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CHAPITRE VIII

LA PEINTURI- VÉRONAISE'

s .>rit;incs. — Pir.an.'Ilo, m. daillour ot pcintr

Si Ion voulait rechercher les origines de l'école véronaise, on pourrait remonter bien loin, car Pline l'Ancien parle du chevalier Turpilius, son contemporain dont on voit, dit-il, de belles œuvres à Vérone, et il ajoute ce détail que Turpilius peignait de la main gauche. Mais franchissons plusieurs siècles. Les fresques de SS. Siro e Libéra sont du X" s. Celles de la grotte de SS. Nazaro e Celso (transportées en grande partie

I. Zannandrpiss. Ix Vilf dfi pUlori, sciilptiiri e fln-hiUfli Vcroiusi, publicate per Giusoppc Ui.idegn. Vt-rona i8qi, in-8'. Bcrnasconi. Dcll.t Sioln pillorùa Veronese. Vcrona, 1864, in-S". — I,cs œuvres ilc V.isari. Les histoires de la peinture italienne de Crowe et Cavakasellc, Kosini, l-an^i.

LA PKINTUK!': N'IvKONAlSE i<i<)

au Musée) sont de la fin de la période b3'zantine. A S. -Zenon, nous retrouverons dans le chœur : à gauche des fresques du xl" s, {Pépin, filsdeCharlemagne) et du XIIT s. ; à droite des fresques du Xll" s, qu'on aperçoit en partie sous les fresques nouvelles dont on les a recouvertes au xiv'' s. Les sujets traités sont les mêmes et il y a là les élémenis d'une étude curieuse. Une figure de S, Zeno, du x[v" sitl-cle, se voit près des fonts l>aptismaux et des fresques romanes au premier étage de la tour crénelée à gauche de l'église.

Mais aucune de ces œuvres n'a une grande valeur. Aussi lorsque les Scaligers voulurent décorer leurs palais , ils firent venir (iiotto. Tout ce que Giotio y a fait est perdu ; et si l'on veut retrouver sa manière et peut-être sa main, il faut aller à San (iiovanni-in- Fonte où certaines figures ne sont pas indignes de l'Arena. La perte des peintures du palais des Scaligers estàjamais regrettable, ne fût-ce qu'à cause de l'ingéniosité des sujets. Le fond commun en était les

vicissitudes de la fortune, pensée qui, à ces époques troublées par tant de révolutions, préoccupait fort tous les esprits et s'y compliquait des superstitions astrologiques partout répandues'. Les principaux appartements étaient décorés de sujets appropriés à la condition des personnes auxquelles ils étaient destinés. Ainsi des Victoires pour les guerriers, l'Espérance pour les exilés, les Muses pour les poètes. Mercure pour les

dessus, p. 33 et 54. La 11 du moytn ùge. On vn voit um

artistes, le Paradis pour les prêtres*. Les Scaligers employèrent aussi le Véronais Altichieri. Il peignit pour eux le Siège de Jérusalem qui est complément détruit et ce n'est pas la fresque de S. Anastasia (deuxième chapelle à droite du chœur) qui permettrait de juger ce grand artiste qu'on ne peut bien apprécier qu'à Padoue et qui d'ailleurs, par l'enseignement qu'il a reçu et par son style, se rattache aussi bien à l'école padouane*. Sans dénier à Vérone le droit de revendiquer la renommée d'Altichieri, il faut arriver à Vittore Pisanello (1380-1451) pour trouver lin grand peintre complètement véronais. Pisanello est surtout célèbre comme médailleur, et à peine a-t-il quelques rivaux à cet égard dans les temps modernes. Ses médailles frappées ou simplement moulées et fondues sont recherchées dans toutes les collections de l'Kurope, et Vérone' en possède un bon nombre. En revanche, il reste bien peu de ses peintures. Mais le peu qui en est resté suffit à lui assurer aussi une place éminente dans l'art. N'eûton que le saint Georges victorieux du Dragon'*, on peut dire que le peintre vaut presque le médailleur. Ses meilleures figures ont déjà quelque chose de définitif, comme on en voit dans les œuvres de la grande époque, lorsque la Renaissance achève son évolution. Elles ont une personnalité intense qui se fixe justement dans l'esprit et le regard avec la netteté d'une médaille. Le type de saint Georges, chevalier blond aux cheveux bouclés, plus énergique que fort, au regard clair, vaillant et mélancolique, est une figure d'une originalité exceptionnelle et d'un sentiment presque moderne. La princesse, préservée du monstre, est digne par la noblesse de son expression et de son attitude, comme par la beauté fière de toute sa personne, de celui qui l'a sauvée''.

Pisanello, tenu à la simplicité et à la concision dans l'art qu'il pratique d'habitude, aime au contraire la richesse et l'abondance dans ses pein-

1. Porkins. Histoire Je la SLiilpliire iliilieiine, II, p. 130.

2. Cette fresque représente un chevalier de la famille Cavalli, à genoux devant la Vierge, dans une chapelle gothicjue. On doit rattacher à l'école d\\lti( hieri les fresques du bras gauche du transept dans la même église, ainsi ([u'un grand crucifiement et une scène de martyre à S. Fermo. Au même temps (1360 appartient le Couronneincnt de la Vierge y par ïurone (au Musée).

3. Vérone eut d'autres médailleurs de grand talent, comme Matteo dei Pasti, également peintre et sculpteur ;médaille d'Isotta de Kimini, 1446). Elle eut des graveurs en pierres fines comme Galeazzo Mandelle ou Mandella et Avanzi qui travaillaient au commencement du XVI"' s., et Matteo del Nasaro. élève d'Avanzi qui s'établit en France où il jouit de la faveur de François V et où il fit aussi de nombreuses médailles.

4. Aujourd'hui au-dessus de la chapelle Pellegrini à S. Anastasia.

5. Un dessin de Pisanello au musée Bonnat de Bayoïme, e^t très probablement une étude pour cette figure.

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tures. Il y réunit de nombreux personnages. Il y accumule les monuments. On voit, comme fond à son saint Cîeorges une quantité de tours, de clochers, de murailles, de fabriques diverses qui sont comme la condensation d'une ville du moyen âge et spécialement de Vérone. C'est

l'archilecture des tombeaux des Scaligers. Détail à noter, à la porte d'entrée, se dresse une potence garnie de deux pendus.

Pisanello étend sa sympathie et sa curiosité à toute la nature ; il aime à répandre dans ses compositions avec les belles étoffes et les beaux harnachements, les plantes et les fleurs, à y mêler surtout les animaux les plus divers. Dans le saint Georges encore, on voit, à côté de chevaux rendus

dans les positions les plus difficiles (cheval de face à droite), avec un sentiment de leur forme qui sera trop oublié depuis, et une science du raccourci qui sera rarement égalée, un bélier accroupi et deux chiens d'espèce tout à fait différente, un grand chien muselé, au poil ras, bête de combat, et un petit chien frisé, véritable chien de luxe. Il avait étudié avec passion non seulement les animaux qui sont les compagnons de l'homme, mais les bêtes de toutes sortes, oiseaux, insectes et même les animaux sauvages et exotiques que les montreurs de curiosités promenaient par les villes. Nous possédons au Louvre une série de dessins qui témoignent de la conscience avec laquelle il s'attachait à rendre les éléments les plus délicats de leur structure comme leur attitude et leur physionomie. Ce seraient aussi bien des figures pour l'ouvrage d'un naturaliste. Par la décision dans la forme générale et la précision du détail, il égale en y joignant son autorité propre, ce que les Japonais devaient faire de mieux et l'on est étonné de voir combien ces dessins ont peu vieilli. Un de ces dessins est sans doute une étude pour un des chevaux du saint Georges. Les animaux que ce tableau contient suffiraient d'ailleurs à faire de Pisanello le premier des animaliers de son temps et même de toute la Renaissance*. On voit encore de Pisanello à Vérone une Annonciation (à Saint Fermo) dans laquelle l'ange ressemble au saint Georges de Santa Anastasia. On peut lui attribuer aussi des fresques à S. M. délia Scala ; mais, quoiqu'elles soient bien dans sa manière, l'incertitude que présente la signature [Pisaniis ou Stcfantis) permet de les attribuer aussi bien à son contemporain et disciple wStefano da Zevio (i 393-1439). Stefano est loin de valoir son maître, et ses œuvres paraîtraient antérieures. Ses deux vierges au milieu d'une roseraie (Museo Civico) ont l'air de grandes miniatures et rappellent les tableaux de l'école de Cologne. Stefano da Zevio a peint aussi une fresque au-dessus de l'entrée de S. Giovanni délia Valle. Il a décoré la façade d'une maison de la Via di Mezzo devant le Ponte Navi (une Madone avec des Saints et une Naissance du Christ),

I. Dans les dessins ou aqu«irellcs du Louvre on trouve des chevaux, des bœufs, des moutons, des chiens de plusieurs espèces, des unes, des chèvres, des buffles, des chats domestiques, des chats sauvaj^es, des lapins, des chevreuils, des biches, des loups renards, sangliers, ours, guépards, lynx, chameaux, lions, singes; de nombreuses espèces d'oiseaux (poules, co([s, canards volant, canards nageant, perdrix, moineaux, chardonnerets, huppes, cicognes, grues, perruches, hérons, martins-pêcheurs, etc.); des reptiles (lézards, tortues), des bêtes aquatiques, dont un marsouin ; des animaux secondaires (colimaçons, sauterelles, etc.).

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