Rbuss, Histoire des Israélites , p. 496, noté i
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Ces mêmes chapitres sont muets sur toute persécution qu'on aurait exercée contre les prophètes.
Les deux chapitres XVIII et XIX, les seuls où, dans quatre versets, il soit parlé de persécutions contre les prophètes de Jéhova, proviennent de la source légendaire.
10 Les détails donnés (XVIII, 10-14) aboutissent à une impossibilité physique; un seul homme, en effet, est dans l'incapacité absolue de porter en secret une nourriture suffisante pour cent personnes, pendant un temps plus ou moins long;
2° Le verset 22 du chapitre XVIII, où Élie affirme qu'il est le seul prophète survivant, est en contradiction avec les autres.
Conclusion. — Il résulte de là que la prétendue persécution dirigée contre les prophètes jéhovistes ne repose sur aucun fondement sérieux. Jézabel n'avait pas trahi le dieu de ses pères et de sa patrie; elle avait continué d'adorer Baal et de protéger les prêtres de Baal. Akhab avait, avec raison, laissé sa femme libre de suivre sa religion et son culte. Tel fut leur crime aux yeux des sectaires jéhovistes. Comme les sectaires de tous les temps et de tous les pays, les jéhovistes se sont vengés d' Akhab et de Jézabel, selon leur constante méthode, par la calomnie.
IIo Meurtre de Naboth. — Le chapitre 3 Rois, XXI, où est relaté le meurtre de Naboth, se rattache à la vie du prophète Élie; il appartient donc à la source légendaire.
« 3 jRow, XXI, 1 . Or voici ce qui arriva quelque
temps après : Naboth de Jezréhel avait une vigne qui était située dans le territoire de cette ville, près du palais d'Akhab, qui régnait dans Samarie. — 2. Akhab fit donc à Naboth cette proposition : Cédezmoi votre vigne qui est près de ma maison, afin que j'en fasse un jardin potager; et je vous donnerai en échange une autre vigne qui sera d'un plus grand prix; ou si vous Taimez mieux, je vous paierai en argent le prix qu'elle vaut. — 3. Mais Naboth répondit : Que le Seigneur me garde de vous céder ainsi l'héritage de mes pères ! — 4. Akhab revint donc chez lui consterné et irrité de la réponse que lui avait faite Naboth de Jezréhel. Il se coucha donc sur son lit, et se tournant le visage du côté de la muraille, il ne voulut point manger. — 5. Jézabel sa femme vint le trouver et lui dit: D'où vous vient cet abattement? Et pourquoi ne mangez-vous point? — 6. Le roi lui répondit : C'est qu'ayant fait cette proposition à Naboth de Jezréhel : Cédez-moi votre vigne pour le prix qu'elle vaut ou pour une autre que je vous donnerai en échangcj si vous l'aimez mieux, il m'a refusé en disant : Je ne vous céderai point ma vigne. — 7. Jézabel sa femme reprit : Vous allez exercer désormais une grande autorité dans Israël! Levezvous, mangez, et ayez l'esprit en repos; je me
charge de vous donner la vigne de Naboth de Jezréhel. »
Le doute n'est pas possible î dialogue du roi et de Naboth, scène d'intérieur entre Akhab et sa femme^ naïveté des sentiments et des paroles, tout dans ce
délicieux tableau nous transporte clans la sphère de la légende. Ce caractère ne se dément pas dans la suite du récit. La machination qu'invente Jézabel contre Naboth et la candeur avec laquelle elle associe à son secret ténébreux les Anciens et les principaux habitants d'une ville entière, désarment la critique. Laissons donc de côté la forme enfantine du récit; et examinons les divers incidents, comme s'ils étaient historiques.
A Tinsu de son mari, Jézabel fait accuser Naboth de blasphème contre Dieu et le roi; Naboth est lapidé. Akhab, innocent du meurtre, a le tort d'en profiter : il prend possession de la vigne. Faiblesse coupable assurément, mais de là à la scélératesse incarnée, il y a loin. Le prophète Élie se présente au roi dans le champ même de Naboth; il lui annonce, au nom de l'Éternel, qu'il sera exterminé, lui et toute sa race; quant à la reine, elle sera dévorée par les chiens. A l'audition de ces terribles menaces, que fait l'impie Akhab? Donne-t-il Tordre de saisir l'audacieux qui voue à l'anathème lui, sa femme et ses enfants ? Le livre- t-il au glaive de ses soldats? Non : « 3 Rois, XXI, 27. Il déchira ses vêtements, se revêtit d'un cilice sur sa^ chair, jeûna, coucha dans son cilice et marcha avec un extérieur humilié. » Certes, voilà un méchant homme et un impie d'une assez rare espèce : qu'aurait pu faire davantage le prince le plus pieux ou l'homme le plus doux? « 28. Alors le Seigneur adressa la parole à Élie le Thesbite et dit : — 28. Tu vois qu'Akhab s'est humilié devant moi; puis donc
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qu'il s'est humilié devant moi, je ne ferai point tomber sur lui, tant qu'il vivra, les maux dont je l'ai menacé; mais ce sera sous le règne de son fils que j'en accablerai sa maison, t Ainsi Akhab ne sera point frappé personnellement, mais le châtiment tombera sur ses enfants. Akhab, après tout, était coupable d'avoir profité d'un crime commis par autrui : on l'épargne. Ses nombreux enfants sont entièrement innocents : on les égorgera.
La première réflexion qu'inspire la légende du meurtre de Naboth est que le point de vue où se place l'historien n'a rien de commun avec la vérité ni avec la morale.
La seconde est que, même dans ce récit fabuleux où Akhab est appelé prince abominable, sans égal pour sa méchanceté, Akhab y est présenté avec un caractère faible, il est vrai, mais honnête, doux, patient et prompt à s'humilier devant Jéhova et son prophète.
Quant à la légende elle-même, on devine sans peine qu'elle est l'œuvre d'un sectaire jéhoviste, dévoué à la dynastie de Jéhu. L'effroyable destruction de la famille d' Akhab blessait tellement la conscience humaine qu'il devenait utile de la justifier aux yeux des Éphraïmites en déshonorant Akhab et en présentant la suppression de sa race comme un châtiment mérité et comme l'exécution d'un ordre céleste. D'atroce assassin, Jéhu devenait un instrument de l'Éternel; par conséquent sa dynastie avait droit à l'amour et à l'obéissance des Éphraïmites. Le petit discours que l'auteur de la légende met dans la bouche du disciple
d'Elisée, 4 Rois, IX, 7-10, résume clairement le plan d'apologie et le procédé employé pour atteindre le but. c 4 Rois, IX, 6. Jéhu se leva donc et entra dans une chambre, où le jeune homme lui versa l'huile sur la tête et lui dit : Voici ce que dit le Seigneur, dieu d'Israël : Je vous sacre roi sur Israël, le peuple du Seigneur. — 7. Vous exterminerez la maison d'Akhab, votre maître, et je vengerai ainsi le sang de mes serviteurs les prophètes et celui de tous ceux qui servaient le Seigneur, le sang que la main de Jézabel a répandu. — 8. Toute la maison d'Akhab périra: car j'exterminerai tous les mâles de la postérité d'Akhab, ceux qui se seraient retirés dans les places fortes comme ceux qui demeureront sans défense au milieu d'Israël. — 9. Je traiterai la maison d'Akhab comme j'ai traité celle de Jéroboam, fils de Nébat, et celle de Bahésa, fils d'Ahia. — 10. Quanta Jézabel, les chiens la mangeront dans le territoire de Jezréhel, sans que personne se mette en peine de l'ensevelir. Après cela, le jeune homme ouvrit la porte et se retira promptement. » On a là, condensés dans ce passage, tous les crimes perpétrés par Jéhu; ils sont mis adroitement sur le compte de l'Éternel, puisque c'est l'Éternel qui donne l'ordre à Jéhu de les commettre. La manœuvre apologétique du panégyriste de la dynastie usurpatrice est saisie là en flagrant délit.
D. Si les accusations formulées contre Akhab, dans la légende, ne résistent pas à un examen critique, on ne s'étonnera pas que les faits historiques témoignent en faveur du roi d'Israël. En effet, Akhab fut non
seulement l'allié de Josaphat si vanté pour son austère jéhovisme, mais encore son ami intime au point que sa fille Athalie épousa le fils du pieux monarque de Juda. Cette alliance atteste en même temps chez les deux rois un véritable esprit politique. Dans la dernière guerre contre la Syrie, le roi Josaphat combattait aux côtés du roi d'Israël. L'armée Israélite fut vaincue. Akhab, blessé au commencement de la bataille, « 3 Rois, XXII, 35, demeura dans son char, faisant face aux Syriens ; mais il mourut le soir, ayant perdu tout son sang qui coulait de la plaie au milieu du char, t
En présence de cette fin héroïque, on se reporte involontairement à un épisode du chapitre XIX, 2-3. En apprenant le massacre des ministres de Baal, Jézabel avait naïvement envoyé un messager dire à Élie : « Que les dieux me frappent si demain, à la même heure, je ne te traite pas comme tu as traité mes prêtres! » Ainsi averti que, le lendemain, à heure fixe, la reine viendrait prendre la mesure de son dévouement à Jéhova, le saint prophète n'hésita pas: il prit la fuite !
Jézabel elle-mêm 3 périt avec une dignité qui mérite l'admiration. Lorsque Jéhu, encore teint du sang de son maître et roi, fit son entrée dans JezréheK la vieille reine n'imita point la conduite pusillanime d'Élie, elle se para comme au jour d'une fête; puis, quand Jéhu passa en triomphe devant le palais, elle parut à la fenêtre. Faisant allusion au régicide Zimrî eti\ sa mort tragique (^3 Rois, XVI. 9-18), Jézabel avec
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une ironie méprisante, interpella Jéhu : « 4 Rois, IX, 31. Gomment t'en va-t-il, Zimrî, assassin de ton maître? — 32. Jéhu leva les yeux vers la fenêtre et dit : Qui est pour moi? Qui? Et deux ou trois eunuques regardèrent de son côté. — 33. Et il leur cria : Jetez-la en bas ! Et ils la jetèrent, et son sang rejaillit contre le mur et sur ses chevaux; et Jéhu passa pardessus son corps. — 34. Puis il entra; et ayant mangé et bu, il dit : Regardez après cette maudite, et donnezlui la sépulture; elle est tout de même la fille d'un roi *. )) Oui Jézabel était la fille d'un roi; bien mieux encore, elle avait l'âme royale; quand le bourreau apparut, elle ne demanda point, comme un Élie, son salut à la fuite; elle alla droit à la mort, le front haut et un sourire de dédain sur les lèvres.
E. Une dernière preuve, pure de tout merveilleux, entièrement historique, achève de démontrer que le roi Akhab fut loin d'être tel que les historiens cléricaux des Rois et des Chroniques se sont efforcés de le dépeindre. En effet, t ce roi, le plus impie qu'on ait jamais vu, qui s'attacha aux idoles abominables », comment avait-il nommé ses enfants? Isch-Baal « l'Homme de Baal », ou Baalyada « Baal le connaît », ou encore Baal-Hanan c Baal est gracieux » ? Non ; cet ennemi de Jéhova appela son fils aîné Akhazlahou « Jéhovah le soutient », et son second, lehoram
1. Reuss, Histoire des Israélites, p. 532, note 4. La vieille Jézabel fit grande toilette, non pour éblouir et captiver Jéhu, mais pour le braver et mourir en reine. Elle avait beaucoup plus le sentiment de sa dignité que les commentateurs n'ont eu celui de la situation, et plus de caractère qu'eux d'esprit/
« Jéhovah est élevé t. Quant à sa fille mariée au roi de Juda, elle avait reçu le nom de Athal-Iahou « Puissant est Jéhova ».
Résamé. — La partie du livre des Roi», qui contient l'histoire d'Akhab s'étend de 3 Rois, XVI à XXII inclusivement. Elle est empruntée à deux sources différentes :
La première, sorte de conte des Mille et une nuits, est la lé^nde d'Élie et d'Elisée. Sur les treize chapitres insérés dans le livre des Rois, quatre renferment les prétendus rapports qu'auraient eus Élie et Akhab : ce sont les chapitres XVII, XVIII, XIX, XXI.
L'autre source est une histoire intitulée Annales des rois d'Israël : les faits historiques y sont mêlés de faits merveilleux ou d'interprétations mystiques. Mais ni dans ces faits merveilleux, ni dans ces interprétations mystiques, n'apparaît la personne ou le nom du prophète Élie, ce qui distingue radicalement cette source de la première.
Les conséquences qui résultent de cette distinction irréductible sont les suivantes :
1° Tous les chapitres où apparaît Élie étant fabuleux, sont absolument dénués de valeur historique.
Or c'est précisément dans ces chapitres que sont produits les deux seuls faits capables de justifier les accusations d'impiété et de méchanceté dirigées contre Akhab. Ces deux faits sont le massacre des prophètes et le meurtre de Naboth. Là même, ces articulations sont contradictoires entre elles et se détruisent mu-
tueliement; en outre, elles sont infirmées par les faits consignés dans la seconde source.
2® Tous les chapitres empruntés aux Annales des rois d'Israël doivent être soumis à un sévère examen pour qu'on en sépare l'historique d'avec le merveilleux; mais en eux seuls résident les faits authentiques et les vrais matériaux de l'histoire.
Or c'est précisément dans ces chapitres que sont contenus les faits qui présentent Akhab sous un jour très favorable. Tels sont :
A. Son alliance si politique et son amitié avec Josaphat, roi de Juda;
B. Les noms jéhovistes donnés à ses enfants;
G. Sa magnanimité envers le roi de Syrie fait prisonnier;
D. Sa mort héroïque en combattant contre l'ennemi.
Voilà vingt-huit siècles que pèse surlatôted'Akhab la réprobation la plus inique et la moins méritée. L'heure de la justice n'est pas près de sonner pour ce roi. Akhab a eu ce malheur qu'un poète de génie a consacré les calomnies de l'historien des Rois en leur donnant une forme impérissable dans ce chef-d'œuvre de l'art qu'on appelle la tragédie d'Athalie.
11° — JEHU
L'histoire des Rois n'a que des paroles sévères pour les rois d'Éphraïm; Akhab est le pire de tous, mais tous sont condamnables et condamnés. Un seul fait exception, c'est Jéhu. Il n'est pas d'éloge qui ne hii soit
décerné; les rois de Juda les plus renommés pour leur piété n'obtinrent pas les honneurs dont fut comblé Jéhu. Un des plus grands prophètes de la nation, Elisée, choisit ce simple capitaine de l'armée éphraïmite et le sacra roi. Sur Tordre de l'homme de Dieu, un disciple était allé dans le camp Israélite lui verser sur le front l'huile sacramentelle (4 Rois, IX)*. Enfin, lorsque Toeuvrede cet oint royal fut achevée, l'Éternel en personne le félicita et, comme récompense, promit à sa postérité de longues années de règne. « 4 Rois, X, 30. Cependant l'Éternel dit à Jéhu : Parce que tu t'es appliqué avec soin à faire ce qui était juste à mes yeux, et que tu as exécuté contre la maison d'Akhab tout ce que j'avais dans le cœur, tes enfants seront assis sur le trône d'Israël jusqu'à la quatrième génération. » Voyons quels furent les actes mémorables qui valurent à Jéhu, à lui seul entre tous les rois d'Israël, tant de louanges et tant de faveurs. 1° Le roi Joram, fils d'Akhab et de Jézabel, en défendant contre les Syriens la ville de Ramoth-Galaad qu'il leur avait prise (4 Rois, IX, 15), avait reçu plusieurs blessures. Il s'était retiré à Jezréhel pour se faire panser, laissant l'armée à Ramoth, où elle avait ses
i. Rbdss, Histoire des Israélites, p. 529, note 2. « Nous croyons parfaitement superflu de disculper le prophète Elisée de l'accusation d'avoir été révolutionnaire et régicide. La nouvelle dynastie, celle de Jéhu^ se sera prévalue de son nom pour se légitimer, absolument comme l'ont fait, a l'envi l'une de l'autre, la dynastie de Saûl et celle de David à l'égard du prophète Samuel. » La méthode n'a pas changé ; elle est aujourd'hui employée comme elle l'était autrefois pour légitimer toutos Ips usurpations et tous lf>s crimefti
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quartiers. Profitant de son absence, le capitaine éphraïmite Jéhu ourdit une conspiration. A la tête d'une troupe de conjurés, il se dirigea à marche forcée sur Jezréhel, surprit les gardes sans défiance et, d'un coup de flèche, tua le roi Joram. Le neveu de Joram, Okhôzias, roi de Juda, qui accompagnait son oncle, fut également assassiné. La reine-mère Jézabel périt jetée du haut du palais en bas. A Samarie résidaient soixante-dix fils d'Akhab; Jéhu envoya des ordres; et le lendemain, aux portes du palais de Jezréhel, on mit en deux tas les soixante-dix têtes. Ensuite t 4 Rois, X, 11, Jéhu fit mourir tout ce qui restait de la maison d'Akhab dans Jezréhel, tous les grands de sa cour, ses amis et ses prêtres, sans épargner personne de ceux qui lui avaient appartenu. » Telles furent t les justes actions » de Jéhu dans la ville de Jezréhel.
Une fois cette boucherie accomplie dans la cité
royale du nord, Jéhu partit pour la capitale du sud, Samarie. En route, il rencontra les frères du roi Okhôzias qui, allant à Jezréhel par le plus court chemin, n'étaient point passés pas Samarie; ils ignoraient l'explosion du complot militaire. Jéhu les fit égorger tous incontinent; ils étaient au nombre de quarante-deux. Arrivé à Samarie, « 4 Rois, X, 17, Jéhu fit tuer tous ceux de la maison d'Akhab qui y restaient sans en épargner un seul, t Telles furent « les justes actions » de Jéhu dans la ville de Samarie.
2° En compensation de tant de sang innocent versé; déhu a-t-ii du moins surpassé ses- prédécesseurs éA
pureté de jéhovisme? Nullement; c'est Thistorien des Rois qui le dit; c'est l'enthousiaste admirateur de Jéhu qui en fait l'aveu : c 4 Rois, X, 29. Mais Jéhu ne se détourna point des péchés de Jéroboam, fils de Nébat, qui avait engagé Israël dans le péché d'idolàtrie; il ne quitta point le culte des taureaux d'or que ce prince avait placés, l'un à Béthel, et l'autre à Dan. » Ainsi Jéhu n'a pas été plus orthodoxe que les autres rois d'Israël ; il adora Jéhova comme l'avait adoré Akhab, comme l'adoraient le roi Joram, la famille de Joram, ses amis, les grands de sa cour et toutes les victimes si atrocement égorgées ; Jéhu l'adora sous la forme symbolique du taureau; et cela, non pas seulement avant sa criminelle usurpation, mais durant tout le cours de son règne. L'historien des Rois le constate lui-même dans un autre verset : «c 4 Rois, X, 31. Dans la suite, Jéhu n'eut pas le soin de marcher de tout son cœur dans la loi du Seigneur, le dieu d'Israël; et il ne se retira point des péchés de Jéroboam, qui avait engagé Israël dans le péché. » Ce qui donne encore plus de force à cet aveu, c'est que précisément entre lés deux versets où est signalée l'idolâtrie de Jéhu se placent les chauds compliments adressés par l'Éternel à ce scélérat. On ne peut pas mettre en saillie, par un contraste plus frappant, la disparate entre l'indignité de Jéhu et la faveur de l'Éternel. Jéhu suit le même culte que la dynastie de Jéroboam et celle d' Akhab; il est comblé de bienfaits. La dynastie de Jéroboam et celle d'Akhab adorent Jéhova sous la même forme que le fait Jéhu; mais, à
rencontre de Jéhu, elles n'ont pas les mains rouges de sang ; et cependant la colère de Jéhova s'est abattue sur elles et les a livrées au fer des assassins. D'où vient un traitement aussi inégal; ou, plus exactement, d'où vient un jugement aussi contraire à l'équité, de la part de l'historien ? D'un fait très simple : les rois d'Israël adoraient Jéhova, le dieu national, mais ne proscrivaient pas les autres dieux sémitiques; Jéhu, lui, non seulement les a proscrits, mais il en a massacré les ministres. Lorsque l'usurpateur eut immolé dans Samarie la famille et les partisans d'Akhab, il convoqua le peuple : c 4 Rois, X, 18. Akhab, dit Jéhu, a rendu quelque honneur à Baal; mais je lui en rendrai bien davantage. — 19. Qu'on me fasse donc venir ici maintenant tous les prophètes de Baal, tous ses minitres, tous ses prêtres ; qu'il n'en manque pas un seul, car je veux faire un grand sacrifice à Baal. Quiconque ne s'y trouvera pas sera puni de mort. Or c'était un piège que Jéhu tendait pour perdre les ministres de Baal. » En effet, lorsque ceux-ci furent tous réunis au temple, c 25. Entrez, dit Jéhu à ses sicaires, tuez-les et qu'il ne s'en échappe pas un seul I » Aussitôt les soldats firent irruption et les passèrent tous au fil de l'épée. Les idoles du temple furent brûlées, la colonne de Baal renversée, le temple détruit, et l'emplacement converti en latrines publiques. € 28. C'est ainsi, dit l'historien clérical, que Jéhu extermina Baal du royaume d'Israël. »
Telle est la première Saint-Barthélémy dont l'histoire fasse mention.