‹ Paganisme des hébreuxChapitre 68 sur 137 · SERPENT D'AIRAIN · texte numérisé non relu

SERPENT D'AIRAIN

Le serpent figure dans toutes les religions antiques; CD général, il représente la divinité sous ses manifestations ténébreuses ou méchantes. Mais il a aussi une seconde signification tirée du phénomène physiologique qui lui est propre. Chaque année, au printemps, le serpent fait peau neuve ; cette rénovation ou ce rajeunissement Ta fait adopter comme le symbole de la guérison des maladies ou du retour à la santé. C'est ainsi que le serpent devint l'emblème caractéristique d'Esculape, le dieu sauveur ou guérisseur.

« Le serpent, dit M. Fr. Lenormant *, a été sûrement pour les Ghaldéo- Assyriens un symbole de vie. Un de ses noms génériques dans la langue assyrienne sémitique est hawou, comme en arabe hiyah, l'un et l'autre de la racine t hdvah, vivre » . Sur un précieux monument publié par M. Clermont-Ganneau en 1879, la déesse delà Résurrection, celle qui vivifie les morts, Goula, est l'épouse du Soleil. Montée dans sa barque

1. F. Lenormant, les Origines de l'histoire ^ tome I, 2« édition, p. 106^ note.

sacrée qui flotte sur les eaux du fleuve des morts, elle est représentée sous une figure qui combine diverses formes animales et tient dans ses mains des serpents, comme emblèmes de vie et de renaissance. > Les Nombres, XXI, 5-9, offrent un exemple remarquable de cette application du serpent-symbole à la divinité. Dans une marche à travers un désert, les Hébreux vinrent à manquer d'eau et de pain; il en résulta une épidémie inflammatoire que TÉcriture décrit poétiquement sous le nom de « morsures de serpents brûlants » . Pour obtenir la cessation de la maladie, Moïse consacra à l'Éternel et livra à l'adoration des Israélites un serpent d*airain : le fléau disparut. Le serpent d'airain est donc une figure de Jéhova vénéré comme dieu guérisseur.

Ce symbole de Jéhova-guérisseur resta l'objet du culte populaire pendant dix siècles ; car il ne fut détruit que par le roiÉzéchias, ainsi qu'on le lit : t ARois^ XVIII, 4. Ézéchias abolit les Hauts lieux, brisa les statues et coupa les bocages ; il fît mettre en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, parce que les enfants d'Israël lui avaient brûlé de l'encens jusque-là, et il l'appela nohestan, c'est-à-dire figure d'airain*. >

Il est invraisemblable que le serpent d'airain détruit par Ézéchias fût celui-là môme qu'avait fabriqué Moïse;

1. Il y a dans le texte un jeu de mots : serpent se dit nahasch, et airain nehoschet, (Reuss, Histoire des IsrcuéliteSy p. 555, note i)

Voir aussi F. Lenobmant, Originesy I, 2« édition, p. 552, la note : « Une des images de Malak-Baal, troisième personnage de la triade phénicienne, est le nehoicschtânt le serpent sauveur, dont Moïse dresse l'image dans le désert. »

le peuple hébreu avait subi trop de vicissitudes pour que cette idole originale pût être conservée. De ce que le serpent d'airain brisé par le pieux roi passait pour celui de Moïse, on peut déduire que les prêtres lui donnaient pour auteur le grand prophète afin d'augmenter en sa faveur la vénération du peuple; c'est ainsi que de nos jours, le clergé romain, non moins ingénieux que le clergé hébraïque, a su retrouver la vraie croix et, de son bois émietté, se créer de riches revenus. Mais le fait même d'attribuer à Moïse le serpent d'airain du règne d'Ézéchias prouve que le culte de Jéhova, sous la représentation symbolique du serpent, n'avait pas eu d'interruption depuis la sortie d*Égypte jusqu'aux derniers temps de la monarchie.

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