I» — DIEU SPIRITUEL
Ce sont les Prêtres qui les premiers dans Tantiquité se sont élevés à l'idée de la cause suprême conçue comme Dieu spirituel. Seule, en effet, par ses loisirs, la caste sacerdotale pouvait se livrer à l'étude de la nature et aux recherches philosophiques. En elle résidaient toutes les connaissances acquises, lesquelles se transmettaient, par un enseignement secret (ésotérique), à un petit nombre d'initiés. Chargée du soin exclusif d'instruire les peuples, elle était obligée d'accommoder les vérités à la barbarie des multitudes.
Les prêtres qui avant tous atteignirent à la notion du Dieu philosophique furent probablement lesprêtres égyptiens. Ils ont donné à la cause suprême son vrai nom : l'Être existant par lui-même. Dans le temple de Sais, sur le socle d'une statue, on lisait les mots suivants : c Je suis ce qui a été, ce qui est et qui sera; nul mortel n'a pu lever le voile qui me couvre. » Inscription qui dénote chez l'élite deô prêtres égyptiens
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une culture intellectuelle digne d'admiration. Le Dieu de l'univers était appelé Amoun par les Égyptiens; c'est l'Ammon des Grecs. En égyptien, Amoun signifie caché, mystérieux : t Être caché, dont on ne connaît pas l'image », dit un hymne égyptien *.
Chez les Perses, peuple d'une race différente de celle de TÉgyptien, puisque le Perse est Arya, mais dont la religion pénétra de bonne heure dans le groupe sémitique, les prêtres ont également connu le Dieu philosophique : c Les Perses, dit Hérodote, I, § 131, n'érigent ni statues, ni temples, ni autels; il traitent d'insensés ceux qui en élèvent parce qu'ils ne croient point, comme les Grecs, que les dieux participent de la nature humaine. »
En dehors des Hébreux, le groupe des Sémites asiatiques comprend les Assyriens, les Chaldéens, les S\Tiens, les Chananéens, les Arabes. Les invasions des hordes sémitiques en Egypte (Hyksos ou rois pasteurs) ont introduit dans cette contrée une partie de la théologie des Sémites.
Chez tous les Sémites, El était le nom de Dieu par excellence; il entraînait l'idée de force : « El schaddaï, le Fort tout-puissant *. »
Au lieu de El, on disait aussi Eloha, H ou Ilou^ dont le sens est le même.
1. Voir Maspero^ Histoire ancienne^ 36. — Plutarque, Traité d'isis et d'Osiris. — Bibliothèque orientale ^ tome If, Hymnes égyptiens^ traduits par Chabas ; éditeur Maisonneuve.
2. C'est évidemment un Dieu anthropomorphique ; la seule définition du Dieu philosophique est V^tre existant par Iqiméme ou en un seul mot, l'Être,
A. Chez les anciens Arabes, on appelait Dieu II; chez les Arabes Nabatéens, tribus errantes de l'Euphrate à la mer Rouge, on disait Al; chez les Arabes modernes, Allah est une contraction de l'article Al et de Ilahy Dieu, c le Dieu. »
B. Chez les Chaldéens, El, Ilqu; le vrai nom de la ville de Babylone est Bab-El, ou Bab-Ilou, qui signifie : c Porte deDieu » . Dans la légende de la Tour de Babel (Genèse, XI, i-9), l'étymologie de « confusion » donnée à Babel est fausse ; la tour de Babel est la tour de Babylone.
C. Chez les Phéniciens, El ou II, et aussi lahoh, lahouh. Un roi de Hamath, ville de Syrie, porta les deux noms de lahouh-Bid ou Ilou-Bid, c Dieu sépare ou fait périr » . Ce roi, contemporain d'Ézéchias, fut pris par le monarque assyrien Sargon ou Saryou- Khin et écorché vif *.
Il» - DIEU CONCRET
f L*homme primitif et ignorant ne peut, dès le premier effort de son intelligence, s'élever à la conception d'un Dieu abstrait. Tour à tour charmé et effrayé par les phénomènes de la nature, il dut, dans les élans de sa reconnaissance ou de sa terreur, adresser ses premières adorations à ceux des phénomènes qui agissaient directement sur lui ; il attribua des vertus, une puissance morale à ce qui n'en possède pas par