Tin, vie ; tir, arbre ; Ai, terre ou lieu
3. Le Mai est Tarbre qu'on plantait en mai devant une maison, dans notre Europe occidentale ; il était orné comme l'est l'arbre de Noël.
i96 LE CULTE SÉMITIQUE CHEZ LES HÉBREUX
Dans l'antique Chaldée, ce sont des génies ailés qui défendent rapproche de l'arbre de vie.
Dans la Genèse, on rencontre un arbre de vie distinct de l'arbre de la science du bien et du mal., quoiqu'il semble parfois lui être identifié.
f Genèse, II, 9. L'arbre de vie était au milieu du jardin, avec l'arbre de la science du bien et du mal. »
Lorsque Adam et Eve eurent mangé du fruit de l'arbre prophétique, Jéhova dit : t Genèse, III, 22. Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous autres Élohim pour la connaissance du bien et du mal; empêchons maintenant qu'il ne porte la main sur l'arbre de vie; que, prenant de son fruit, il n'en mange et n'acquière ainsi l'immortalité. »
Ce verset est très clair : 4° Par le fruit de l'arbre prophétique, on acquiert le don de prévoir l'avenir;
2° Par le fruit de l'arbre de vie, on acquiert le don de vivre éternellement, en un seul mot, l'immortalité.
Après avoir chassé l'homme et la femme du jardin : • Genèse, III, 24. Jéhova fit garder le chemin qu menait à Tarbre de vie, par les chérubins armés d'épées flamboyantes. »
Il est aisé de reconnaître dans l'arbre de vie de la Genèse et dans les chérubins qui en défendent l'approche le Soma des Aryas, le Haoma des Iraniens ainsi que les Génies ailés qui gardaient les arbres sacrés.
Si l'arbre de vie est l'arbre qui fournit la liqueur alcoolique; s'il est l'arbre éminemment utile, il est évident que le genre de l'arbre doit varier avec les
conditions des climats. Par exemple, au sud de Babylone, ce n'est plus VAsclepias acidula, c'est le Palmier qui figure l'arbre de vie. Le Palmier, dans cette région, est l'arbre qui fournit aux habitants le meilleur de leur alimentation; on extrait de ses fruits une boisson fermentée qui enivre. Aussi, sur les cylindres babyloniens, est-ce le palmier qui est l'arbre sacré, Tarbre paradisiaque; il est surmonté de l'emblème du Dieu suprême, et deux Génies à tête d'aigle montent la garde auprès de lui. Au surplus, le Palmier a conservé jusqu'à nos jours, en Orient, quelque chose de ce caractère sacré; il est, en effet, la principale richesse du pays. D'une manière générale, on peut dire que l'arbre de vie est représenté dans toute région par l'arbre dont les fruits peuvent donner de l'alcool par la fermentation; l'action chaude de l'eau-de-vie, l'accroissement passager d'énergie vitale qu'elle donne, semblent à un peuple enfant une promesse d'immortalité. Aussi les inscriptions accadiennes nous ont-elles appris, sans étonnement, que les anciens peuples de Chaldée donnaient à la vigne le nom de « Gès-tin^ arbre de vie » .
II<> Jusqu'à présent l'arbre de vie a représenté un arbre réel, vénéré pour les services qu'il rendait; nous allons le voir passer à l'état symbolique.
Chaque année, au printemps, on apportait dans la cour du temple, à Hiérapolis en Syrie, des Mais chargés de toute espèce d'attributs et d'ornements; ces Mais, simulacres de l'arbre de vie, étaient brûlés solennellement.
Chez les Ghaldéo-Assyriens, l'arbre de vie était l'objet d'un véritable culte divin. Au-dessus de l'arbre plane l'image dn dieu Assour; ce qui donne à l'arbre de vie le symbolisme d'une divinité féminine présidant à la vie et à la fécondité terrestre. Or la déesse qui est donnée pour épouse à Assour est « La Terre productrice, en accadien Ki-schar » et dans le langage sémitique Schérouya, mot tiré de la même racine que Assour, en accadien Schar, Assour et Schérouya forment un couple identique à celui de Anou et Anath, le ciel et la terre au sens physique, le principe producteur mâle et le principe féminin, au sens philosophique. Chez les Cananéens, le couple assyrien est représenté par Baal-Taureau et Astaroth ; et chez les Grecs, par Jupiter-Taureau et Europe; ce qui explique pourquoi, sur certaines monnaies, Europe est représentée assise dans les branches d'un platane (arbre symbolique) tandis qu'elle attend son divin époux.
Du mythe d'Assour et de Schérouya dérive l'origine de VAschéra cananéenne. L*Aschéra des Cananéens était un pieu conique, plus ou moins enrichi d'ornements à la façon d'un Mai; c'est lui qui constituait le simulacre consacré à la déesse de la Fécondité et de la Vie.
Mais ce pieu conique, fabriqué de mains d'homme, était lui-même l'emblème de l'arbre vivant, l'arbre de vie, où réside la Mère divine, la Terre productrice, de même que le Père divin, le Soleil qui féconde, réside dans l'obélisque hammam, ou dans le menhir
AVANT LA CAPTIVITÉ DB BABYLONB i99
béthel. Aussi est-ce sous les arbres touffus, dans les bocages verdoyants qu'on adorait Aschéra. De là le nom d'Aschéra donné par extension à ces arbres et à ces bocages; de là l'expression « planter une Aschéra i, soit qu'on érigeât un cône en bois sous un arbre ou un bocage, soit qu'on plantât des arbustes, dôme de verdure, abritant le pieu symbolique.
Enfin, le cône en bois d'Aschéra était souvent dressé sur l'autel môme de Baal; ce qui est en pleine concordance avec la signification du couple mythique Père divin et Mère divine.
Les symboles de Baal, menhir, obélisques, stèles ou colonnes, étaient en pierre; ceux d'Aschéra étaient en bois; il s'ensuit que, lorsque dans l'Ancien Testament on parle d'idole brûlée, cette idole est le pilier conique d'Aschéra, soit que cette idole fût sous le bocage verdoyant, soit qu'elle fût dressée sur l'autel de Baal \
Le culte d'Aschéra a été pratiqué chez les Hébreux dès l'origine jusqu'à la captivité de Babylone.
A. Juges^ VI, 25. t Jéhova dit à Gédéon : Détruis l'autel de Baal, qui est à ton père; abats l'idole qui est dessus. » L'idole était un pilier conique d'Aschéra puisque Gédéon s'en sert pour brûler le taureau offert en holocauste. Dans les Bibles vulgaires on a mis à contresens : Coupe le bois qui environne l'autel.
B. Michée, V, 12. L'Éternel dit : Je renverserai tes Astartés (ou Aschéras) et j'anéantirai tes idoles.
1. F. Lexohmant, Origines, 85-90, 570. Voir Gésénitis, p. 162.
G. 3 fiowf, XIV, 15. L'Éternel frappera Israël comme un roseau agité par le vent, dit le prophète Ahias à la femme de Jéroboam, et il les arrachera de ce pays excellent qu'il a donné à leurs pères; il les dispersera au delà de l'Euphrate parce qu'ils se sont fait leurs Aschéras, en irritant l'Éternel.
D. 3 Rois^ XIV, 23. SousRoboam, le peuple de Juda se construisait des Hauts lieux, des colonnes et des Aschéras sur toutes les collines élevées et sous tous les arbres touffus.
E. 3 Rois, XVI, 33. Akhab, roi d'Israël, érigea un autel à Baal, dans le temple de Baal qu'il construisit à Samarie; il fit aussi l'Aschéra.
Il est vraisemblable que le pilier d'Aschéra s'élevait sur l'autel de Baal, car on lit (4 Rois, X, 26) que les sicaires de Jéhu tirèrent l'idole de Baal hors du temple et la brûlèrent; or les symboles de Baal étaient en pierre.
F. 3 Rois, XVIII, 19. La reine Jézabel entretenait à ses frais quatre cents prophètes d'Aschéra, ce qui suppose un culte répandu.
G. 4 Rois, XVI, 4. Le roi de Juda Akhaz sacrifiait et brûlait de l'encens sur les Hauts lieux, sur les collines et sous tout arbre touffu.
H. 4 Rois, XVII, 10. Dans l'énumération des crimes commis par les Hébreux du royaume d'Israël, il est dit que : Ils avaient placé des colonnes (symboles de Baal) et des Aschéras ou Astartés (piliers coniques) sur toutes les collines et sous tous les arbres touffus.