‹ Paganisme des hébreuxChapitre 103 sur 137 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'exemple comparé d'Akhab et de Jéhu est propre à faire comprendre quel esprit a dirigé l'historien des Rois et sous quel point de vue il a présenté les faits. Les rois d'Israël, à la suite de Jéroboam, tout en laissant libre la pratique du culte des dieux sémitiques, avaient donné la prééminence au culte du dieu national; le clergé jéhoviste était ce que nous appelons aujourd'hui le clergé officiel ; c'est lui sans doute qui jouissait à la fois de la plus grande autorité et des plus riches revenus. Sous Akhab, la reine Jézabel, femme d'une rare énergie, favorisa de son influence et de son argent les prêtres de la religion qu'elle professait. Cela était naturel et légitime. Akhab conserva sa foi au dieu national, ainsi que le prouvent les noms qu'il donna à ses enfants et les actes même que lui prête la légende ; mais il adihit le clergé de Baal au même rang que le clergé jéhoviste et lui témoigna une égale faveur. C'est ainsi que, de nos jours, l'État français, tout en accordant la primauté au clergé catholique, fait participer avec lui au budget des cultes le clergé protestant et le clergé israélite. Mais l'expérience de trente siècles et celle même de l'heure présente nous apprennent que le partage, selon l'équité, de la protection officielle apparaît au clergé dominant comme un vol à son égard, une monstruosité sacrilège. £t il s'en venge, comme se venge la caste sacerdotale^ par le bûcher

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et par le fer, lorsqu'elle est la plus forte ; par la calomnie, lorsqu'elle ne peut employer le fer ni le bûcher. Il est donc logique que dans Akhab, adorateur incontestable de Jéhova, mais protecteur tolérant des autres dieux sémitiques, l'historien des Rois ait vu un tyran et, selon l'éternel procédé des sectaires. Tait peint sous un jour odieux.

Réciproquement, Jéhu a beau être souillé de forfaits qui font de lui l'un des plus exécrables scélérats de l'histoire; il a détruit le culte rival; il a concentré dans les mains du clergé jéhoviste toute l'autorité et les intarissables revenus que donne la superstition populaire : ses vices revêtent alors l'éclat de brillantes vertus, et ses crimes celui d'exploits dignes de l'admiration. Aux yeux de l'écrivain clérical, Jéhu n'est pas plus un assassin que l'est, dans notre société policée, l'exécuteurdeshautesœuvres.Demême quele bourreau est l'instrument de la justice humaine, de même Jéhu fut l'instrument de la justice jéhoviste, un lieutenant de Dieu sur la terre. Ainsi s'explique par l'intérêt de la caste sacerdotale et par la démence du fanatisme la partialité qui caractérise l'historien des Rois. C'est ainsi qu'au iii« siècle après Jésus-Christ, un grand homme, le dernier de l'Empire romain, Julien, pour avoir essayé de rendre sa suprématie à l'antique religion nationale, a été honni, traîné dans la boue par 'le« historiens cléricaux, tandis que Constantin, hypocrite raffiné, assassin de son beau-père, de sa femme et de son fils, meurtrier parjure de Licinius, empereur "d'Ori^nV) et du jeune Liciniusj enfant de douze ans, a

été élevé aux nues par ces mêmes historiens. C'est qu'il avait fait du christianisme la religion officielle et assuré au clergé chrétien la possession du pouvoir et des richesses. Constantin a reçu le surnom de Grand ; s'il n'a pas été canonisé, c'est que, de même que Jéhu avait suivi l'hérésie de Jéroboam en adorant Jéhova sous le symbole du taureau, de même Constantin, dans les dernières années de sa vie, accorda sa faveur aux partisans de l'hérésiarque Arius.

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