‹ Paganisme des hébreuxChapitre 35 sur 137 · UNIQUE · texte numérisé non relu

UNIQUE

Le dieu des Hébreux n'est pas un dieu unique; il est simplement le plus puissant d'entre les dieux, ses confrères; les Hébreux l'ont choisi entre tous pour

qu'il fût leur protecteur; TÉternel est donc le Melkarth d'Israël, comme Kamosh Tétait des Moabites, Molok des Ammonites, Baal Melkarth celui de Tyr, etc. C'est ce qu'établissent avec une irrésistible évidence les plus anciens passages de la Bible.

Genèse^ III, 5 (jéhovisté). Le serpent dit à Eve : € Dieu sait qu'au jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » — 22. Et l'Éternel Dieu dit : « Voici l'homme est devenu comme Vun de nous, sachant le bien et le mal. i

De tout V Ancien Testament le passage le plus net et le plus significatif sur le caractère propre du dieu anthropomorphique est le chapitre XXIV (jéhoviste) de Josué. Impossible d'exposer avec plus de force et de précision :

1* Que l'Éternel n'était pas le dieu unique;

2° Qu'il était le Melkarth ou dieu protecteur des Hébreux;

3® Qu'il devait cette dignité au libre choix des Hébreux eux-mêmes.

Josué assemble à Sichem toutes les tribus d'Israël; puis il convoque en conseil les anciens du peuple, les chefs, les juges et les officiers. Le sujet de la délibération est celui-ci : Quel est celui d'entre les dieux qu'on choisira définitivement pour proteôteur d'Israël? L'Assemblée réunie et constituée, Josué prend la parole. Dans un habile et vigoureux discours, il se prononce pour le maintien de Jéhova dans la dignité de dieu de la nation :

i* Il débute par rappeler les services que Jéhova a rendus dès l'origine aux pères de la famille hébraïque Tharé, Abraham, Isaac et Jacob. C'est dans la bouche même de l'Éternel que Josué met ses arguments, prosopopée bien faite pour frapper l'imagination de son auditoire;

2® Passant à l'histoire contemporaine, Josué rappelle la sortie d'Egypte, la catastrophe de l'armée égyptienne au passage de la mer Rouge, les victoires que les Hébreux ont remportées sur les Amorrhéens, les Moabites et tous les peuples indigènes * ; bref, il évoque à leurs yeux la conquête du pays de Chanaan. Afin de mettre en un relief saisissant la grandeur de ce dernier service, Josué prête à l'Éternel les paroles suivantes : t Josué^ XXIV, 13. Je vous donnai ainsi une terre que vous n'aviez point cultivée et des villes que vous n'aviez point bâties et où vous vous êtes établis; je vous donnai des vignes et des oliviers que vous n'aviez point plantés, et vous en mangez les fruits. » Certes, au point de vue de la morale, voilà chez un dieu une singulière manière d'agir. Aujourd'hui, tout potentat qui donne à ses favoris « des terres qu'ils n'ont point cultivées ou des villes qu'ils n'ont pas

1. L'Éternel avait lui-même pris part aux batailles ; du haut du ciel, il lançait, de sa main vigoureuse, une grêle de pierres sur les ennemis, « si bien qu'il en mourut plus de celte façon que par l'épée des enfants d'Israël. » {Josué, \, 11.)

La Cause suprême de Tunivers jetant des cailloux du haut de son palais céleste, de même que Charles IX, du haut du balcon du Louvre, tirait des coups d'arquebuse sur les protestants qui fuyaient I... EtTEglise catholique qui vous damne si vous n'y croyez pas l (Concile de Trente, décret du 8 avril 1546.)

bâties Y, s'appelle, en bon français, un brigand. Mais il serait injuste d'appliquer aux temps barbares le critérium de la morale moderne. Cette réserve faite, on ne peut nier que l'argumentation mise par Josué dans la bouche de l'Éternel ne soit d'un grand effet oratoire. Rien plus que ces antithèses symétriques n'était apte à saisir fortement l'esprit des Hébreux et à éveil- 1er dans leur cœur le sentiment de la reconnaissance;

3° Aussi Josué, lisant sur le visage des auditeurs la profonde impression qu'il a produite, en profite pour enlever le vote sans plus tarder. Il le fait avec une habileté consommée. Il laisse, dit-il, à ses concitoyens la liberté du choix, mais il déclare que lui et sa famille, liés par la reconnaissance, serviront toujours Jéhova : « Que si vous croyez que ce soit un malheur pour vous que de servir le Seigneur, vous pouvez opter; choisissez aujourd'hui quel dieu vous voulez servir, ou ceux de vos pères qui ont habité au delà du fleuve Euphrate, ou ceux des Amorrhéens dans le pays desquels nous habitons. Car, pour moi et ma maison, nous servirons l'Éternel, i

C'en est fait; l'éloquence de Josué a triomphé; comment les Hébreux pourraient-ils repousser un dieu depuis longtemps déjà leur bienfaiteur, un candidat qu'appuie leur général en chef ainsi que sa puissante famille? c 16-18. Non, s'écrient-ils, nous n'abandonnerons pas Jéhova; nous ne servirons pas des dieux étrangers, y Et ils s'encouragent mutuellement dans leur option en se redisant les services que le dieu leur a rendus:

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4<* Josué est maître de la situation; il le sent, il le voit, il en est sûr. L'enthousiasme qui enflamme le peuple, il importe de ne pas le laisser se refroidir ; le moment psychologique est venu de lier les Hébreux par un lien qu'ils ne pourront plus rompre. Josué feint de croire qu'ils ne seront pas capables de servir .Téhova; car si Jéhova est un dieu très saint et trè^ fort, il est aussi un dieu jaloux et sévère; malheur à eux s'ils venaient à l'abandonner, à le trahir pour d'autres dieux! — Protestation générale : Non, c'est lui que nous servirons toujours! — Vous êtes témoins contre vous-mêmes que c'est vous qui choisissez Jéhova pour le servir? — Oui, nous en sommes témoins. — Maintenant donc, s'écrie Josué, éloignez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous, et tournez votre cœur vers Jéhova, vers le dieu d'Israël ! -* Acclamations de la multitude : « C'est Jéhova que nous servirons, c^est à sa voix que nous obéirons, » Pour consacrer le souvenir de cet engagement solennel, Josué dressa un menhir près du chêne de Sichem.

Telle est la scène mémorable où l'Assemblée natio* nale d'Israël, entraînée par l'éloquence de son pre* mier homme d'État, choisit entre tous les Élohim, Jéhova, le Fort tout-puissant; à l'unanimité des voix, elle le nomma Dieu protecteur à perpétuité de la Confédération hébraïque.

Aujourd'hui que la croyance à un Dieu unique, soit transcendant, soit immanent au monde, est générale, il ne viendrait à l'esprit d'aucun Européen de dire :

€ Le dieu de la France, le dieu de TAngleterre ou le dieu de T Allemagne. » Puisqu'il n'y a qu'un Dieu, il ne saurait être confondu avec un autre ; on dit donc simplement : Dieu ; cela suffit ; toute addition qualificative serait absurde et ridicule.

Mais si Taccord est unanime sur le Dieu suprême, il n'en est pas de même pour les dieux inférieurs qui pullulent dans certaines religions, pour ceux, par exemple, qu'on appelle Saints dans l'Église romaine. On sait que dans les temps où l'ignorance était épaisse et par conséquent la foi très vive, chaque nation et même chaque ville avaient adopté un dieu patron, vrai Melkarth, qui protégeait la nation ou la ville. En reconnaissance, son idole était l'objet d'un culte particulier; en sa faveur, on célébrait périodiquement une fête solennelle. C'est ainsi qu'au moyen âge, saint Georges fut le Melkarth de l'Angleterre, et saint Denis celui de la France. Lorsque l'armée anglaise livrait bataille à l'armée française, les combattants invoquaient leur Melkarth respectif afin qu'il les aidât à la victoire. Dans quelques légendes, on figure même les deux Élohim luttant dans les airs l'un contre l'autre, avec une rage au moins égale à celle de leurs vassaux terrestres. Assurément un Français ne parlait pas du Melkarth anglais, ni un Anglais du Melkarth françai avec moins de mépris et de haine que le faisaient le Hébreux du Melkarth des Tyriens, ni les Tyriens du Dieu protecteur d'Israël.

C'est que les situations réciproques des Français et des Anglais d'une part, des Hébreux et des Chananéens

d'autre part, étaient réellement identiques. Les Français détestaient le Melkarth anglais, mais ils ne niaient pas que saint Georges fût un des Élohim chrétiens tout aussi bien que saint Denis, leur patron. De même, les Hébreux détestaient les dieux des autres Sémites, Baal, Kamosh, Molok, etc.; mais ils ne niaient pas que ces protecteurs de leurs rivaux fussent des Élohim sémitiques tout aussi bien que Jéhova, leur dieu national, c II faut bien reconnaître, dit M. Fustel de Coulange, que les anciens ne se sont jamais représenté Dieu comme un être unique qui exerce son action sur l'univers. Chacun de leurs innombrables dieux avait son petit domaine ; à Tun une famille, à l'autre une tribu, à celui-ci une cité : c'était là le monde qui suffisait à la providence de chacun d'eux. Pendant longtemps l'homme n'a compris l'être divin que comme une force qui le protégeait personnellement, et chaque homme ou chaque groupe d'hommes a voulu avoir ses dieux. A Naples, chaque quartier a sa madone; le lazzarone s'agenouille devant celle de sa rue, et il insulte celle de la rue d'à côté; il n'est pas rare de voir deux facchini se quereller et se battre à coups de couteau pour les mérites de leurs deux madones. Ce sont là des exceptions aujourd'hui, et on ne les rencontre que chez certains peuples et dans de certaines classes. C'était la règle chez les anciens *. »

1. Fustel DB Coulange. la Cité antique , 172. Le dédoublement d'un même dieu en plusieurs personnalités rivales et souvent ennemies est, au point de vue de la raison,

Il est maintenant aisé de comprendre pourquoi dans tout V Ancien Testament on ne dit pas simplement Dieu, mais < le Seigneur, dieu d'Israël; l'Éternel, dieu d'Israël. » Partout est exprimé, ou clairement sous'entendu, ce caractère relatif d'un dieu choisi dans le tas des autres dieux pour être patron d'une nation. Cette définition du dieu dlsraël est confirmée par certains épisodes où l'on voit les Hébreux reconnaître formellement l'existence d'autres dieux, tout en préférant celui qu'ils ont adopté. C'est exactement ce qui se passait, au moyen âge, entre les Anglais protégés par saint Georges et les Français défendus par saint Denis.

A. Juges j XI. Jephté envoie des députés au roi des Ammonites pour lui démontrer la justice des enquêtes faites par les Hébreux. Quel argument emploie-t-il ? ( 24. Si votre dieu Kamosh vous avait mis en possession de quelque pays, ne vous en croiriez-vous pas légitimement possesseurs? De même donc, nous demeurons possesseurs de tout l'héritage dont Jéhova, notre dieu, a chassé devant nous les habitants, i

bien autrement grave que la coexistence de plusieurs dieux pré- Ridant chacun aux destinées d'un peuple. Tel est le spectacle que présente encore aujourd'hui l'Église romaine ; ce n'est pas Feulement le lazzarone et le facchino qui dédoublent la personne une et indivisible de la Vierge, ce sont les évêques eux-mêmes ; voici un fragment d'un mandement de Tévèque de Rodez : « Notre-Dame de Rodez va faire sa visite à Notre- Dame de Lourdes ; la Vierge du Rouergue veut quitter ses montagnes pour aller rendre honneur à la Vierge des Pyrénées. » (Paul Parfait, le Dossier des pèlerinages^ 61.) On voit qu'au sein de l'Église romaine, l'ignorance et la barbarie n'appartiennent pas aux seuls lazzaroni.

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Ainsi, voilà l'existence de Kamosh reconnue par Jephté aussi bien que celle de Jéhova; la puissance du dieu des Ammonites est mise en parallèle avec celle du dieu des Israélites; et c'est précisément sur l'existence de Kamosh et sur sa puissance qu'est fondée l'argumentation du chef hébreu,

B. 3 Rois, V, 3-7. A son avènement au trône, Salo* mon envoya une ambassade au roi de Tyr, Hiram» pour lui demander la permission de faire couper des cèdres sur le Liban, c 3. Vous savez que David, mon père, n'a pu bâtir de temple à Jéhova, son dieu, h cause des guerres qu'il a eues à soutenir de la part des peuples environnants jusqu'à ce qu'enfin Jéhova les ait mis sous ses pieds. » Que répond Hiram, dont le dieu protecteur était Baal? « 7. Béni soit aujour* d*hui Jéhova qui a donné à David un fils aussi sage pour gouverner ce grand peuple ! » Ainsi voilà Baai et Jéhova qui se congratulent, exactement comme le faisaient saint Georges et saint Denis lorsque les deux nations rivales étaient en paix. Baal et Jéhova sont donc deux Élohim dont l'existence est simultanée et qui parfois même entretiennent d'amicales relations.

C. 4 Rois, I. Okhozias, roi d'Israël, étant tombé malade, chargea quelques-uns de ses officiers d'aller consulter Baal-Zéboub, dieu patron de la ville d'Accaron. Le prophète Élie reçut l'ordre céleste de se porter au-devant des officiers et de leur dire : c 3. Est-ce qu'il n'y a pas de dieu dans Israël pour que vous alliez consulter Béel-Zéboub, le dieu d'Accaron? » Élie se fait lui-même conduire en présence du roi

Okhozias et lui parle ainsi : « 16. Parce que vous avez envoyé vos gens consulter Béel-Zéboub, le dieu d'Accaron, comme s'il n'y avait pas dans Israël de dieu que vous puissiez consulter, vous mourrez. » La faute que commet Okhozias est celle que fait un bourgeois qui, soigné et sauvé plusieurs fois par un médecin titulaire, quitterait celui-ci sans motif pour recourir à un médecin étranger; c'est le péché d'ingratitude. Mais le fait môme d'ingratitude prouve l'existence du médecin étranger ainsi que celle du dieu étranger. Élie et Okhozias croient à l'existence de Béel-Zéboub ; c'est précisément pour cela qu'il y a délit commis envers le dieu titulaire de la nation, lequel n'avait jamais démérité d'elle. Ainsi voilà Béel-Zéboub et Jéhova, tous deux existant simultanément et tous deux rangés au nombre des Élohim. D. 3 Rois, XX. Achab, roi d'Israël, campé sur une montagne, repousse victorieusement l'attaque de l'armée syrienne. Pour expliquer cet échec, les officiers syriens dirent à leur roi : c 23. Le dieu des Israélites est un dieu de montagne; c*est pourquoi il a eu l'avantage sur nous; mais combattons contre eux en rase campagne, et voyons si nous n'aurons point alors l'avantage sur eux. » Le royaume d'Israël était montagneux; celui de Syrie s'étendait dans une plaine; il s'ensuit que Jéhova, le dieu d'Israël, était un dieu de montagne, tandis que le dieu de Syrie était un dieu de plaine. Or, comme les Syriens avaient attaqué les Israélites retranchés sur une hauteur, ils s'étaient heurtés là où le dieu d'Israël avait toute sa puissance,

là. OÙ leur propre dieu , un dieu de plaine, était le plus faible; rien d'étonnant qu'ils eussent éprouvé une défaite. Très logiquement, pour renverser les chances en leur faveur, les officiers conseillent au roi de Syrie d'attirer les Israélites dans la plaine; nul doute alors que leur dieu, dieu de plaine, ne l'emporte sur un dieu de montagne. Ce curieux passage jette un jour assez vif sur les attributions définies et limitées que les peuples sémitiques donnaient respectivement à leurs dieux nationaux.

E. 4 RoiSj XVUI, 32-35. Un général assyrien assiège Ézéchias dans Jérusalem; il invite les habitants à capituler; les raisons qu'il donne sont les suivantes : c'est en vain qu'ils comptaient sur leur dieu; il ne les sauvera pas plus que les dieux de Syrie n'ont sauvé les Syriens; que les dieux de Samarie n'ont sauvé Samarie. On le voit : les rapports entre Jéhova et les autres dieux sémitiques sont les mêmes que les rapports entre saint Georges et saint Denis ; tous ces dieux existent simultanément; ils ne diffèrent l'un de l'autre que par leurs attributions respectives et par leur plus ou moins grande puissance.

IVo — CONCLUSION

En résumé, depuis la sortie d'Egypte ^jusqu'à la captivité de Babylone, le Monothéisme n'a jamais régné, un seul instant, chez les Hébreux; leur dieu a été constamment un dieu d'entre les dieux sémitiques; son attribution particulière était de protéger

lï

iià L& DIEU NÂTiONAL DES BÉBREUX

les Hébreux. Ce dieu ne s'est même pas imposé aux tribus d'Israël mises en demeure par Josué de choisir un protecteur dans le clan des Élohim sémitiques, elles ont opté librement pour l'Éloha qui s'appelait Jéhova ou Jahou, l'Éternel ou le Seigneur, peu importe le nom ! Et c'est ce choix qui a promu cet Éloha à la dignité de c dieu d'Israël », ainsi qu'il est toujours nommé dans V Ancien Testament. Un contrat synallagmatique indissoluble liait le peuple et le dieu ; le dieu a rempli consciencieusement les clauses du contrat; mais il n'a pas plus toléré les infractions commises par la nation israélite qu'un mari ne supporte les infidélités de son épouse. Toute femme, avant de se marier, a le droit de choisir, à son gré, un mari parmi la cohorte qui brigue sa main ; mais une fois le choix fait et le contrat signé, elle est coupable d'adultère si elle abandonne son époux pour un autre homme. C'est précisément le genre de reproche, celui d'infidélité, que fait constamment le dieu d'Israël à la nation qui l'avait librement élu; elle e.l ingrate parce qu'elle méconnaît les services rendus par le bienfaiteur; elle est adultère parce (ju'elle trahit l'époux auquel elle a donné volontairement sa foi. 11 est évident qu'une telle condition implique nécessairement l'existence d'autres dieux, de môme que l'adultère d'une femme implique l'existence d'autres hommes que le mari. Or cette existence simultanée d'autres dieux qui se déduit logiquement du contrat passé entre l'Éternel et la nation hébraïque est affirmée dans tous les écrits de V Ancien Testa*

AVANt LA CAPTIVITE DE BABYLONE ÏM

iHCfU. Pour le peuple hébreu, il y a un grand nombre de dieux, tous également existants, tous puissants, qui ne diffèrent que par leur genre d'attributs ou de fonctions; chacun de ces dieux s'était constitué protecteur d'une nation particulière; et la rivalité qui divisait ces dieux entre eux est identique à celle qui divisait les nations elles-mêmes. Ce fait est entièrement conforme à la loi des théologies anthropomorphiques. c Dieu a créé l'honmie à son image », disait la Genèse^ I, 27. Kien de plus faux; tout au contraire, la vérité absolue est celle-ci : t C'est l'homme qui crée Dieu à son image. » Ce théorème qui aujourd'hui, auprès des philosoj^es et des savants, a la valeur d'un axiome, se vérifie chez les anciens Hébreux comme il le fait encore, à l'heure présente, chez les idolâtres de toutes les religions contemporaines.

Étant bien établi que Jéhova est un des Élohim sémitiques, il n'est pas sans intérêt de rechercher pourquoi ce un d^ entre pltisieurs a réussi postérieurement à être accepté pour le Dieu absolu. En omettant ce qui concerne le triomphe politique du Christianisme, il a dû y avoir, dans le nom même du dieu juif, quelque chose qui a contribué à le faire adopter sans grande difficulté par toutes les nations européennes. Lorsque, sous l'égide de la suzeraineté persane, le clergé eut fondé le régime théocratique en Judée, il sentit que ce régime aurait des racines d'autant plus profondes que le peuple éprouverait pour le dieu national une plus grande vénération. Dans ce

but, il emprunta à l'Egypte le mysticisme des noms ineffables; prononcer le nom propre de la Divinité devint un manque de respect envers elle, on se servit des mots : c Mon maître, mon seigneur, Admiai. » Dans la version grecque de la Bible que firent les Septante, le tétragramme IHWH est toujours traduit par ( 6 Kupioç, le seigneur » : cette dénomination générale s'adapte à toutes les divinités sans froisser personne ni léser aucune croyance; c'est elle qui a permis à l'un des petits dieux sémitiques d'évincer tous ses confrères, et, sur leur poussière, de s'élever, seul et unique, jusqu'au trône de la monarchie absolue. Mémorable exemple d'une sélection opérée par rheureux choix d'un mot; le plus extraordinaire peut-être dont l'histoire fasse mention !

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