‹ Paganisme des hébreuxChapitre 107 sur 137 · Reuss, Histoire des Israélites^ p. 470, note i · texte numérisé non relu

Reuss, Histoire des Israélites^ p. 470, note i

2. Reuss, Histoire des Israélites^ p. 471, note 2. La fixation au huitième mois de la fête des vendanges, qui dans Jnda avait lieu le septième, ne marque point une dissidence religieuse; le retard est expliqué par le fait que les vendanges dans le royaume du nord se faisaient quinze jours plus tard que dans le royaume du sud.

le chef de l'État; confirmation du fait précédemment signalé sous le règne de Salomon. Salomon avait destitué Abiathar et l'avait remplacé dans sa haute dignité par Sadok (3 Rois, II, 26, 35).

3® Les prêtres jéhovistes répandus dans les tribus . à l'avènement de Roboam devaient leur nomination à Salomon ; pour que Jéroboam ait pris la résolution de les expulser, il est nécessaire qu'ils fussent notoirement attachés à Salomon et à sa dynastie par d'autres liens que ceux du culte de Jéhova ; car Jéroboam fut un franc jéhoviste, tandis que Salomon adorait simultanément avec Jéhova les autres dieux sémitiques. Ce fait laisse entrevoir dans les prêtres jéhovistes un rudiment d'organisation hiérarchique dont le centre devait être naturellement à Jérusalem.

On peut remarquer que les déductions tirées du simple exposé des faits s'enchaînent assez étroitement l'une à l'autre. Ce qui va suivre apportera un surcroît de preuves en leur faveur.

Une fois affermi sur le trône de Juda, Roboam éleva des autels à Baal, à la déesse Astarté et entraîna tout le peuple dans les pratiques les plus infâmes du culte phallique (3 flow, XI V,22-24 | 2 Chronique, Xll^i), Jéroboam, au contraire, demeura fidèle au dieu national Jéhova; il l'adorait sous la forme symbolique du taureau, comme on l'avait fait jusqu'alors. On sait qu'à Jérusalem, dans le sanctuaire, on vénérait Jéhova sous la forme du serpent d'airain. Les prêtres jéhovistes, si le zèle de Jéhova les eût exclusivement enflammés, eussent dû se ranger du côté de

Jéroboam; ils ne cessèrent point de le maudire. Tout en gémissant de l'idolâtrie de Roboam, d'autant plus que la concurrence des dieux sémitiques affaiblissait leur autorité et diminuait leurs bénéfices, ils continuèrent leur appui au roi de Jucja. Preuve irrécusable que la religion était déjà un instrument politique aux mains des rois et des prêtres.

La comparaison entre la série entière des rois de Juda et celle des rois d'Éphraïm aboutit à la constatation du même fait et aux mêmes conclusions. Excepté Akhab et son fils Okhozias, qui peut-être laissèrent aux dieux sémitiques une part d'adoration égale à celle de Jéhova, tous les autres rois d'Éphraïm, de l'aveu même de l'historien jéhoviste des Rois et de l'auteur clérical de la Chronique, ont constamment placé Jéhova au premier rang. Leur erreur, d'après les deux écrivains orthodoxes, consistait c à suivre la voie de Jéroboam », c'est-à-dire à adorer le dieu national sous le symbole du taureau. Or sur les vingt rois de Juda, douze sont signalés comme s'étant livrés au culte de tous les dieux sémitiques. Enfin, si l'on réfléchit que, même sous les rois .de Juda vantés comme modèles de piété, les idoles de Khamos, de Moloch, d'Astarté, dressées par Salomon à côté du Temple, continuèrent à recevoir les hommages des Judéens jusqu'aux approches de la captivité de Babylone, on est obligé d'avouer que les rois de Juda déméritèrent de Jéhova plus que ne le firent les rois d'Éphraïm. Il s'ensuit que si le clergé jého- Vistë cL sbut^nu et set^vi les rois de Jùdà dahà lëuirë

luttes séculaires contre les rois d'Éphraïm, ce ne fut point une ardente piété pour Jéhova qui dirigea sa conduite, mais bien le soin de ses intérêts temporels.

m» — ATHALIE ET JOAS

Expulsés du royaume d'Israël par Jéroboam, les prêtres jéhovistes se retirèrent dans le royaume de Juda. A partir de cette époque jusqu'au règne d'Athalie, c'est-à-dire pendant près d'un siècle, le clergé jéhoviste reste dans l'ombre. Aucun fait particulier n'est mentionné qui nous renseigne sur les progrès de son influence politique au sein de la société judéenne. La révolution qui renversa la reine Athalie semble attester, pour le clergé jéhoviste, un accroissement d'autorité; c'est en effet, un prêtre jéhoviste qui fut l'âme de la conspiration contre la reine. On sait que le pieux roi de Juda, Josaphat, mû par une pensée de haute politique (l'union des deux royaumes hébreux contre l'ennemi étranger), avait fait épouser à son fils Joram Athalie, fille d'Akhab et de Jézabel . A la mort de Joram, Okhozias, son fils, lui avait succédé; un an après, il mourait sousles coups du capitaine éphraïmite Jéhu. On a vu quels massacres avait accomplis Jéhu; les soixante-dix. fils d'Akhab et les quarante-deux frères d'Okhozias avaient péri égorgés.

A la nouvelle de la mort d'Okhozias et de la destruction de toute sa famille, la reine-mère Athalie répondit au meurtre par le meurtre : elle fit périr toute la race royale de Judn, c'est-à-dire sespetits-filsn

les enfants mômes de son fils Okhozias. Sur la foi de rhistorien des Rois, on attribue exclusivement cet acte sanguinaire à un désir de vengeance religieuse; cette interprétation est, sinon absolument fausse, du moins erronée en majeure partie.

1° Il n'est pas démontré que les enfants d'Okhozias fussent d'ardents jéhovistes; leur père Okhozias et leur grand-père Joram, époux d'Athalie, ne l'étaient pas, puisqu'ils avaient adoré également tous les dieux sémitiques. S'il est une conjecture vraisemblable, c'est que leurs parents devaient les faire élever dans les mêmes sentiments que les leurs.

2" Il n'est pas démontré qu'Athalie fût une ennemie irréconciliable de Jéhova. Fille d'une princesse sidonienne, elle plaçait sans doute au premier rang le dieu national de Sidon, Baal ; elle ne rejetait pas pour cela Jéhova, le dieu national de Jérusalem ; Jéhova faisait partie du panthéon sémitique et recevait, à ce titre, les hommages d'Athalie; c'est ainsi que, chez les peuples catholiques, certains honorent particulièrement la Vierge, Astarté de l'Église romaine ; d'autres saint Joseph; plusieurs, saint Pierre, saint Louis, etc., sans que pour cela chacun rejette ou nie les autres dieux catholiques.

Il y a mieux : c'est qu'on peut prouver directement qu'Athalie n'avait point de haine religieuse contre Jéhova et les jéhovistes. D'Akhab, son père, si calomnié par l'écrivain clérical, et de sa mère Jézabel que ce même historien s'est efforcé d'ériger en implacable adversaire de Jéhova, elle avait reçu le nom d'Athal*

iahoîi « Puissant est Jéhovah ». Ses deux frères s'appelaient, l'un lehoram t Jéhovah est élevé », et l'autre AkhaZ'Iahou « Jéhova le soutient ». Épouse de Joram, roi de Juda et adorateur des dieux sémitiques, Athalie avait eu un fils; comment le nomme-t-elle ? Akhaztahou c Jéhovah le soutient» . Akhaz-iahou ou Okhozias, monté sur le trône, suit les traces paternelles : il adore tous les dieux sémitiques. De ses nombreux enfants un seul est connu de l'histoire; quel nom avait-il reçu de son père? lehoasch (Joas) t Jéhovah l'a donné ». Quand on sait combien est étroite la relation entre un nom donné à un enfant et les croyances religieuses des parents, il est impossible d'admettre Timpiété absolue d' Athalie. Ce qui la distingue des princes que l'historien clérical appelle rois pieux, c'est que ces derniers, dans leur culte, donnaient le premier rang à Jéhova, tandis qu' Athalie, originaire de Sidon où Baal avait la primauté, mettait dans ses prières le dieu phénicien au-dessus du dieu hébraïque.

3° Enfin, dernière preuve non moins topique et concluante, si Athalie avait voulu exterminer le jéhovisme, elle n'aurait pas laissé debout le temple de Jéhova, ni les prêtres de Jéhova, ni le culte de Jéhova. Jéhu lui avait donné l'exemple de la méthode à suivre pour abolir un culte ; elle n'avait qu'à l'imiter.

De ces considérations il résulte qu'en faisant périr ses petits-fils, Athalie obéit à une autre pensée que celle de supprimer une famille jéhoviste. En fait de conjectures, il paraît plus simple d'attribuer le massacre des jeunes princes à une ambition ardente ainsi

qu'à des vues politiques. En présence de Tusurpalion de Jéhu devenu maître du royaume d'Éphraïm, Athalie essaya peut-être de créer un contre-poids à la puissance du tyran jéhoviste; elle aurait eu, sous la main, toujours prêtes et organisées, les forces du royaume de Juda, afin qu'à l'occurrence, elle pût frapper un grand coup. Bref, Athalie apparaît sous les traits et avec le caractère d'une Agrippine sémitique. Si toute obscurité sur le mobile de son action est loin d'être dissipée par cette hypothèse, celle-ci a du moins l'avantage de n'être pas, comme l'interprétation cléricale, en absolue coqtradiction avec les faits.

Un enfant d'Okhozias, encore au berceau, avait échappé au poignard de sa grand'mère. Sauvé par sa tante Josabeth *, sœur du roi Okhozias et femme du prêtre Joïada (lehoyada, Jéhovah le connaît), il fut élevé secrètement dans le Temple : cet enfant était Joas. C'est à cette époque que sur la scène politique réapparaît le clergé jéhoviste. Le coup d'État exécuté par Athalie avait suscité de nombreux ressentiments. D'abord l'origine étrangère de la reine avait dû blesser la fibre nationale; l'impopularité s'attachait à la Sidonienne, comme elle l'a fait naguère, en d'autres pays, à l'Autrichienne et à l'Espagnole. Puis le clergé jéhoviste, quoique Athalie ne l'eût pas persécuté, nourrissait une secrète hostilité contre une reine qui préférait à Jéhova le dieu de sa mère, aux prêtres de

1. Josabeth, leboschéba « Jébova est mon serment; c'est par Jébova que je jure ». A Josabeth correspond Elisabeth, Élischéba « El est mon serment »%

Jéhova les ministres de Baal. Enfin, les chefs militaires de Juda supportaient d'autant plus impatiemment Tautorité d'une femme que celle-ci avait immolé une famille à laquelle ils devaient tout. Caria garde royale, composée de Gariens et de Philistins, avait été formée par David et conservée par ses successeurs. Elle était attachée à la race de David, comme le sont les troupes mercenaires aux princes qui les comblent de faveurs *. Une conspiration se trama contre Athalie; ce fut le prêtre Joïada qui en fut le chef reconnu et le directeur. Les officiers de la garde n'hésitèrent pas à se mettre sous ses ordres ; fait qui atteste la haute opinion qu'on avait de sa capacité et probablement aussi les progrès qu'avaient faits l'influence et l'organisation du clergé jéhoviste. Lorsque tout fut prêt, Joïada proclama roi le petit Joas. Aux cris de t Vive le roi! » poussés par prêtres, l'intrépide Athalie accourut au Temple; sur l'ordre de Joïada, elle fut saisie, traînée au dehors et égorgée : elle avait régné six ans.

f Joïada s'imposa comme tuteur au nouveau roi qui avait sept ans à peine : ce fut le règne des prêtres *. Ils se firent remettre l'administration des biens du Temple et profitèrent de leur pouvoir pour s'approprier une partie des revenus sacrés ; le scandale causé par leurs prévarications devint si fort que Joas dut retirer à Joïada et aux sacrificateurs la libre dispo-

1. 2 Samuely VIII, 18 ; XY, 18 ; XX, 23. — Voir Reuss. Histoire des Israélites j 354, note 1.

2. Être maître du pouvoir et des richesses. Sous le couvert d'un roi-enfant, telle fut peut-être la cause de la conspiration et le mobile réel des conspirateurs.

sition de l'argent du Temple... Délivré par la mort de Joïada d'un maître dont Tautorité lui pesait depuis longtemps, Joas essaya de se soustraire à Tinfluence des prêtres. Il ne réussit qu'à soulever leur haine contre lui et finit par être assassiné dans son lit *. >

IV» — ÉZÉGHIAS

De la mort de Joas, en 839, à l'avènement d'Ézéchias en 726, aucun document ne signale l'action directe des prêtres jéhovistes dans les affaires politiques. Akhaz, père d'Ézéchias, s'était distingué entre tous les rois de Juda, par son zèle pour les divinités sémitiques. 11 est le premier prince judéen qui ait fait brûler son fils aîné en l'honneur de Molok.

Ézéchias, fils et successeur d*Akhaz, suivit une conduite diamétralement opposée; il essaya une révolution en faveur du jéhovisme. Cette tentative

1. Maspéro, Histoire ancienne, p. 362, £u note, M. Maspéro dit : a Le livre des Chroniques altère et contredit le récit du livre des Rois pour disculper les prêtres autant que possible. J'ai suivi exactement pour le règne de Joas le récit de 4 Rois, XII. » L'historien clérical des Chroniques, dans le but de justifier l'assassinat de Joas, a imaginé une prétendue apostasie du prince ; celui-ci aurait fait lapider dans la cour même du temple Zacharie, fils de Joïada (2 Chroniques, XXIV, 21). Cette calomnie sacerdotale du i\\^ siècle est formellement démentie par le silence de l'historien des Rois, lequel a écrit son livre à une époque de trois cents années plus rapprochée des événements. En outre, voici ce qu'on lit : « 4 Rois, XIV, 3. Amasias, fils de Joas, fit ce qui était droit devant le Seigneur, seulement pas autant que son aïeul David : il imita en tout la conduite de Joas, son père. » Si Joas s'était souillé d'une apostasie et d'un sacrilège assassinat, est-ce que l'historien des Rois eût dit d'Âmasias qu'imitateur de son père, il fit 'ce qui était droit devant le Seigneur ?

religieuse se résume dans les trois pointé suivants :

1° Il abolit le culte des dieux sémitiques ;

2° Il abolit le culte de Jéhova sous forme symbolique et n'admit que le culte de Jéhova sans image ;

3® Il interdit tout lieu de culte autre que le temple de Jérusalem.

Le culte de Jéhova sous la figure du taureau régnait surtout dans les hauts lieux qui étaient consacrés à ce dieu. De temps immémorial, il avait plusieurs sanctuaires renommés ; les paysans jéhovistes ne connaissaient pas d'autre forme de jéhovisme.

Le culte sans image ne ralliait qu'un petit nombre de fidèles; son unique sanctuaire était à Jérusalem, dans le temple, si toutefois il y en eût un; car là même, à côté de l'autel, se dressait le serpent d'airain, symbole de Jéhova-guérisseur, que la crédulité populaire attribuait à Moïse.

Si la réforme d'Ézéchias se fût bornée à la suppression de toute idole, on aurait pu attribuer cette tentative à rinfluence exclusive des prophètes, c'està-dire au progrès dans la conception philosophique de la divinité. Mais la clause qui interdit tout acte religieux autre part qu'à l'autel de Jérusalem, trahit une préoccupation d'un genre tout différent (4 Rois, XVIII, 22).

En obligeant les citoyens à venir sacrifier au Tem-» pie, la caste sacerdotale de Jérusalem acquérait le monopole du jéhovisme; elle s'assurait ainsi une autorité sans rivale et une source abondante de gains. C'est le même esprit qui l'avait dirigée au temps de sa

prépondérance sous Joas, esprit qui ne cessa jamais de l'animer.

Ézéchias, prince d'un caractère égoïste et faible, semble n'avoir été qu'un instrument dans la main d'autrui*. Introduite par la force, sa tentative était vouée à un échec certain. Le peuple à peu près tout entier adorait les dieux sémitiques, allant très bien du Temple de Jéhova aux auto-da-fé de Molok (Ézéchiel, XXIII, 38, 39). Quant aux Hébreux qui ne sacrifiaient qu'à Jéhova, l'habitude de l'adorer sous une forme matérielle était trop enracinée pour qu'ils se résignassent à une innovation qui blessait un état de mœurs plusieurs fois séculaire. Aussi, à la mort d'Ézéchias, la réaction fit-elle violemment explosion.

Manassé, fils d'Ézéchias, monta sur le trône à l'âge de 12 ans ; il y resta cinquante-cinq années. Adorateur zélé des dieux cananéens, il rétablit Tancien culte, fit passer son fils par le feu en Thonneur de Molok, et dressa des autels à l'armée du ciel (les astres), dans le temple même de Jérusalem. D'après une légende du Talmud, Manassé aurait fait scier en deux le prophète Ésaïe : inutile de s'arrêter à un conte aussi puéril. L'historien jéhoviste des Rois l'accuse d'avoir

1. Lorsque Esaïe (lescha-iahoUf Jéhova sauve) lui prédit les lualheurs de sa maison, l'esclavage et la tuutilation qui affligeront ses fils (4 RoiSy XX, 17-i8 ; Esaïe XXXIX, 8), Ezéchias dit naïvement : Je suis content de la parole de Jéhova que tu m'as dite. Et il ajouta : Pourvu qu'il y ait paix et 8écurit<=i, ma vie durant. « Il se résigne; dit M. Heilss, mais en se consolaht par la considération qu'il serait personnellement épargné. Après moi le déluge ! » Rkuss, tiistoire des IsraéiiteSj 564, note 3 ; et Prophètes, tome 1, 317, note 61.

répandu par ruisseaux le sang innocent (4 Rois, XXI, 16). Tous les témoignages qu'on a touchant Manassé viennent d'écrivains cléricaux. Or, lorsqu'il s'agit de faits où l'orthodoxie est en jeu, la vérité est par eux travestie avec la plus cynique impudence *. Il est étrange que Manassé ait pu verser des flots de sang jéhoviste dans une ville où l'immense pluralité des habitants était vouée au culte sémitique (Jérémie, VIIJl 9-31). Ce qu'on peut admettre, c'est que Manassé ait eu à réprimer quelque conspiration militaire. L'orthodoxie jéhoviste semble avoir exercé sa propagande surtout dans les hauts rangs de l'armée. Or l'assassinat politique ne répugnait en rien aux officiers jéhovistes. On a vu Joas périr sous le fer de deux capitaines cléricaux; son fils Amasias eut le même sort, d'après la Chronique, c 2 Chronique^ XXV, 27. Ce prince ayant abandonné le culte du Seigneur, il se

\, La prétendue captivité de Manassé et sa conversion, que racontent les Chroniques^ sont des fables ridicules inventées dans un but de pieuse édification. On sait avec quelle audace, sous la plume des écrivains théocratiques, les scélérats sont transformés en héros et les héros en scélérats ; c'est ainsi que, comme on l'a vu dans un chapitre précédent, Constantin fut presque élevé à la sainteté tandis que le dernier des grands Romains, Julien l'Apostat, fut traîné dans la boue ; c'est ainsi que de nos jours on essaye de réhabiliter le pape Alexandre VI Borgia et sa digne fille Lucrèce. Se figure-t-on ce que serait l'histoire du xix® siècle si la postérité ne la connaissait que par les ouvrages du père Loriquet ou par les écrits ultramontains ? Eh bien I nous ne connaissons Thistoirc des rois hébreux que par deux écrivains cléricaux, l'auteur des Rois et le Loriquet lévitique qui a rédigé les Chroniques ou Paralipomènes, Cette simple remarque suffit î)our montrer combien, en face de documents aussi suspects, la prudence et une critique toujours en éveil s'imposent à tout ami de la vérité.

Wk LE CULTE SÉMITIQUE CHEZ LES HÉBREUX

fit une conspiration contre lui à Jérusalem, ce qui l'obligea de s'enfuir à Lachis; mais on y envoya des gens qui le tuèrent en cette ville. > Le fils de Manassé, Amon,qui lui succéda, fut tué dans un palais par des conjurés appartenant à l'armée (4 Rois, XXI, â3).

Le meurtre d'Amon est doublement instructif : il prouve d'abord qu'un parti de zélateurs jéhovistes s'était formé dans certaines classes de la société hébraïque; puis, que la multitude était profondément attachée au paganisme cananéen; car, en apprenant le trépas d'Amon, le peuple fitmettre à mort tous ceux qui avaient trempé dans le crime. Le ills d'Amon, Josiàs, à peine âgé de huit ans, fut proclamé roi.

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