‹ Paganisme des hébreuxChapitre 28 sur 137 · LA PREMIÈRE DATE DE LA RÉDACTION ÉLOHISTE EST DE L'AN · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE DATE DE LA RÉDACTION ÉLOHISTE EST DE L'AN

Chacune de ces conceptions de la divinité atteste, au point de vue de la culture intellectuelle, et par conséquent au point de vue de la religion populaire, un état dissemblable. II est clair que, si la définition de l'Être absolu a été connue de Moïse et enseignée ensuite à toute la nation hébraïque, la thèse soutenue par les écrivains théocratiques que le monothéisme a été dès l'origine la religion d'Israël aura quelque fondement. Les faits d'idolâtrie qui sont consignés dans la Bible pourront être considérés, ainsi que le veulent nos écrivains, comme des accidents ou des infidélités au monothéisme, et non pas comme des faits permanents, expression vraie de la religion nationale.

Si, au contraire, la rédaction élohiste, qui seule contient la définition monothéiste, est l'œuvre d'une époque récente, le monothéisme hébreu sera nécessairement une doctrine récente et récemment enseignée au peuple hébreu. De ce fait on déduira naturellement qu'avant cette éducation monothéiste, donnée au peuple, la religion d'Israël fut tout autre que le monothéisme. La question chronologique, d'où dépend la ' solution du problème, a été, de nos jours, définitivement résolue.

A. Moïse a vécu au xv° siècle; il n'a rien écrite pas plus le Décalogue que toute autre precription du petit Code de V Alliance {Exode, XX-XXIII, 1-19). Ce code

i02 LE DIEU NATIONAL DES HÉBREUX

aDCÎen, passé tout entier dans le Deutéronome du roi Josias, est un ensemble de coutumes ou Droit coutumier, tel qu'il en existe chez toutes les peuplades sauvages. Ce droit coutumier se transmettait par tradition orale ; il s'accroissait et s'améliorait au fur et à mesure que les relations sociales devenaient complexes et que s'adoucissaient les mœurs. L'œuvre de Moïse consiste à avoir maintenu ce genre de droit coutumier chez les Israélites au sortir de l'Egypte ; mais il n'a rien écrit, ni sur le papyrus ni sur la pierre. La rédaction du Code de l'Alliance appartient au document jéhoviste.

A. Comme on l'a vu dans la première partie, chapitre II, le document jéhoviste est un recueil de traditions nationales, légendes et mythes; c'est de la poésie plutôt que de l'histoire. L'auteur est un Éphraïmite ou citoyen du royaume d'Éphraïm ; il a écrit le Rectieil jéhomste très probablement vers le milieu du ix® siècle, 80US le règne de Jéroboam II, membre de la dynastie de Jéhu. Il s'est donc écoulé plus de six siècles entre la mort de Moïse et la rédaction de la narration jéhoviste du Pentateuque,

B. La rédaction élohiste date au plus tôt de l'an 442, époque où Esdras promulgua le Lévitique. Il s'est donc écoulé plus de onze cents années entre la mort de Moïse et la composition de la partie élohiste du' Pentatettque.

L'arrangement actuel du Pentateuque ne s'est pas fait d'un seul coup ni en une seule année; il a été exécuté lentement, sans méthode, dans la période qui

8*étend du v^ au m** siècle. C'est au iiio siècle, en effet, que le texte fut fixé, au moyen de l'invention des points-voyelles, par les docteurs juifs appelés Massorètes (du mot hébreu Massora, tradition).

En 442, un siècle et demi s'était écoulé depuis la destruction de Jérusalem. Transportés en Ghaldée, les Juifs y avaient vécu au contact de la théologie assyrobabylonienne. La conquête perse, en l'année 537, fit du Mazdéisme la religion d'État. Depuis longtemps déjà le Mazdéisme s'était infiltré dans la religion sémitique ; la fondation du grand empire perse lui assura la prépondérance. Son influence sur les esprits d'élite de la nation juive fut extraordinaire. On pourra en juger par la manière dont ils conçurent la création du monde et les attributs du créateur après qu'ils eurent pris connaissance des théories mazdéennes^

1. Emile BuRNOUF, La Science des Religio7iiif 3« édition, p. 115. « Nous voyons par le grand prophète inconnu de la captivité (celui qu'on appelle le second Isaïe) que l*édit de Cyrus rappelait les Israélites de tous les points du monde médo-perse où ils étaient dispersés. Quand ce roi eut conquis toute l'Asie occidentale et pris Babylone, il leur apparut comme un libérateur; ils le jugèrent digne d'être appelé le Christ fie Dieu {fsaîef XLV, 1), tandis qu'au même moment ils chargeaient de malédictions ieurs anciens oppresseurs. Ainsi un lien d'amitié et de reconnaissance, par conséquent un échange d'idées s'établit entre eux et les Perses, non seulement dans Babylone, centre de la captivité, mais dans les autres parties de l'empire. Nous voyons que depuis cette époque les relations n'ont plus cessé d'exister entre les Israélites et les Médo-Perses, et ces relations furent d'autant plus suivies que la Judée était sur le passage des Perses allant en Egypte, pays qu'ils possédaient. Cet état de choses dura jusqu'à la conquête d'Alexandre, qui mit en mouvement toute l'Asie, ouvrit des voies nouvelles où elle se précipita, et concentra bientôt dans Alexandrie les idées et les doctrines du monde entier. »

iii» — transformation de la théologie Hébraïque au contact du mazdéisme

Le dieu suprême des Perses se nommait Ahoura Mazda, c Le Seigneur omniscient », le créateur des mondes matériels : t C'est lui qui a créé la terre et tous les biens. Il est l'esprit bienfaisant, créateur de toutes choses * . »

Dans la Bible, on a deux Genèses, l'une élohiste : chapitre I" jusqu'au verset  du chapitre II; l'autre jéhoviste : chapitre II à partir du verset 4. Elles ne sont pas identiques : t Genèse, 1, 1. Au commencement Élohim (Dieu) créa les cieux et la terre. — 2. Et la terre était un désert et un chaos vide; les ténèbres couvraient l'océan, et le souffle d'Élohim se mouvait sur les eaux. — 3. Élohim dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut*. »

Cette création du monde est-elle la mise en œuvre d'éléments préexistants, ou bien Dieu a-t-il tout tiré du néant? C'est la dernière interprétation qui a prévalu; elle est erronée. Dans le verset premier de la Genèse, l'expression hébraïque qu'on traduit par créa est le verbe barâ. tLemotbarâne signifiepas tira du néant it, dit M. Max MûUer; Gésénius donne comme signifi-

Page 1