Preller, les Dieux de V ancienne Rome, p
2. Cléuent d'Alexandrie, Stromatet, I; G. 21 (commencenaent du m* siècle).
3. Abbé Martigny, Dictionnaire des Antiquités. Consulter aussi Tillemont, Histoire ecclésiastique, 2« édition, 1701, p. 41 G- 423. « Page 420. Jusqu'en 377, Antioche, d'après l'opinion du père Thouiassin, n'aurait pas célébré le jour de la Nativité. »
d'accord la naissance de Jésus avec les théories messianiques populaires ; d'autre part, le désaccord qui règne entre elles est inconciliable, absolu :
1^ Selon saint Matthieu, Jésus naquit au temps du roi Hérode le Grand : € Chap. IL — 1. Jésus étant né à Bethléhem de Juda au temps d'Hérode... » Désireux de faire périr l'enfant-Messie, Hérode ordonna le massacre de tous les houveau^nés; Joseph se réfugia en Egypte avec sa femme et son fils et y resta jusqu'à la mort du tyran. Alors un ange apparut à Joseph et lui enjoignit de rentrer au pays dlsraël : « IL — 22. Mais ayant appris qu*Archélaûs régnait dans la Judée en la place d'Hérode son père, Joseph appréhenda d'y aller : il se retira en Galilée. »
Ainsi voilà qui est net : Jésus est né sous Hérode le Grand, au plus tard dans la dernière année du règne, car le séjour en Egypte dura un certain temps, ainsi que le dit l'Évangile : « IL — 15. Joseph y demeura jusqu'à la mort d'Hérode. » Il s'ensuit qu'à l'avènement d'Archélaûs, Jésus avait au moins wn an.
2° D'après saint Luc, Marie accoucha de Jésus à Bethléhem pendant le voyage que fit Joseph pour satisfaire à l'édit de dénombrement promulgué par l'empereur Auguste.
« LuCy IL — 1. Vers ce môme temps on publia un édit de César-Auguste pour faire un dénombrement des habitants de toute la terre *. — 2. Ce
1. Erreur, c'était simplement un dénombrement des États d'Arcliélaûs.
premier dénombrement se fit par Quirinius *, gouverneur de Syrie. — 3. Et tous allaient se faire enregistrer chacun dans sa ville. — 4. Joseph partit aussi de la ville de Nazareth qui est en Galilée; et comme il était de la maison et de la famille de David, il alla en Judée, en la ville de David appelée Bethléhem, — 5. pour se faire enregistrer avec Marie son épouse qui était enceinte. — 6. Pendant qu'ils étaient en ce lieu, le terme auquel elle devait accoucher arriva. — 6. Elle mit au monde son fils premierné, Tenveloppa de langes et le coucha dans une crèche parce qu'il n'y avait point de place pour eux dans rhôtellerie. »
Rien de plus clair : Jésus est né à Bethléhem l'année où Quirinius, gouverneur de Syrie, fit un dénombrement d'après l'ordre d'Auguste. Or, ce dénombrement de Quirinius est un fait réel, consigné dans l'histoire, et dont la date est précise, indiscutable, certaine : il eut lieu après la déposition d'Archélaûs et l'exil de ce prince à Vienne, en Gaule. « Flavius Josèphe, Histoire ancienne des Juifs, livre XVII, chap. XV, page 472. En la dixième année du gouvernement d'Archélaûs, les principaux des Juifs et des Samaritains ne pouvant souffrir plus longtemps sa tyrannique domination, l'accusèrent devant Auguste... Auguste confisqua tout l'argent qu'avait Archélaûs et l'envoya en exil à Vienne, qui est une ville des Gaules... Quant aux États qu'Archélaûs possédait, Auguste les unit à la
1» Ou Cyrénius^ d'après la fonne grecque du nom romain.
Syrie et donna charge à Quirinius, qui avait été consul, d'en faire le dénombrement et de vendre le palais d'Archélaûs. — Livre XVIII, chap. I, page 473. Quirinius, sénateur romain, qui était un' homme de très grand mérite, fut, comme nous venons de le voir, établi par Auguste gouverneur de Syrie avec ordre d'y faire le dénombrement de tous les biens des particuliers. Coponius, qui commandait un corps de cavalerie, fut envoyé avec lui pour gouverner la Judée. Mais comme cette province venait d'être unie à la Syrie, ce fut Quirinius, et non pas lui, qui fit le dénombrement. » On sait que ce dénombrement fut le signal de la terrible révolte de Juda le Gaulonite.
Dans la Guerre des Juifs contre les Romains, livre II, chap. IX, page 613, Flavius Josèphe dit que ce fut la neuvième année du règne d'Archélaûs qu'eurent lieu les plaintes des Juifs, la déposition d'Archélaûs et son exil à Vienne. Tout en faisant remarquer que l'Histoire ancienne des Juifs ayant été écrite postérieurement à l'autre ouvrage de Flavius Josèphe doit être plus exacte en chronologie, on choisira neuf ans ou dix ans pour la durée du règne d'Archélaûs ; cela importe peu.
Ainsi, d'après saint Luc^ Jésus est né après la déposition et l'exil d'Archélaûs; or Archélaûs avait régné dix ans. Il s'ensuit que le Jésus de l'Évangile selon saint Matthieu, né sous le roi Hérode le Grand, avait onze ans quand vint au monde le Jésus de l'Évangile selon saint Luc : ces deux Jésus sont un même et unique personnage.
Le Concile de Trente étant réuni le 8« jOilf*
d'avril 1546 , IV*' session , a rendu le décret suivant :
« Le saint Concile de Trente, œcuménique et général, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit... reçoit tous les livres, tant de l'Ancien que du Nouveau-Testament, parce que le même Dieu est Vauteiir de l'un et de Vautre^ aussi bien que les traditions qui regardent la foi et les mœurs, comme dictées de la bouche même de Jésu^s-Christ ou par V Esprit-Saint y et conservées dans l'Église catholique par une succession continue, et les embrasse avec un égal sentiment de respect et de piété.
« 11 a jugé à propos que le catalogue des livres sacrés fût annexé à ce présent décret afin que personne ne puisse douter quels sont les livres que le Concile reçoit. Les voici indiqués (suit l'énumération des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament).
« Si quelqu'un ne reçoit pas pour sacrés et canoniques ces livres entiers avec toutes leurs parties, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et tels qu'ils sont dans l'ancienne Vulgate latine, et s'il méprise de propos délibéré les susdites traditions : Qu'il soit anathème * .' »
L'Évangile selon saint Matthieu, dont Dieu est Fauteur et le Saint-Esprit rédacteur ^ déclare que Jésus est né sous le règne d'Hérode le Grand, avant l'avénement d'Archélaûs. Tout catholique qui, de propos délibéré, méprise cette date de la naissance de Jésus
1. Cardinal PallavicinI) Histoire du Concile de Trent'. toiiip I» p. 20. G<.iHe:^t.ron de l'nbbn MifriiPi
et ne la reçoit pas comme article de foi, ce catholiquelà est anathème : il est damné !
L'Évangile selon saint Luc, dont Dieu est Vauteur et le Saint-Esprit également rédacteur^ affirme que Jésus est né Tannée du dénombrement opéré par Quirinius, gouverneur de Syrie. Or ce dénombrement eut lieu après la déposition d'Archélaûs, c'est-à-dire, dix ans après la mort d'Hérode le Grand. Tout catholique qui, de propos délibéré, méprise cette date de la naissance de Jésus et ne la reçoit pas comme article de foi, ce catholique-là est anathème : il est damné I
Anathème si Ton croit au récit de saint Matthieu, parce que ce récit faisant naître Jésus onze ans avant le dénombrement de Quirinius est le mépris et la négation du récit de saint Luc.
Anathème si l'on croit au récit de saint Luc, parce que ce récit faisant naître Jésus onze ans pins tard que ne l'affirme l'Évangile selon saint Matthieu est le mépris et la négation du récit de ce saint Évangile.
Quelle alternative pour les croyants !
Dieu et le Saint-Esprit sont, en vertu de leur essence, infaillibles. Or ils sont les auteurs de l'Évangile selon saint Matthieu ainsi que de l'Évangile selon saint Luc. Comme la date qu'ils ont assignée à la naissance de Jésus, leur fils, dans l'un des Évangiles, est la négation de celle qu'ils lui ont assignée dans l'autre, il s'ensuit que, d'après la théorie de l'Église, Dieu et le Saint-Esprit sont infaillibles parce qu'ils se trompent grossièrement.
Quelle métaphysique!
De ce tissu de contradictions il résulte qu'on ignore en quelle année et en quel jour Jésus est né. On comprend alors pourquoi, durant près de quatre siècles, les Pères de l'Église ont fixé le jour natal au gré de leur politique particulière, les uns au 6 janvier, les autres au 19 ou au 20 avril, et d'autres au 20 mai. Au IV® siècle enfin, l'Église ayant vu l'immense popularité du culte de Mithra jugea très habile de s'approprier cette popularité et cette ferveur religieuse, en confondant le jour natal du dieu Jésus avec le jour natal du dieu Mithra, <c sol novtis oritur, un Soleil nouveau est né ». C'est ainsi que fut irrévocablement fixée la date jusqu'alors flottante et indécise de la naissance de Jésus de Nazareth; et, c'est ainsi que, sans le savoir, les catholiques continuent, sous un nom nouveau, le vieux culte du Soleil.