Reuss, Histoire Sainte, tome T, 374, note
Dans les processions égyptiennes, on plaçait le symbole du dieu fêté à l'intérieur d'unnaos^ sorte de niche fermée, qu'à la façon d'un palanquin portaient les prêtres. L'Arche sainte des Hébreux n'est pas autre chose que le naos égyptien; elle était comme lui la résidence du dieu, et, comme lui, portée par les prêtres *. Nous savons aujourd'hui que Jého va, dieu d'Israël, n'a été véritablement un dieu invisible qu'après la captivité de Babylone; jusqu'à cette époque, le peuple hébreu a adoré un dieu visible, corporel, représenté sous des formes symboliques; il s'ensuit qu'à la sortie d'Egypte et durant l'invasion deChanaan, le naos des Hébreux contenait un symbole du dieu, national. Quel était ce symbole? On peut l'induire d'un passage extrêmement curieux d'Amos, l'un des plus anciens prophètes d'Israël. Amos vivait en 790 avant l'ère chrétienne; il était donc contemporain de Jéroboam II, roi d'Israël, et d'Azarias, roi de Juda.
€ Amos, V, 25 (c'est Jéhova qui parle). Est-ce à moi. Maison d'Israël, que vous avez offert des sacrifices et des gâteaux au désert, pendant quarante ans? — 26. Au contraire, vous avez porté le naos de votre Molok- Khioun, vos images et l'étoile de vos dieux que vous vous êtes faits. »
Le Molok'khioun est l'Égyptien Ammon-Khem, le principe générateur; son symbole ordinaire, dansChanaan, éia.itV obélisqiœ; il s'ensuit que le symbole du dieu caché dans l'Arche d'Alliance était vraisemblablement
1. Alfred Maury, Histoire des Religions de la Grèce, tome III, 267-268.
une stèle ou petit obélisque. Du reste, on verra cidessous que telle était la forme du symbole divin qui s'élevait sur les autels, au temps des Rois.
Dans les antiques légendes de la Genèse il n'est pas fait de mention spéciale des obélisques; mais il est hors de doute que la signification phallique s'attachait aux pierres verticales ou Béthels. Le premier exemple remarquable d'une colonne phallique se trouve dans le deuxième livre de Samuel.
A. 2 Samiiel, XVIII, 18. Absalon, de son vivant, s'était érigé un monument dans le val du Roi ; car disaitil, je n'ai point de fils pour conserver le souvenir de mon nom. Et il nomma ce monument d'après son nom. Et on l'appelle la main d* Absalon jusqu'à ce jour.
On a vu précédemment que la main droite est une forte expression du symbolisme phallique; ce qui concorde avec le genre de regret qui inspire à Absalon l'idée du monument.
B. 3 /ÎDW, VII, 15-22. L'architecte tyrien Hiram appelé par Salomon pour diriger les travaux du Temple construisit, dans la cour, deux colonnes d'airain isolées et ne supportant rien; Tune fut appelée « Yakhin, il établit » et l'autre c Booz, en lui est la force ».
Gomme le fait observer M. Reuss S ces colonnes étant isolées et n'ayant rien à porter, il s'ensuit qu'elles ne pouvaient avoir qu'un sens religieux et symbolique; ce sens doit être exprimé par les mots Yakhin et Booz.
En effet, la colonne est un symbole phallique; les
1. Beuss, Histoire des Israélites, 440, note 3. Voir aussi Lkt)HAiii, Histoire d'isi^aèly tome I, 334.
mots t Yakhin, il établit » et t BooZy en lui est la force » expriment les attributs d'énergie génératrice du principe divin; or la Divinité envisagée à ce point de vue a pour emblème le Phallus.
Dans le Livre (VHémch, LXVIII, 4 : t Le nom du premier des anges coupables est Yékhoun, celui qui séduisit tous les fils des saints anges et les poussa à descendre sur la terre pour procréer des enfants avec les êtres humains. » Or, d'après M. Conrad Hoffmann, Yékhoun signifie t Celui qui a de la fermeté, i C'est le dieu phallique *.
A Tyr, dans le temple de Melkarth, s'élevaient deux colonnes, l'une d'or, l'autre de jaspe vert, qu'Hérodote a vues {Hérodote^ H, 44); or Melkarth est l'Hercule des Grecs, lequel dans le mythe d'Omphale(le xTeCç) a une signification phallique. Comme le culte du Principe générateur était commun à tous les peuples sémitiques, il est probable que l'architecte tyrien Hiram a érigé les deux colonnes du temple de Jéhova en imitation des deux colonnes du temple de Melkarth.
Non seulement le peuple hébreu avait jusque-là pratiqué le culte phallique et y persévéra jusqu'à la chute de la monarchie, mais Salomon personnellement n'a rien, dans son genre de piété, qui s'oppose à l'interprétation phallique donnée aux colonnes. Avant la construction du temple, laquelle dura 13 ans, il avait épousé la fille du Pharaon d'Egypte •. On sait
1. Dictionnaire des Apocryphes (collection MigDe), tome I, p. 469.