VI» — CONCLUSION
Elle est donc radicalement fausse l'opinion qui jusqu'à ce jour a voulu faire des Hébreux un peuple monothéiste, parfois infidèle à Jéhova, mais revenant promptement à la foi du seul Dieu. La vérité historique est que, si les grands prophètes se sont élevés par la raison à la notion d'un Dieu unique, cette conception philosophique n'a jamais dépassé le cercle restreint d'un petit nombre d'esprits d'élite. Il en est de môme encore aujourd'hui; en proie aux étreintes de l'ignorance, le cerveau des foules est incapable de s'affranchir de la folie superstitieuse; au fond, sous le décor spécieux des mots et des formules, la multitude est restée païenne. Rien donc de plus conforme à la nature des choses que le paganisme du peuple hébreu ait subsisté jusqu'à la captivité de Babylone. Après rénumération des preuves directes de ce fait capital, on peut dire que l'échec de la réforme de Josias fournit la plus précieuse et la plus significative des contre-épreuves; il achève et complète la démonstration.
Quant au clergé jéhoviste, la perte de l'indépendance nationale fut la source de sa haute fortune. Lorsqu'au bout d'un siècle, la direction des destinées hébraïques fut remise entre ses mains, les vaincus de Nabuchodonosor, sectateurs des dieux sémitiques, depuis longtemps reposaient dans la tombe. Les prêtres jéhovistôB purent donc pétrir à leur gré l'âme des
générations nouvelles. L'étroitesse du second État juif, qui se bornait au rayon de Jérusalem, favorisa l'action de leur enseignement et l'établissement de la Constitution qu'ils voulaient imposer. Ils avaient la puissance politique; ils s'en servirent pour créer, au point de vue religieux, un Israël vraiment nouveau. L'année 442, où fut promulgué le Lévitiqite, un siècle et demi après la destruction de Jérusalem, peut être considérée comme la date où fut consommée cette prodifi^ieuse métamorphose d'un peuple tout entier.