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LES PRÊTRES JÉHOVISTES JUSQU'A LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE

Lorsque Tédit de Cyrus, en 537, eut permis aux Juifs de retourner en Palestine, trois émigrations conduites, l'une en 536 par Zorobabel, l'autre en 467 par Esdras, la troisième en 454 par Néhémie, vinrent successivement en Judée ; Jérusalem fut reconstruite et enceinte de murailles ; un nouveau temple s'éleva sur les ruines de l'ancien. Le nouvel État, partie intégrante de l'Empire perse, était placé sous la haute administration d'un satrape. Celui-ci se bornait à maintenir la paix publique ; pour le reste, il laissait les Juifs se régir d'après leurs propres lois. Or les chefs des émigrés appartenaient à la caste sacerdotale; ils établirent un gouvernement théocratique. Le chef de l'État fut un pape ou grand pontife ; le clergé s'organisa en une puissante hiérarchie; sous des noms différents, cette hiérarchie fut celle même dont l'Église catholique nous donne l'exemple. De môme que le clergé catholique se divise en ordres majeurs, comprenant le haut et le bas clergé, et en

ordres mineurs comprenant les acolytes, les exorcistes, les lecteurs et les portiers; de même, dans le clergé judaïque, on eut un haut clergé dans les familles sacerdotales qui se prétendaient issues d'Aaron, un bas clergé dans les prêtres ou sacrificateurs ordinaires, et des ordres mineurs dans tous les serviteurs attachés au temple, auxquels on donnait le nom général de lévites.

Quant aux prescriptions rituelles, il fut défendu de faire des sacrifices autre part que dans le temple de Jérusalem, à l'entrée du tabernacle; et cela, sous peine de mort {Lévitique, XVII, 4, 9).

Il fut défendu de consulter l'Éternel autrement que par Ourim et Toummim; c'est le grand prêtre qui porte ces douze pierres précieuses, c'est lui qui consulte et rend l'oracle (Lévitique, VIII, 8 | Nombres, XXVII, 21 I Exode. XXVIII, 30).

Quant aux fêtes solennelles du printemps, de l'été et de l'automne, elles prirent un caractère théocratique; la fête du printemps l'avait déjà dès le roi Josias. A ces fêtes anciennes on en ajouta une autre, la grande fête des expiations ou lôm Kippour.

Telle est, en substance, la constitution de l'État juif sous la suzeraineté politique de la Perse. Ce qui caractérise cette théocratie ou gouvernement des prêtres, c'est la centralisation du culte à Jérusalem et la multitude des prescriptions rituelles; en un seul mot, le formalisme.

L'organisation d'une forte hiérarchie et la possession du pouvoir politique ne dépendent pas de la

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plus OU moins grande étendue d'un pays; il est loin d'en être de même de la concentration du culte en un seul lieu. Si les sacrifices ne peuvent être accomplis que dans un endroit unique, les conditions physiques des cérémonies exigent qu'il soit aisé à chacun de se rendre dans le sanctuaire obligatoire pour s'y acquitter du devoir religieux, puis de rentrer ensuite chez soi. En cet état, il est nécessaire que la circonférence du centre religieux ait un court rayon; une ville et sa banlieue, voilà ce que comporte la centralisation du culte, telle que la définit et l'impose le code du Sinaï. C'est précisément ce qui existait au temps d'Esdras et de Néhémie quand fut promulgué le Levitique; l'État juif consistait en la ville de Jérusalem et dans les bourgs environnants.

D'après ce simple exposé des faits, on peut de prime abord conjecturer que dans les temps antiques, alors que les tribus étaient dispersées dans tout Canaan, rien d'analogue à la constitution formulée par le Levitique n'a pu s'établir. C'est ce que confirme l'étude des documents. Pendant les quatre siècles qui se sont écoulés de VExode à l'établissement de la royauté (1500-1100), l'état des choses qui a régné au point de vue religieux est le contraire de celui que consacrera le code sinaïtique :

i" Il y avait des sanctuaires multiples, tels que Ofrah, Mispah, Bethel, Siloh, Sichem, Gibéon, Hébron. etc.:

2** Le métier de prêtre était libre; tout le monde pouvait l'exercer et l'exerçait en effet : Gédéon, Jephté, SaûK le fils de Mikah, l'Éphraïmite, etc.;

3'ti LE CULTE SÉMITIQUE CHEZ LES HÉBREUX

3** Les sacrifices se faisaient partout; on égorgeait la victime sur des pierres amoncelées en autel;

4" Les fêtes du printemps, de l'été et de l'automne avaient un caractère purement agricole;

5° Chacun pouvait consulter soi-même roracle au moyen de statuettes, éphod et téraphim. Le lucratif métier de devin était exercé librement par des laïques, pythons, pythonisses, nécromanciens, etc.

Durant cette longue période, aperçoit-on quelques traces d'un clergé jéhoviste? En aucune façon; l'état de dissémination où vivaient les tribus israélites élevait un obstacle insurmontable à toute organisation hiérarchique; la hiérarchie cléricale ne peut naître qu'à l'ombre et sous les auspices de la centralisation politique. Ce n'est donc qu'à partir du règne de David que le dessein de rétablir a pu germer.

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