A. Maurt, Religions de la Grèce, tome II
En Syrie, en Phénicie, on sacrifiait les premiers nés à Moloch; Toffrande se faisait en consumant Tenfant par le feu. « Faire passer un enfant par le feu » en rhonneur de Moloch, signifie qu'on brûlait cet enfant; qu'on en faisait un holocauste. A Carthage, c'était à Melkarth, identifié au Baal-Moloch de la métropole Tyr, qu'on offrait les enfants. « Il y a chez les Carthaginois, dit Diodore de Sicile, une statue d'airain représentant Saturne; cette statue étend les mains, et les bras sont inclinés en pente rapide, de telle sorte que l'enfant placé sur la main roule et tombe dans la fournaise *. »
La théorie que la vertu du sacrifice repose dans le fait que le fidèle offre un objet qu'il considère comme très précieux, plutôt que dans une idée de service quelconque rendu à la Divinité, éclate surtout dans l'histoire des sacrifices humains chez les peuples sémitiques. Le roi des Moabites, Mésa, assiégé dans une ville dont il voit la reddition inévitable, dévoue son fils aîné à la mort, et le brûle sur les murs, à la vue des assiégeants (4 Rois, III, 27).
« Les Phéniciens, pour apaiser la colère des dieux, sacrifient leurs enfants les plus chers; ils rehaussent la valeur du sacrifice en choisissant les enfants des plus nobles familles. On trouve certainement la preuve que, selon eux, la plus grande certitude de l'efficacité du sacrifice reposait dans le chagrin causé au sacrifi-
1. iJionORE DE Sicile, livre XX, § 14. — Voir dans F. Lenor- MANT, Ongines de VHistoire, 2o édition, 548, le mythe de Cronos immolant son fils»
Colleur, car pour leurs sacrifices annuels, ils choisissaient les fils uniques. Héliogabale introduisit en Italie ce hideux rite oriental et choisit pour victimes qu'il sacrifiait à la divinité solaire les jeunes gens les plus nobles de l'empire. Mais de tous ces exemples, la violation de la loi sacrée de l'hospitalité en sacrifiant son hôte à Jupiter hospitalier, Zebç Uvioç, est celui qui prouve de la façon la plus évidente que, chez les peuples sémitiques, la satisfaction causée au dieu était en raison directe de la valeur qu'avait l'offrande aux yeux du sacrificateur *. »
Substitution ou rachat. — C'est une loi naturelle que l'homme tende incessamment à restreindre la perte que lui cause un sacrifice pénible; puis, à transformer graduellement le sacrifice entier en substitution ou en rachat. En Grèce, dans les sacrifices d'animaux, au lieu de brûler comme autrefois les bœufs en entier, on en vint à ne brûler que les os et la graisse. Au lieu de parents ou d'honnêtes citoyens, on immola aux dieux des criminels ou des captifs. On finit même par se contenter de quelques gouttes de sang, simulacre des horribles sacrifices autrefois pratiqués ^. Mais cette substitution ou ce rachat, précieux adoucissement dans les mœurs, exigent pour se maintenir des temps calmes et prospères. Vienne