‹ Paganisme des hébreuxChapitre 37 sur 137 · F. LEifOBMAirr, Ongines, 2« édition, tome I · texte numérisé non relu

F. LEifOBMAirr, Ongines, 2« édition, tome I

La Thavath s'appelait aussi Tivathi et Taauth, qui ne sont que des modifications du même mot. Thavath ou Taauth est le principe féminin correspondant au principe masculin Houh de la Triade chaldéenne. La Thavath, matière primordiale des Chaldéens, est identique à la Babou phénicienne, au Tohou-Bohou hébraïque.

IIP Forme masculine de IIWH. — Pour déterminer en masculin le mot neutre HWH, on met en avant un I consonne ; alors on a IHWH. Ce tétragramme est l'hiéroglyphe même du dieu des Hébreux. Il pourra avoir les prononciations suivantes :

1® laHOUHou lehouh, pouvant s'éclaircir en lahoh ou lehoh ;

io laHWeH ;

30 leHoWaH.

10 — lEHOVAH

P Prononciation de Iehovah. — L'I étant consonne, et Ve étant muet, on doit prononcer le-ho-vah, La prononciation vulgaire Jé-hovah est donc mauvaise ; malheureusement, consacrée par l'usage, elle semble indestructible.

IP Orthographe de Iehovah. — L'A final de Jéhovah est ce qu'en hébreu on appelle une lettre quiescente. Les lettres quiescentes ne se prononcent pas si elles n'ont pas avec elles certains points représentant la voyelle qu'elles doivent faire entendre {Dict.deLittré). Il s'ensuit que l'on écrit indifféremment Jéhovah et Jéhova; il en est de même pour lahouh ou lahou.

IIP Gomment le nom divin est devenu ineffable. — La prononciation du tétragramme IHWH en Jéhovah s*est introduite dans le Catholicisme seulement au XVI® siècle ; elle est liée intimement à une phase intéressante qu'a subie le nom du dieu d'Israël, à partir des trois derniers siècles avant Jésus-Christ. La loi religieuse de Jérusalem ayant défendu de prononcer le nom divin, ce nom est devenu ineffable. L'ineffabilité s'appuyait sur une interprétation abusive de plusieurs textes du Pentateuque :

1« Dans le petit Code de l'Alliance {Exode, XX-XXIIT, i-19), on lisait : « Exode, XX, 7. Tu ne prononceras pas le nom de l'Éternel, ton dieu, pour le mensonge ; car l'Éternel ne laissera pas impuni celui qui prononcera son nom pour le mensonge. »

Le sens est clair; il ne s'agit pas ici de la simple énonciation du nom divin, mais du nom de Dieu pris à témoin qu'on s'engage à faire telle chose; il s'agit donc du serment. Ce qui est défendu, c'est le parjure. Par conséquent, c'est à tort que les prêtres ont donné à la seule interdiction du parjure, le sens restrictif de toute énonciation du nom divin.

2» Deutéronome, XXVIII. Le chapitre XXVIII est le dernier chapitre du Deutéronome que le roi Josias publia en 623 ; les autres ont été ajoutés un peu plus tard. Comme tout chapitre dernier, il contient les menaces de sanction qu'entraînera la non-observance des préceptes énumérés dans le corps du livre : t 58. Si vous négligez de mettre en pratique toutes les pa- * rôles de cette loi qui sont écrites dans ce livre, de l 8.

manière à craindre ce nom vénérable et redouté, le nom de TÉternel, votre dieu, il vous frappera de calamités extraordinaires, etc. »

Évidemment le texte n'interdit pas de prononcer le nom de TÉternel ; il dit que la certitude d'encourir les châtiments divins, doit pousser tout Israélite à observer strictement la loi. Les prêtres ont interprété : I Craindre le nom vénérable et redouté i, par défense de le prononcer.

3° t Léritiqne, XXIV, 10. Le fils d'une femme Israélite et d'un Égyptien se rendit au milieu des Israélites et se prit de querelle avec l'un d'eux, et proféra des injures contre le nom de Dieu et le maudit. — 16. Celui qui proférera des injures contre le nomdel'Éternel doit être mis h mort ; indigène ou étranger, toute la communauté le lapidera; pour avoir injurié Dieu, il géra mis à mort. »

Injurier le nom divin est tout autre chose que le prononcer simplement *.

Enfin, toutes ces restrictions et tous ces contre-sen« imposés aux textes se brisent contre l'affirmation catégorique de : « Exode, III, 15. Dieu dit à Moïse : Voici ce que tu diras aux enfants d'Israël : C'est Celui qui est qui m'envoie auprès de vous ; et c'est là mon nom à tout jamais; et ce sera ma désignation d'âge

1. Reuss, Histoire Sainte, tome II, 168, note 2. Les rabbins prétendent rendre le verbe hébreu naqab par prononcer au lieu de injurier. Le fait est qu'il signifie proprement « marquer ou piquer, faire une marque » ; cela conduit aux deux sens dérivés. Mais c'est bien plus tard que les Juifs s'accoutumèrent À se servir de la formule elliptique « le Nom » pour éviter de prononcer le nom de Dieu.

en âge. » Ce verset renverse l'échafaudage entier des interprétations abusives et erronées.

Reste à rechercher les causes qui amenèrent Tineffabilité du nom divin. Celle-ci découle de deux faits inhérents à révolution politique et religieuse de la nation juive,

1" Première came de rineffabilité du nom divin. — Au retour de la captivité de Babylone, placés par les Perses à la tête du gouvernement, les prêtres avaient pu instruire le peuple et le façoniter à leur gré. La domination politique de tout clergé étant fondée sur l'intensité de la foi populaire, le clergé ne néglige rien de ce qui peut accroître cette foi. Or, plus le nom de la divinité devient mystérieux et par conséquent redoutable, plus l'influence des prêtres, lesquels sont en rapport direct avec ce dieu caché, acquiert de force auprès de l'imbécile vulgaire. Telle est la première cause.

2" Secmde cause de Vineffabilité du nom divin. — A ce fait général se joint un fait particulier à l'histoire du peuple juif, à savoir, la prépondérance graduelle du parti des Pharisiens. Le formalisme pharisien, c'est'à-dire la religion convertie en une multitude de pratiques extérieures, envahit, comme une lèpre, le peuple juif. Dressée à la pharisienne, la nation arriva par degrés à cette exaltation mystique, véritable état d'aliénation mentale, qui amena sa ruine définitive. Cette démence furieuse d'un peuple entier, est peutêtre le fait le plus étrange de l'histoire.

C'est de cette double cause que dérive l'ineffabilité

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du nom divin; on le remplaça par Adonaï^ c mon Seigneur. »

3° Époqiie à laquelle le nom divin est devenu ineffable. — A quelle époque le nom du dieu d'Israël est-il devenu définitivement ineffable? A coup sûr, ce n'est pas au v° siècle avant Jésus-Christ, puisque les versets de VExode, III, 15-17, sont de la seconde moitié de ce siècle (an 442); ce fut au plus tôt durant le cours du IV® siècle avant Jésus-Christ. La Bible des Septante, version grecque de la Bible hébraïque, que la tradition fait remonter à l'an 275, n'a pas transcrit une seule fois le nom de Jéhova en grec. Partout où le tétragramme existait, la Bible grecque suppose que le texte hébreu est Adonaï, et le traduit par le mot grec 6 Kupioç, en latin Doniinus^ en français le Seigneur. L'appellation a passé dans la Vulgate et dans les Bibles en langues modernes. « Cet accident de traduction qui semble peu de chose, dit M. Ernest Havet, a peut-être beaucoup aidé à. la fortune du dieu des Juifs; il lui a rendu plus facile d'être accepté comme le dieu de tous les hommes *. » La Vulgate a deux fois transcrit simplement en lettres latines, non pas le nom de Jéhova, mais celui d'Adonaï : « Exode^ VI, 3. Je ne me suis point fait connaître à eux sous le nom qui m'est propre, celui qui est : Nomen meum Adonaï, non indicavi eis. » De même dans Judith, XVI, 16, ".

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