»ur élève, mais qu'il l'adopta '.
LA PKINTL'Ri-: A l'AllOTR. SIXONDE I
l'OQUI-:
Manteffna avaità pt-îne dix ai sur le rôle Jtlla Frugli'a Jti caxsoni ou cofFrt-s de mariaye
s que Squarcionele faisait inscrire (1441) l'illori et lo/f'iiiio/i ^décorateurs des en lui donnant le titre de fils : AiiJrca
fiuîo{figliulo- (// M iss<r Frinui-sco Sqnar\oii. Les règlements de la corporation étaient sévères, l'apprentissai^e était, au minimum, de trois ans et le contrat ilevait être passé devant notaire'.
A peine adolescent, .^lantejrna était déjà considéré comme un maître.
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S2 PADOUR
En 1448 il était chargé de peindre pour l'église Sainte-Sophie un tableau d'autel où en signant il faisait remarquer avec un juste orgueil qu*il n'avait que dix-sept ans lorsqu'il l'exécutait. Ce tableau, peint sur toile, est aujourd'hui perdu ; mais nous avons d'autres œuvres de peu postérieures : Saint Bernardin et saint Antoine adorant le monogramme du Christ au portail du Santo et surtout un tableau exécuté pour Téglise Sainte-Justine de Padoue et qui se trouve aujourd'hui au .Musée Brera à Milan. Le premier aspect en est encore archaïque, figures assez raides, isolées dans des compartiments à fond d'or ; mais déjà la maîtrise est grande. On est frappé, au premier coup d'oeil, de la personnalité des types, de la correction et de l'énergie du dessin, de l'habileté et de la précision prodigieuse du pinceau qui s'affirme aussi bien dans les têtes que dans les accessoires. Ces accessoires, l'artiste semble s'être amusé à les peindre rien que ])our montrer sa virtuosité (les nèfles ouvertes, le vase que tient S. Prodoscimo et les pierres précieuses de sa mitre; et il pourrait rivaliser à cet égard avec les spécialistes hollandais, tels que David de Hem. Au milieu de ces figures assez rébarbatives ou du moins fort austères, la grâce apparaît aussi dans la personne de sainte Justine, type que Ton retrouvera dans sa sainte Euphrosyne de Naples. La grâce est rare dans Mantegna, mais, s'il la néglige généralement, ce n'est pas par impuissance à la rendre.
Il travaillait encore à cette œuvre lorsque Squarcione son maître fut chargé de la décoration de la chapelle Saint-Jacques et Saint-Christophe aux Eremitani. Cette chapelle appartenait à la famille des Ovetari et un personnage d(î cette famille avait chargé (en 1443) son héritier de dépenser 700 ducats d'or pour l'orner de peintures. Squarcione aimait mieux et pour cause diriger qu'exécuter. Il rassembla autour de lui ses meilleurs élèves padouans et étrangers et il ne paraît pas qu'il ait mis lui-même la main à ces travaux. Il eut recours à Mario Zoppo, Ansuino da Forli, Dario da Trevigi (Trévise), Bono de Ferrare, Nicolo Pizzolo, et Andréa Mantegna. Nicolo Pizzolo a peint les figures d'enfant [pittti) soutenant des guirlandes qui ornent la voûte. Il a peint aussi la figure de Dieu le père et des quatre saintes de la voûte de l'abside (la plus intéressante est saint Augustin regardant si sa plume est bien taillée). La grande peinture de l'autel, La Vierge entourée d'anges^ encadrée d'une grande arcade antique, est son œuvre capitale et une des meilleures de l'école. On a même attril^ué à Mantegna le groupe des apôtres, qui d'ailleurs n'éclipse pas, par la comparaison, le reste du tableau. Cette attribution est plausible, car Nicolo Pizzolo laissa probablement son œuvre inachevée. Il