LA SCULPTURE A VKRONE DEPUIS LE XV« SIÈCLE
rares alors) une médaille de première classe. On voit au Musée les moulages ou les marbres de ses principales statues, œuvres estimables dans leur correction un peu froide qui sent encore l'influence de David : La morl cV Achille, Eve, Camille la Volsqiie, Achille et Penthésilée ^,
Cependant, comme pour le tombeau des Scaligers, dans les temps qui suivirent, au xv° et même au xvi'' siècle, Vérone eut plus d'une fois recours à des sculpteurs étrangers. De plus, un certain nombre d'oeuvres dont on pourrait faire honneur à des Véronais sont anonymes. Tel est, à la cathédrale, le tombeau gothiquede sainte Agathe 1 353; entouré d'un magnifique encadrement Renaissance 1508 . .Mais c'est au Florentin Giovanni Bartolo, dit il Rosso, qu'est dû le tombeau de la famille des Brenzoni (à S. Fermo) exécuté vers 1420 ; il représente le sujet de la Résurrection, le tombeau du Christ formnnt le sarcophage. Au même style appartient le tombeau de Sarego (1432) au chœur de S. Anastasia. .^lais l'œuvre est inférieure, et il faut admettre que Rosso n'en est pas seul l'auteur. Ce tombeau, quoiqu'il ne soit pas une ci^uvre d'art bien remarquable, mérite qu'on s'y arrête à cause de sa disposition conforme au type qui ne tardera pas à dominer dans l'architecture funéraire de laVénétie. Le motif principal est la statue équestre du Condottiere. « Devant et derrière le guerrier, sont debout, non ])lus sur des consoles antiques, mais sur des rochers, deux écuyers, vêtus de leur armure et tenant par côté le rideau d'un baldaquin. Celui qui est sur le devant se découvre en présence du maître. Sur le sommet du baldaquin une figure tient un écusson. » (Burckhardt). C'est seulement au-dessus du cadre que la religion est rappelée, dans cette œuvre de caractère profane, par des figures d'anges et de saints non pas sculptées, mais peintes. On attribue ces fresques à Stefano da Zevio^.
D'ailleurs les sculptures elles-mêmes sont peintes. Cette union des deux arts de la peinture et de la sculpture dans les tombeaux (surtout dans
1. Le Musée contient d'autres œuvres modernes intéressantes, un très beau buste de Niipolcon : une statue de Catherine Bren\oin^ femme remarquable par ses talents et ses vertus, qui, étant elle-même écrivain et poète s'attacha, à développer l'instruction des femmes dans son pays et se fit aimer de tous par ses bonnes œuvres. Cette statue fut exécutée en 1862 par Fedi, l'auteur de Vlitiîèvemeiit de Polyxène à la Loggia dei Lan\i de Florence. Nous ne pouvions manquer de trouver, dans une ville aussi patriote que Vérone et autour de laquelle ont été livrés tant de combats, les statues de Victor- Emmanuel et de Garibaldi. La statue équestre du roi est de Borghi (1885), celle de Garibaldi de Bordoni (1887]. Victor-Emmanuel est à côté du monument impérial des Arènes, sur la place qui porte son nom; Garibaldi, sur la place de Tlndépendance, non loin du tombeau des Scaligers dont il rappelle l'époque agitée par sa vie aventureuse.
2. Dans les parties peintes à fresque, on voit aussi deux figures d'écuyer. — Le bas-relief du Museo Civico représentant saint Martin est du même temps (1436).
les enfeus) se montre aussi plus d'une fois dans les constructions accessoires des églises. Dans la chaire de Saint-Fermo Maggiore, érigée en 1396 par Tordre et aux frais de Barnabe Moroni de Modène, alors avocat fiscal à la Cour des Scaligers, la partie inférieure, le parapet et les colonnes sont de marbre rouge avec des moulures de marbre blanc ; mais la partie supérieure est en bois doré et orné de peinture. Sur la petite corniche au-dessus des peintures : on lit Martini optes. Ce Martin doit être l'auteur de la chaire, car on sait que la décoration picturale représentant les prophètes, plusieurs saints et la crucifixion est de Stefano da Zevio. Le Museo Civicoa recueilli plusieurs statues de pierre coloriées du moyen âge (entre autres une sainte Catherine très intéressante). En 1500, le sculpteur iMichel de Vérone coloriait encore ses statues du transept gauche de S. Anastasia.
Au xvi'" siècle, Vérone avait des sculpteurs distingués ; mais ils travaillaient surtout hors de leur ville natale. C'est ainsi que Giovanni Baptista de Vérone, contemporain de Vasari, auquel on attribue le beau Christ qui couronne le Jubé de San Micheli à la cathédrale, passa la plus grande partie de sa vie à .Mantoue. C'est ainsi que les Bregno, Antonio, son frère Paolo ou Pietro, et Lorenzo, fils ou neveu d'Antonio, surnommés Rizzo, Riccio ou Crispo, ont passé presque toute leur vie d'artiste à Venise. Leur homonyme par le surnom, Andréa Briosco, dit également Riccio, qui était Padouan ( 1470- 1532), a fait à Vérone une de ses œuvres les plus importantes, le tombeau du médecin délia Torre. Les bas-reliefs originaux étaient au Louvre, mais on en ignorait la provenance et ils avaient fort embarrassé la critique. Ils sont d'une grande finesse, d'une heureuse composition. Le relief en est peu accusé, fort différent en cela des œuvres de Ghiberti et de ses contemporains. Après lui, les sculpteurs les plus en vue à Vérone sont les Vénitiens Daniele Cattaneo (tombeau du général Fregoso à Santa Anastasia 1565) et Girolamo Campagna (i 552-1623), auteur de V Annonciation de bronze au portail de la Loggia del Consiglio. Des deux bossus qui supportent les bénitiers de S. Zeno (deuxième moitié du xvT" siècle) l'un est d'Alessandro Rossi, l'autre de Gabriele Caliari, père de Paul Véronèse.