Reuss, Histoire des Israélites
siècles, si improprement nommée les Juyes. Ces prétend-us Juges ne furent que de hardis aventuriers qiji s'étaient distingués par quelque coup de main. L'imagination populaire s'empara de ces incidents, les couvrit de ses cristallisations successives et transforma ces cliefs de bande en restaurateurs passagers de la puissance d'Israël. Après avoir ainsi déchiré les voiles légendaires, la critique a dégagé de la gangue confuse de cette période un fait certain : c'est que les Israélites furent mêlés pendant trois siècles aux Sémites cananéens et qu'ils partagèrent leur religion : < Juges, II, 5. Les enfants d'Israël demeurèrent au milieu des Ghananéens... — 6. Ils prirent leurs filles pour femmes, et donnèrent leurs propres filles en mariage à leurs fils, et servirent leurs dieux. » Ce résultat était inévitable, car les Israélites étaient, en civilisation, de beaucoup inférieurs aux Philistins et aux Phéniciens.
# I Samuel, XIII, 19-22. Il ne se trouvait pas de forgerons dans tout le pays d'Israël. Et tous leslsraélites allaient descendre chez les Philistins pour faire aiguiser, celui-ci un soc, celui-là un boyau, un autre sa cognée ou sa bêche, lorsque les tranchants des socs et des hoyaux, des tridents et des cognées étaient émoussés, ainsi que pour redresser les aiguillons. Et au jour du combat, il ne se trouvait ni épée ni lance entre les mains de toute la troupe qui était avec Saûl et Jonathas; il ne s'en trouvait que chez Saûl etJonathas. » Plus tard, au temps même de la splendeur de l'Empire juif, pour faire exécuter les statues d'airain et tout le travail ornemental du Temple, Salomon fut obligé
de recourir à un artiste phénicien, Hiram, de Tyr, qui portait le même nom que son roi (3 Rois^ VII, 13-14). Or c'est une loi historique que les vainqueurs, s'ils sont inférieurs aux vaincus, subissent l'ascendant de ceux-ci et se mettent à leur école. « Grœcia capta ferum victorern cepit. » (Horace.)
Avant d'exposer le tableau de la religion des Israélites et de montrer, par les faits, qu'elle fut à peu près identique à celle des autres peuples sémitiques, il est utile de faire les remarques suivantes :
1° Le culte de Jéhova sans images est demeuré, pour ainsi dire, à l'état idéal; il n'est jamais entré véritablement dans la pratique jusqu'à la captivité de Babylone.
2" Le culte de Jéhova avec images a été le fait constant. Par conséquent, l'adoration de Jéhova sous des formes symboliques n'implique pas que les Hébreux fussent infidèles à Jéhova, comme les en accusent les rédacteurs des Juges et des Rois,
3° Le culte de Baal et de ses multiples personnifications, Molok, Tammouz, etc., s'alliait au culte de Jéhova aussi légitimement que la vénération des catholiques pour saint Georges ou pour tout autre saint s'allie t\ celle qu'ils ont pour saint Louis, saint Laurent, saint Germain, en un mot, pour toute la séquelle des dieux inférieurs de l'Église romaine. Ce syncrétisme religieux, égale adoption de tous les dieux sémitiques, n'était troublé que par le fanatisme étroit de quelque sectaire jéhoviste ou par les calculs politiques d'un roi poursuivant d'ambitieux desseins.