‹ Paganisme des hébreuxChapitre 108 sur 137 · V» - JOSIAS · texte numérisé non relu

V» - JOSIAS

Si la foule crut trouver dans Josias un continuateur de la politique religieuse qui avait valu ù, son père et à son aïeul une si grande popularité, son espoir devait être cruellement déçu ; Josias essaya d'accomplir une véritable révolution religieuse; il mit au service de sa tentative une méthode, une suite et une vigueur remarquables.

C'est un fait digne d'attention que celte apparition brusque de réformateurs jéhovistes qui sont fils de rois signalés par leur zèle sémitique. C'est ainsi qu'Ézécbias avait succédé à son père Akhaz, adorateur de Baal-Molok ; c'est ainsi que Josias remplaça sur le trône Amon et Manassé qui comptent au nombre des plus fervents adeptes de la religion cananéenne. La

solution de ce problème dépend vraisemblablement du genre de religion que professaient les mères de l'un et de l'autre rois. On comprend que le père, absorbé par les aflaires politiques, ait laissé chacune de ses femmes libre de donner à ses enfants, au fond du harem, la première éducation. Or, pour peu que la mère fût animée d'une foi ardente, l'impression de la culture maternelle sur l'ânie tendre de Tenfant pouvait longtemps persister. Il suffisait que le prince montât jeune encore sur le trône, dans de telles conditions mentales, pour que les sectaires habiles le fissent servir à leurs desseins religieux. Telle fut sans doute l'histoire du faible Ézéchias, devenu roi à vingtcinq ans; sa mère s'appelaient Abi-iakou < Jéhova est mon père >. Quant au petit Josias, âgé de huit ans, son extrême jeunesse le laissait à la merci de sa mère Jédidah < amie de Jéhova > . Son éducation put, sans aucun obstacle, être confiée à des mains jéhovistes et recevoir de ces maîtres une empreinte ineffaçable. Lorsque Josias essaya sa réforme, il avait vingt-six ans. Le rôle important que joua dans cet événement capital le prêtre Helkias induit à penser que, s'il ne fut pas l'instituteur même du jeune roi, Helkias dut présider au genre d'éducation qu'on lui donna.

La révolution religieuse qu'entreprit Josias em brasse les points suivants :

1® Abolition du culte des dieux Tsémitiques ;

2® Abolition du culte de Jéhova sur les hauts lieux ;

3® Centralisation du culte à Jérusalem :

4* Institution théocratique de laPâque;

5** Publication du premier code dit mosaïque, le Deutéroiionie.

Les prêtres jéhovistes qui desservaient les hauts lieux furent appelés au temple de Jérusalem; mais ils n'eurent pas le droit de sacrifier. Réduits à n'exercer que des fonctions subalternes, les prêtres extra mures devinrent vraisemblablement le noyau de la classe des lévites qui s'établit sous le gouvernement théocratique, après la captivité de Babylone.

Quant aux prêtres du temple de Jérusalem, le privilège des sacrifices et des cérémonies qui leur fut concédé fit d'eux le type et la souche du haut clergé. C'est ainsi que Josias suscita l'idée et donna l'ébauche de l'organisation hiérarchique qui devait, au retour de l'exil, s'établir sur d'indestructibles fondements. Par un singulier contraste, l'appellation de prêtres lévitiques ou de lévites que l'histoire rencontre pour la première fois dans Jérémie et dans le Deutéronome de Josias fut appliquée aux sacrificateurs; on ne signale aucun nom particulier pour les prêtres extra muros relégués au second plan. Le gouvernement théocratique réserva, au contraire, le nom de lévites aux simples serviteurs du temple ; les lévites furent subordonnés aux prêtres.

La centralisation du culte à Jérusalem décèle incontestablement des vues politiques. C'est pour faire accepter cette importante innovation et aussi pour incliner les esprits à la nouvelle doctrine religieuse que fut sans doute instituée la Pftque théocratique.

Sauf ce qui concerne la Pâque, ces points sont communs à ceux de la tentative d'Ézéchias; ce qui distingue la réforme de Josias, c'est la publication du Deutéronome. Placé sous l'égide du nom vénéré de Moïse, le Deutéronome fait honneur au roi et à ses conseillers par l'esprit moral et philosophique qui règne dans ses prescriptions.

De l'année 623, où Josias inaugura sa réforme, à l'année 610, où il fut tué à la bataille de Mageddo, le roi poursuivit l'exécution de son plan avec une énergie qui ne recula devant rien, pas même devant Thomicide'. Rien ne manqua pour que la révolution religieuse triomphât :

1** Organisation savante delà hiérarchie jéhoviste ;

2° Gode religieux d'une élévation morale supérieure à tout ce qui avait précédé ;

3^ Centralisation du culte habilement accompagnée d'une solennité religieuse qui, par son éclat et par son caractère national, était propre à donner au temple de Jérusalem un incomparable prestige et, par suite, à le faire aisément accepter comme sanctuaire unique;

40 Suppression de la concurrence de tout culte rival ;

5^ Enfin, treize années de règne et de pouvoir absolu pour façonner au nouvel état de choses les générations naissantes.

Comment imaginer un concert aussi puissant d'éléments de succès? Et cependant la révolution échoua.

1. 4 RoiSy XXIII, 20. Il fit égorger les prêtres des dieujt sémitiques sur leurs nutels mêiTves.

Le jour où la main de fer qui avait élevé l'édifice et le soutenait fut brisée par la mort, tout s'écroula. Non seulement le peuple retourna à Baal-Molok et à la déesse Aschéra, mais les trois fils mêmes de Josias et son petit-fils, qui se succédèrent sur le trône, reprirent les traditions interrompues par leur père : ils sacrifièrent aux divinités cananéennes. Après la terrible catastrophe de Jérusalem en 588, les Juifs qui avaient pu se réfugier en Egypte se prosternaient devant Baal et Astarté en accusant Josias de la ruine de la patrie et de leurs propres malheurs, r Jérémie, XLIV, 17. Nous exécuterons, disaient-ils, les vœux que notre bouche a prononcés, en offrant de l'encens à la reine du ciel (Aschéra) et en lui faisant des libations, comme nous avons fait, nous et nos pères, dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem; car alors nous avons eu tout en abondance, nous avons été heureux, et nous n'avons souffert aucun mal. — 18. Mais depuis le temps où nous avons cessé de brûler de l'encens à la reine du ciel et de lui faire des libations, nous avons été réduits à la dernière indigence, et nous avons été consumés par l'épée et par la famine. » En vain chercherait-on un texte qui démontre avec plus de force et de netteté le caractère artificiel, arbitraire, de la réforme imposée par Josias et la vivacité du paganisme populaire enraciné dans les mœurs par dix siècles d'exercice et d'habitude.

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