‹ Paganisme des hébreuxChapitre 69 sur 137 · EPHOD · texte numérisé non relu

EPHOD

Le mot Éphod dans l'Ancien Testament est employé pour désigner deux choses tout à fait différentes : c'est d'abord le vêtement du Grand-Prêtre et des sacrificateurs (Exode 9 XXVIII, 4-8); en second lieu, ce nom est donné à une idole particulière dont la forme est peu connue. M. Reuss soupçonne que Téphod devait avoir la forme d'un petit taureau d'or, expression symbolique de Jéhova *. Cette idole était portative; on la consultait dans le but d'apprendre la fin réservée aux entreprises méditées ; elle présidait donc à la divination.

A. Juges, VIII, 26-27. Gédéon, le favori de Jéhova, fit un éphod avec les anneaux d'or et les bijoux pris aux rois madianites; il l'adora, et tout Israël avec lui*.

B. Juges, XVII, XVIII. Un montagnard éphraïmite, nommé Mikah, se fait un éphod ainsi que d'autres

1. Reuss, Histoire des Israélites , 184, DOte 3. ^. Comparer à Exode, XXXII, 2-4. C'est avec les bagues d'or qu'Aaron fait le veau d'or.

idoles appelées téraphim, et les place à côté d'une statue d'argent que sa mère avait fait fondre pour lui. Il organise en petite chapelle une chambre de sa maison, y dispose les figures sacrées et choisit l'un de ses fils pour les desservir. Un lévite, à la recherche d'un emploi, vint à passer par la montagne de Mikah; celui-ci le retint à son service et, moyennant salaire, le chargea des fonctions sacerdotales. Le lévite, en effet, était expérimenté dans l'art de consulter la divinité, tandis que l'enfant de Mikah, improvisé prêtre, ignorait les formules et les rites efficaces.

Pendant une absence de Mikah, cinq hommes de la tribu de Dan, envoyés en éclaireurs dans les montagnes pour préparer les éléments d'une razzia, tom* bèrent par hasard sur la maison de l'Éphraïmite. Ils firent consulter l'éphod par le lévite sur l'issue de leur entreprise : la réponse fut favorable (XVIII, 5-6). L'exploration faite, les éclaireurs revinrent dans la tribu et firent leur rapport. Une expédition fut organisée ; six cents hommes armés partirent sous la conduite des éclaireurs. En passant par les montagnes d*Éphraïm, ils décidèrent à les suivre le lévite qui savait si bien consulter l'oracle : ils lui promettaient de faire de lui, simple prêtre aux gages d'un particulier, le Grand-Prêtre d'une tribu tout entière. Séduit par l'appât d'une dignité élevée et lucrative, le lévite non seulement accepta l'offre, mais encore emporta avec lui l'éphod, les téraphim et la statue, qui ne lui appartenaient pas (XVIII, 19-20). La troupe s'éloignait, lorsque survint Mikah qui

réclama son bien, € les dieux qu'il avait faits luimôme ». Pour toute réponse, les Danites lui intimèrent l'ordre de se taire ; sinon, malheur à lui et aux siens I

Confiants dans les dieux volés qu'ils emportaient avec eux, ils continuèrent leur chemin et fondirent sur les habitants inoflensifs de la ville de Laïs, but de leur incursion. Tout fut passé au fil de l'épée, et la ville brûlée. Plus Ifard, sur les ruines, les Danites rebâtirent une nouvelle cité qu'ils appelèrent Dan. En reconnaissance du succès dont la statue de Mikah avait couronné leur expédition, les Danites l'établirent dans la ville. Quant au lévite, ^i habile dans son métier, on le créa prêtre de toute la tribu.

De cette curieuse histoire ressortent plusieurs faits d'un grand intérêt relativement au culte et aux mœurs Israélites durant la période des Juges.

1° L'éphod était une figurine portative qui servait à la divination ; chacun avait intérêt à posséder un éphod et à savoir le consulter.

2° Le culte n'était pas centralisé, puisque chacun pouvait avoir chez soi un prêtre, serviteur à gages, qui célébrait les rites. Par conséquent la législation attrij)uée à Moïse était inconnue à cette époque.

3° A défaut du prêtre, c'est-à-dire de l'homme qui, d'après la législation attribuée à Moïse, a seul le droit de célébrer les rites, chacun pouvait remplir soi-même ou confier à une personne quelconque les fonctions sacerdotales. La législation faussement appelée mosaïque était donc inconnue.

4** Les mœurs des tribus Israélites étaient identiques à celles des Bédouins et des Turcomans contemporains; c'étaient les mœurs de vrais brigands ' .

C. 1 Rois, XIV, 3. Akhias, arrière-petit-fils du Grand-Prêtre * Héli, dans une expédition de Saûl contre les Philistins, portait Téphod. Reuss, Hist, des Israélites, 274, note 4 : € Akhias accompagnait le roi comme sacrificateur et pour rendre des oracles dans l'occasion » en consultant Téphod.

D. 4 Rois, XXI 5 9. David demanda une arme au prêtre Achimélek ; celui-ci lui répondit : « 9. Il y a répée du Philistin Goliath que tu as tué dans la vallée des térébinthes ; la voici dans un drap derrière l'éphod. » Reuss, Hist. des Israélites, 302, note 2 : c Ici il paraît assez clair que Téphod n'était pas un vêtement » ; c'était un signe de Jéhova.

E. 1 Rois, XXIII. Abiathar, fils du prêtre Achimélek et partisan de David, s'enfuit auprès de ce dernier afin d'échapper à la colère de Saûl : « 6. Mais il eut soin d'emporter avec lui l'éphod. » — Reuss, Hist* des Israélites, 306, note 4 : « Cette note incidente est destinée à expliquer comment David a pu consulter l'oracle. Il avait avec lui un prêtre muni de Tappareil nécessaire pour prédire l'avenir. Quoique nous ne sachions plus aujourd'hui en quoi consistait cet

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