Ttlor, La Civilisation, tome II
tlELlOION OÉNÉRALE DBS SËMITBS 87
IV* Phostitutions sacrées. — Le culte de la Divinité génératrice sous ses noms divers Anath^ Belith, Zarpanith, Astoreth^ Asehéra, etc., consistait en prostitutions sacrées. < Hérodote, I, § 199. La plus honteuse des lois de Babylone est celle-ci : Toute femme indigène est obligée de s^asseoir une fois en sa vie dans le temple de Vénus (Bilith ou Zarpanit, la Mylitta des Grecs), et de se livrer à un étranger. Plusieurs qui, fières de leurs richesses, dédaignent de se mêler aux autres femmes, se rendent au Temple en char couvert, escortées d'une multitude de servantes; la plupart agissent comme il suit : elles s'asseyent dans Tenclos sacré, la tête ceinte d'une corde, elles sont là en grand nombre; les unes entrent, les autres sortent. Elles laissent entre elles, de tous côtés, des chemins alignés que les étrangers parcourent; après quoi, ils choisissent. Dès qu'une femme s'y est assise, elle ne retourne plus à sa maison avant qu'un étranger ait jeté sur ses genoux une pièce de monnaie et se soit uni à elle hors du Temple. En jetant cette pièce d'argent, il doit dire : « J'invoque pour toi la déesse Mylitta. » C'est le nom que les Assyriens donnent à Vénus. Quelque médiocre que soit leur présent, la femme ne doit point le refuser; ce n'est point permis, car cet argent est sacré. Elle suit le premier qui le lui jette; elle ne dédaigne personne. Lorsqu'elle s'est livrée, elle a satisfait à la loi, à la déesse; elle retourne en sa maison, et par la suite, quelque somme considérable que tu lui offres, tu ne la déciderais pas à se livrer à toi. Celles qui sont belles, grandes et
bien faites, ne tardent pas à s'en aller. Les contrefaites attendent longtemps, faute de pouvoir accomplir la loi. On en a vu rester jusqu'à trois ou quatre ans. Il y a quelque part à Chypre une coutume qui se rapproche de celle-ci. »
On a vu ci-dessus qu'en Lydie les jeunes filles se livraient à la prostitution avant de se marier. « En Acilisène (Arménie), les familles les plus distinguées consacraient à la déesse leurs filles encore vierges et ne les mariaient qu'après qu'elles s'étaient prostituées un certain temps pour l'honorer... Cet usage infâme avait passé dans la Byzance païenne, dans les lupanars qui étaient consacrés à Aphrodite. Dans la Cappadoce, il se maintint jusqu'à l'établissement du christianisme. Les matelots phéniciens l'avaient importé à Corinthe; il fut pratiqué en Sicile, sur le mont Éryx, dans le temple de Vénus *. » Cette coutume existe encore dans le Dekkan, partie sud de THindoustan, chez les Brahmanistes du culte de Siva.
Il en était en Phénicie et en Chypre comme à Babylone; toutes les femmes devaient, une fois au moins pendant leur vie, s'enfermer dans l'enceinte du temple et s'y offrir au premier venu; le salaire de leur prostitution appartenait au trésor de la déesse.
La prostitution avait lieu dans les temples; les prêtres attachés au culte se nommaient Kédeschimy et les prêtresses Kedeschôth : c'étaient les prostitués sacrés. Le mot hébreu signifie consacré.
1. Alfred Maurt, Religions de la Grèce, tome IH, 172, 216, 225, 226. Tout le chapitre XVI.
La prostitution se pratiquait aussi dans les carrefours, bifurcations des routes ou des rues. Les carrefours avaient autrefois un certain caractère religieux; ils étaient consacrés par des images de dieux (Hermès, Hécate). Naguère et même encore aujourd'hui, dans les campagnes isolées, une croix préside aux carrefours.
V® Sacrifices humains. — Les sacrifices humains furent pratiqués, dans l'Antiquité, par tous les peuples; ils le sont encore aujourd'hui chez les peuplades sauvages de l'Afrique et de l'Océanie.
Dans la Grèce, le célèbre sacrifice d'Iphigénie et les immolations humaines faites par Achille au tombeau de Patrocle témoignent de l'ancienneté de cette cérémonie. A une époque bien plus récente, dans la première guerre de Messénie, le roi Aristodème égorgea sa fille pour satisfaire à l'oracle. « Jadis, avant d'aller à la guerre, les Grecs sacrifiaient un homme pour s'assurer la victoire. Et ce fut pour se conformer à cet antique et cruel usage que Thémistocle sacrifia trois prisonniers perses à Dionysos Omestès. Cette atroce coutume avait en grande partie disparu à l'époque de la bataille de Leuctres. Toutefois si l'usage des sacrifices humains persista aux plus beaux temps de la Grèce, ils n'avaient plus lieu dans les temples, et n'étaient offerts que dans des cas exceptionnels : s'il s'agissait, par exemple, d'apaiser les dieux, dont une épidémie ou une calamité accusait le courroux; d'expier un sacrilège ou quelque autre crime qui pouvait avoir eu de funestes effets *. »