TAUREAUX D'OR
Le Taureau, dans TAntiquité, fut regardé comme le symbole du Soleil. En Grèce, la fable du taureau Jupiter enlevant Europe ou la jeune lo est un mythe solaire. Mais c'est en Egypte surtout que le Taureau fut en honneur. Symbole d'Ammon-Ra, Dieu-Soleil, le Taureau s'appelait Mnévis; on l'adorait à Héliopolis, la ville du Soleil. Symbole d'Osiris, Dieu bienfaisant et créateur, le Taureau, sous le nom d'Apis, était adoré à Memphis. Le prestige que le bœuf Apis acquit auprès des Égyptiens fut tel qu'il devint l'expression la plus complète de la divinité sous forme animale. Ses fêtes étaient célébrées avec une magnificence inouïe, au milieu de réjouissances universelles; sa mort plongeait l'Egypte dans le deuil jusqu'à ce que Ton eût trouvé un autre Apis.
Naturellement les Israélites, pendant leur long séjour en Egypte, contractèrent l'habitude d'adorer la divinité sous la forme symbolique du Taureau ; ils la conservèrent, comme on le verra, jusqu'à la captivité de
Babylone ; car les veaux d'or dont il est souvent question dans TÂncien Testament ne sont pas autre chose que des taureaux. Reuss, Histoire des Israélites, page 470, note 3 : t L'expression^généralement reçue de veaux d'or est absurde. C'étaient de petites figures de taureaux, symboles de la puissance créatrice de Dieu, et ce Dieu n'était, en tout cas, autre que Jéhova. »
Exode, XXXII. Le peuple ne voyant plus reparaître son chef Moïse le croit perdu ; il somme Aaron de lui faire un dieu qui marche à Tavant-garde. Aaron se fait livrer tous les bijoux d'or, les fond et en fabrique un petit taureau d'or, t 4. Alors les Israélites dirent : Voici ton dieu, Israël, celui qui t*a tiré de la terre d'Egypte. — 5. Ce qu' Aaron ayant vu, il dressa un autel devant le veau et cria : Demain, il y aura une fête solennelle à l'Éternel. — 6. Le lendemain, ils se levèrent de bon matin ; ils offrirent des holocaustes et des victimes pacifiques; le peuple s'assit pourboire et manger; ensuite ils se levèrent pour danser. Cette fête ne fut que la répétition de celles qu'ils avaient célébrées en Egypte, en l'honneur du Dieu fécondateur, symbolisé par le Taureau.
Il n'est plus fait mention de taureaux d'or, dans l'Ancien Testament jusqu'à Jéroboam, premier roi d'Israël. Cette omission tient sans doute à Tétat de dispersion où vécurent les tribus jusqu'à ce que David les eut réunies sous son sceptre. « Chacun faisait ce qui lui semblait bon » et par conséquent suivait, dans son culte, les coutumes du pays où il vivait ; or on sait que les dieux cananéens étaient tous adorés sous
des formes symboliques (éphod^ téraphim, cônes en bois, colonnes, etc.). Le Taureau devait certainement faire partie de ces symboles divins, car la facilité et la ténacité avec laquelle tout le royaume d'Israël vénéra les taureaux d'or restaurés par Jéroboam prouvent que cette manière de représenter la divinité était enracinée dans les mœurs.
A. 3 Rois, XII, 28-30. Jéroboam fit deux taureaux d'or qu'il plaça l'un à Béthel, au sud du royaume d'Israël, l'autre à Dan, au nord ; et le peuple alla en pèlerinage dans ces deux sanctuaires.
Les dix-neuf rois qui pendant 255 ans se succédèrent sur le trône d'Israël conservèrent le culte de Jéhova souslaforme du Taureau. Jéhu lui-même, que l'Éternel avait choisi pour se venger d'Akhab et de sa famille, Jéhu, exterminateur du culte de Baal, adora les taureaux d'or.
B. 4 Rois^ X, 29. Toutefois Jéhu ne quitta point le culte des taureaux que Jéroboam avait établi à Béthel et à Dan.
C. Enfin, 4 Rois, XVII, 16, dans la récapitulation des méfaits qui amenèrent la chute du royaume d'Israël, l'historien cite le culte des deux taureaux.