PiSRREi, Petit manuel de mythologie ^ p. li
vue par Toeil pénétrant du savant ou par Vml obtus de l'ignorant. Par exemple, la Trinité catholique, le Père, le Fils et l'Esprit, représente les trois attributs du Dieu un : la puissance qui crée, l'amour qui conserve, l'intelligence qui ordonne. Il n'y a donc pas trois personnes; ce sont trois qualités d'un seul et même Dieu, le Dieu un. Dans la Trinité catholique, le philosophe reconnaît un symbolisme identique à celui qu'il avait analysé dans les trinités hindoue, égyptienne, dans la trinité alexandrine, dans toutes les trinités, car toutes sont la représentation symbo liques de trois attributs du Dieu unique, et non trois personnes distinctes. Mais de même que les Hindous ignorants voient trois personnes distinctes dans leur Trinité ; de même que le peuple égyptien voyait trois personnes distinctes dans Osiris, Isis et Horus, de même aussi la plèbe catholique voit trois personnes distinctes dans la trinité de l'Église romaine. Cet exemple contemporain est de tous le plus apte à faire saisir comment une conception unitaire aux yeux des hommes instruits apparaît en grossier polythéisme à l'œil hébété des gens sans culture. Il est donc utile de ne pas oublier cette distinction ; en l'ayant toujours présente à l'esprit, on dénoue assez facilement les contradictions apparentes qui semblent séparer certaines mythologies issues de la même souche.
Comme l'espèce humaine et les animaux ont deux sexes, on conçut la Divinité comme se dédoublant en dieu mâle et en dieu femelle; le premier représente le principe actif de la nature ; le second, le principe
passif. On étendit l'analogie au monde moral ; le principe actif fat la source de la vie intellectuelle ; le principe passif, celui de la vie physique.
Ces dédoublements de l'unité en principes binaires sont des notions trop métaphysiques pour être comprises du vulgaire. Ce qu'il faut aux multitudes, ce sont des formes tangibles qui frappent les sens et agissent matériellement. Or rien ne saisit les hommes, rien ne les éblouit, rien ne leur impose autant que le soleil et les corps célestes. Le soleil devint le symbole de la Divinité : il fut le dieu concret; et le culte des corps célestes, le système d'idolâtrie prédominant. Aujourd'hui que la science a déterminé les conditions de la vie sur le globe terrestre, on peut affirmer qu'en adoptant le soleil comme Dieu concret, les peuples sémitiques ne pouvaient faire un meilleur choix. C'est le soleil, en effet, qui est l'intarissable source de la vie végétale et animale sur la terre ; tout ce qui se meut, tout ce qui respire, tout ce qui pense, doit ces merveilleuses propriétés au soleil. Le Dieu philosophique est le dieu abstrait de l'univers; le soleil, lui, est le dieu concret d'un petit coin du monde, celui du groupe de planètes qui gravitent autour de lui. Sphère de gaz métalliques en incandescence *, le soleil n'a évidemment aucune conscience des bienfaits qu'il rend ;
1. Voici quelle est la composition du soleil, d'après les derniers résultats de l'analyse spectrale :
!• Un noyau composé surtout d'hydrogène incandescent ;
2<» Une photosphère, nuages métalliques très chauds et brillants ;
3" Une chromosphère, enveloppe encore très chaude où do-
par conséquent, lui adresser des prières ou lui faire des sacrifices est chose inutile. Mais comment s'étonnerait-on que les peuples antiques, naturellement poussés à l'anthropomorphisme par l'ignorance, l'aient revêtu de la forme humaine, d'un pouvoir royal et d'une intervention providentielle dans les choses de la terre ?
P Ghaldéb. — Le Dieu suprême se dédoublait en Bel ou Bélm, principe masculin, créateur du monde, et en Belith, principe féminin, génératrice passive.
Dans cette théorie du dédoublement, l'appellation du principe féminin était ordinairement celle du principe masculin à laquelle on ajoutait une terminaison féminine ath ou ith. Exemples : A El correspondait Elath; à Bel correspondait Belith ou Bilith^ Bilitta, d'où les Grecs ont tiré le nom de Mylitta.
Belith était le nom général du principe féminin. Considérée au point de vue restreint de la volupté, elle prit le nom de Ishtar, dont le pluriel Ishtaroth a donné aux Phéniciens leur déesse Astaroth ou Astoreth.
Pour montrer comment l'analyse philosophique combinée avec l'observation des phénomènes célestes
mine l'hydrogène avec injections fréquentes de magnésium ;
4» Une atmosphère coronale, où la vapeur métallique est très rare, peu chaude et très tourmentée ;
50 La lumière zodiacale, formée par des nébulosités cométaires.
Telles sont les cinq enveloppes concentriques qui constituent le soleil.
Voir Annuaire du Bureau des longitudes 1879. Notice de M. Jaussen; et Annuaire 1888. Notice de M Faye.
engendrait une religion dont l'ensemble avait un caractère astronomique, il ne sera pas inutile de donner un aperçu sommaire du système chaldéen.
1" Dieu absolu. — Au sommet trône le Dieu absolu, El, Ilou^ qu'on appela plus tard Assour, à Ninive. llou est l'expression abstraite de l'univers indéterminé, ce qu'on a nommé le chaos.
2*^ Triade abstraite universelle. — Cet univers indéterminé ou chaos s'est organisé; la matière a pris des formes; ces formes se conservent, se modifient et se perpétuent ; c'est ce qu'expriment les Chaldéens en disant que du Dieu abstrait llou jaillissent trois émanations :
A. La matière, qu'ils appellent Anou;
B. Le créateur des formes ou Bel;
G. Le conservateur ou Providence, Houh ou bien Hêa,
Cette trinité représente symboliquement le résultat de Tobservation de l'univers considéré dans son ensemble, à savoir, la matière et la double loi de ses évolutions; c'est donc une trinité philosophique.
Chacune des personnes de cette trinité ou chaque dieu de la triade philosophique a son dédoublement féminin :
A. Anou a pour correspondant Amth onNana;
B. Bel a Belith ou Bilith;