IV*» - CONCLUSION
La notion philosophique de la Divinité, soit comme Etre existant p&r lui^méme^ soit comme intelligence Créatrice, est absente de la l'édaction élohiste. Celle-ci est postérieure de plus d'un siècle et demi à la des-
1. Bibliothèque oriefitalci tome tï, p* 77. Éditeur Maisoiiheuve.
ÀVAMT LÀ CAPTIVITÉ DE BABYLONE îli
truction de Jérusalem. Pendant ce long intervalle, les Hébreux transportés en Assyrie ont vécu en contact, d'abord avec la science chaldéenne, puis avec le Mazdéisme. La légende de Daniel, écho de traditions anciennes, nous montre même quelques-uns d'entre eux, sous le règne des rois chaldéens et perses, élevés parmi les mages et parvenant aux plus hautes dignités sacerdotales. Quoi qu41 en soit, c'est un fait acquis qu'une évolution considérable se fit dans la religion des Hébreux ; le sémitisme chananéen s'imprégna de Mazdéisme. On comprend aisément que les esprits d'élite parmi les Hébreux, inclinés déjà au Monothéisme par la seule impulsion de la raison, aient accepté, tout en les modifiant dans le sens sémitique, les conceptions métaphysiques de leurs dominateurs. Ainsi élaborées, ces conceptions se sont fait jour dans les documents postérieurs à la destruction de la monar^ chie juive, c'est-à-dire dans la rédaction élohiste. On le voit donc : les faits historiques concordent avec la détermination chronologique de la rédaction, soit du Document jéhoviste, soit du Document élohiste. Il en résulte que si avant la captivité de Babylone quelques Hébreux se sont élevés à la notion philosophique de Dieu, ces hommes sont restés une exception au milieu de leurs concitoyens. U n'est pas une nation en proie au plus grossier anthropomorphisme qui ne compte en son sein quelques intelligences assez vigoureuses pour se dégager des étreintes de la superstition. Mais ces cas isolés et glorieux ne peuvent pas faire que lu natiouî dans son ensemble) ne soit jugée et
légitimement regardéecommeplongée dans les erreurs du paganisme. Malgré les grands prophètes, malgré les Isaïe et les Jérémie, le peuple n'a pas connu le Dieu philosophique, et la religion nationale fut tout autre que le Monothéisme.