‹ Paganisme des hébreuxChapitre 101 sur 137 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

AKHAB ET JÉHU

Esprit dans lequel est écrit le livre des Rois.

Le livre des Rois (3 et 4 Rois des Bibles catholiques) a été écrit pendant la captivité de Babylone. A côté de faits historiques puisés, sans ordre, à des sources antérieures, telles qu'une histoire du règne de Salomon (3 Rois y XI, 41) et une chronique des rois de Juda et d'Israël citée partout, on trouve des légendes et des récits fubuleux. Une grande partie des livres, treize chapitres environ, est consacrée aux faits et gestes d'Élie et d'Elisée. Quant à l'esprit général du livre, il s'en faut beaucoup qu'il soit celui de la critique impartiale. Hommes et choses sont présentés, appréciés et jugés à uu point de vue à la fois sacerdotal et religieux; le point de vue sacerdotal est celui des intérêts du clergé jéhoviste ; le point de vue religieux est celui de la législation de Josias (Deutéranome)* Pour montrer à quel degré la vérité historique, la morale et l'équité Sont méconnues par l'écrivain des Rois ddng l'iniérôt de ses passions théocratiqiies, nous

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emprunterons à l'histoire des rois d'Éphraïm deux exemples; ils suffiront pour donner une idée nette de l'esprit dans lequel a été composé le livre des Rois.

Des rois d'Éphraïm, celui qui a été dénoncé et flétri comme le pire de tous, c'est Akhab, lemarideJézabel.

De tous les rois d'Éphraïm, celui qui est le plus célébré, celui qui a eu l'honneur d'être sacré roi par les Prophètes, le seul à qui Dieu ait daigné parler, c'est Jéhu.

Essayons de dégager la vérité historique de lapas- :5ion et des légendes qui l'obscurcissent.

1° — AKHAB

« 3 Rois, XVI, 30. Akhab, fils d'Omrî, fit le mal devant le Seigneur, et surpassa en impiété ceux qui l'avaient précédé. — XXI, 25. Il n'eut point un semblable en méchanceté, s'étant vendu pour faire le mal devant le Seigneur, comme il fit à la sollicitation de Jézabel, sa femme. — 26. Il devint même si excessivement abominable qu'il s'abandonna au culte des idoles, imitant tous les crimes qu'avaient commis les Amorrhéens. » Akhab est devenu le type de l'impie et du tyran. Sur la foi de l'historien clérical, la poésie dramatique s'est emparée de ce roi et de sa famille et les a légués à l'exécration de la postérité.

A. 3 Rois, XVII, XVIII. Une sécheresse de trois années, prédite par Élie, avait amené une grande disette dans le royaume d'Éphraïm. D'après l'histo- Hen des Rois, Akhab avait fait chercher partout Elle

pour le mettre à mort. Soudain Élie se présente à lui et l'accuse durement d'être l'auteur de la famine. Akhab profite-t-il de cette téméraire démarche pour s'emparer du prophète et l'immoler à ses ressentiments? Point du tout; non seulement il l'épargne, mais il accède même à la demande que lui fait Élie de rassembler les ministres de Baal et d'Aschéra. Vaincus dans un concours en miracle, ces malheureux, au nombre de cent cinquante, sont entraînés par le peuple et, sur l'ordre d'Élie, tous égorgés. Akhab assiste à cette sanglante tragédie ; il n'y fait aucune opposition. Rentré au palais, il raconte simplement le fait à sa femme (3 Rois, XIX, i). Assurément, chez un prince zélé pour Baal, voilà une étrange placidité.

B. 3 Rois, XX. L'Éternel, que l'historien dépeint comme enflammé de colère contre Timpie Akhab, lui avait cependant octroyé une victoire miraculeuse sur l'armée syrienne. Le roi de Syrie Ben Hadad IP revint, l'année suivante, avec une armée formidable; une grande bataille s'engagea; les Syriens furent vaincus et mis en pleine déroute. Alors eut lieu un incident qui offre un grand intérêt.

Lorsque le saint roi David eut triomphé des Ammonites, comment en usa-t-il à Tégard des vaincus? € 2 Samuel, XII, 31. Il les fit déchirer avec des socs et des herses de fer; puis jeter dans des fourneaux à cuire la brique. C'est ainsi qu'il traita toutes les villes des Ammonites. » Voilà ce qu'avait fait à un peuple qui se battait pour son indépendance David, cet

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incomparable modèle de piété, que rhistorien élève jusqu'aux nues et propose en exemple aux princes de la terre.

Akhab n'avait pas attaqué Ben Hadad; Tagresseur avait ravagé le royaume d'Éphraïm; quand, assiégé dans Samarie, le roi d'Israël avait demandé la paix, Ben Hadad lui avait répondu par des propositions outrageantes. Le roi Akhab avait donc les plus justes griefs contre lui. Échappé avec peine au désastre de son armée, Ben Hadad s'était caché ; de sa retraite, il envoya secrètement supplier Akhab de lui faire grâce de la vie. Si le saint roi David a pu, sans ternir sa gloire, faire passer des herses de fer sur de pauvres ge&& coupables seulement d'avoir voulu secouer le joug étranger, quel supplice effrayant l'impie Akhab «e croira-t-il en droit d'infliger à l'envahisseur de la patrie, à l'ennemi héréditaire d'Israël ? c Ben Hadad vit encore? s'écria Akhab; amenez-le-moi, c'est mon frère ! t Et Akhab le traita en frère (3 Rois, XX, 32-33). Ce trait d'humanité est le seul que renferme l'histoire du peuple israélite. Par un piquant constraste, il se trouve que ce trait unique appartient précisément au roi que les historiens ont le plus chargé de malédictions. Le croira-t-on? cette conduite, digne de louan^ en tout temps, mais sublime pour cette époque barbare, valut au roi la condamnation de l^Étemi^ : c 3 Rois, XX, 42. Puisque tu as laissé échajpptk* 4e ta main l'homme que j'avais voué à la mort, ta vt^ répondra de la sienne, et ton peuple de son peiq^. i nien mieux que cet épisode n'est capable de faire

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comprendre dans quel esprit Thistorien des Rois a composé son livre.

C. Deux accusations sont formulées contre Akhab, l'une concernant le massacre des prophètes jéhovistes du royaume d*Éphraïm, Tautre concernant le meurtre de Naboth, citoyen de la ville de Jezréhel.

l^ Persécution contre les prophètes. — U est certain que Jézabel, princesse phénicienne, dont la religion était celle de Sidon, protégeait les ministres de Baal. c 3 Rois, XVIII, 19. Elle nourrissait à sa table quatre cent cinquante prophètes de Baal et quatre cents prophètes d'Astarté », manière imagée de dire qu'elle payait de ses deniers les frais du culte de son dieu. Tout cela est naturel, légitime et vraisemblable; ce qui serait étrange, c*est que Jézabel ne l'eût pas fait. Mais tout en persévérant dans la religion de sa famille et de son pays, a-t-elle persécuté les prophètes de Jéhova? La chose n'aurait rien d'étonnant en ces temps de sauvagerie religieuse; mais c'est une question de fait, qui ne peut être résolue que par les faits.

La première mention qui soit faite d'une persécution contre les prophètes jéhovistes se trouve dans une parenthèse de 3 Rois, XVIII, 4. Un certain Abdias, intendant de la maison d'Akhab, aurait caché cent prophètes dans deux cavernes, et les aurait nourris de pain et d'eau. Au verset 13, Abdias, parlant à Élie, répète la chose dans les mêmes termes. Un seul homme qui apporte du pain et de Teau en quantité suffisante pour nourrir cent prophètes répartis eu

deux cavernes, probablement très distantes Tune de l'autre, et cela, pendant un temps indéterminé, mais qui, dans Thypothèse d'une persécution, n'a pas dû être inférieur à un mois ou deux; et cela encore, lorsque la nécessité d'agir secrètement et avec précaution pour éviter les soupçons ou la surveillance doublait la difficulté, voilà qui dépasse les conditions physiques du possible et les bornes du sens commun. Pour comble, ce zélateur des persécutés est l'intendant même du persécuteur. Évidemment tous ces détails sont fabuleux.

Une seconde mention, mais vague et impersonnelle, est contenue dans un autre chapitre également légendaire (3 RoiSf XIX, 10, 14). Élie conversant avec Jéhova lui dit que les enfants d'Israël ont fait périr les prophètes par l'épée. Enfin, une mention très catégorique se lit au chapitre XVIII, 22. Élie, dans sa harangue au peuple, dit nettement : « Je suis le seul prophète de Jéhova qui soit resté. » Tous les autres auraient donc péri dans la persécution.

1® Cette affirmation, verset 22, qu'Élie est le seul prophète survivant se heurte contre les versets 10 et 14, où il est dit qu'Abdias a sauvé la vie à cent prophètes;

2® Dans le chapitre 3 Rois^ XX, qui raconte la guerre de la Syrie contre Israël, on voit, verset 13, un prophète qui aborde Akhab de la part de Jéhova et lui promet la victoire;

3" Au verset 28, un homme de Dieu annonce au monarque une seconde victoire. « Les prophètes

n'étaient donc pas tous tués! » s'écrie M. Reuss*;

4® Au verset 35, nouvel épisode où figurent les enfants des prophètes ;

5® Au chapitre 3 Rois, XXII, 6, en partant pour la guerre où il fut tué, Akhah, accompagné de Josaphat, roi de Juda, consulta réunis au nombre de quatre cents tous les prophètes de Jéhova, comme le prouve la suite du récit, et non pas quatre cents faux prophètes, comme l'insinuent les bibles vulgaires. Josaphat demande si, en dehors de ces prophètes, il n'en était pas encore quelque autre qu'on pût consulter. — « 8. Il y a encore ici quelqu'un, dit Akhab, par qui 1 on peut consulter Jéhova; mais, je hais cet homme parce qu'il ne me prophétise jamais rien de favorable, mais toujours des malheurs; c'est Michée, fils de Jemla. » Sur la prière de Josaphat, Akhab fait venir Michée. Ainsi, non seulement il y avait des prophètes de Jéhova, mais encore Akhab les consultait. S'il avait cessé de recourir à celui d'entre eux qui s'appelait Michée, c'est que chaque fois il ne recevait de lui que des oracles sinistres, décourageants.

En résumé, le chapitre XXII, qui raconte la dernière guerre d' Akhab, appartient, ainsi que le chapitre XX, à la source historique (Choniqm des rois d* Israël). Ces deux chapitres constatent positivement :

1^ Que sous le règne d' Akhab vivaient de nombreux prophètes de Jéhova;

So Que le roi Akhab les consultait souvent.

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