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MOYENS DE DIVINATION ET INTERPRETES

Les événements futurs pouvaient être dévoilés par trois moyens : à savoir, par l'interprétation des songes, par la consultation de l'éphod, par celle des Ourimet Toummim.

P Songes. — Les Hébreux regardaient les songes comme le procédé qu'employait habituellement l'Eternel pour faire connaître l'avenir : l'Éternel les envoyait à certains hommes d'élite * : « Nombres, XII, 6. Écoutez maintenant maparole : s'il se trouve parmi vous un prophète du Seigneur, je me fais connaître à lui et je lui parle en songe. » Voilà la théorie, voici les exemples :

A. Genèse, XV. L'Éternel annonce à Abraham, dans une vision, qu'il aura une nombreuse postérité et que sa race régnera depuis le fleuve d'Egypte jusqu'à l'Euphrate.

1. Reuss, Histoire sainte, 350, note 1. « Dans le style des prophètes, toute communication de Dieu à l'homme est désignée par le terme de vision ou de songe, sans qu'il soit question d'un fait d'extase. »

B. Genèsej XXVIII, 12-16. Vision de Jacob : du haut de l'échelle, TÉternel lui annonce la grandeur qu'il réserve à sa race.

C. Genèse^ XL. Songes de l'échanson et du panetier expliqués par Josejîh; XLI, songes de Pharaon expliqués par Joseph.

D. 1 Rois, III, 1-18. Le Seigneur parle à Samuel durant la nuit et lui apprend la catastrophe prochaine de la maison du Grand-Prêtre Héli. Ce chapitre commence par un curieux et intéressant verset : « En ce temps-là la parole du Seigneur était rare, et les visions n'étaient pas communes. »

La fonction des prêtres était, avant tout, de rendre des oracles; on les consultait pour savoir l'issue d'une entreprise ou pour découvrir une chose cachée. Exemples : 1 Rois, XIV, 36, 41, 42; XXIIl, 9, 8; XXX, 7 et suivants; comparez Deutéronome, XXXIII 8; 2 Rois, II, 1; V, 19, 23; Juges, XX, 18, etc.

IP Consultation par l'éphod. — Comme on Ta vu précédemment, on consultait l'éphod pour connaître l'issue d'une entreprise; on a vu aussi, par l'empressement de Mikah à s'attacher un lévite, que la consultation était un art : il y avait donc des formules et des rites meilleurs que d'autres pour obtenir une réponse favorable. On en a la preuve dans l'empressement que mirent les hommes de la tribu de Dan à se concilier le ministère du lévite, si habile à consulter l'oracle, si expert dans les formules qui rendent la divinité propice.

IIP Consultation par les Ourim et Toummim. — On

donnait le nom de Ourim et Toummim, t les lumières et les perfections » , à une série de douze pierres précieuses attachées à la partie pectorale de Téphod du Grand-Prêtre. L'éphod ou tunique raccourcie, qu'il ne faut pas confondre avec Téphod, idole divinatoire, laissait sur le milieu de la poitrine une ouverture de quatre doigts en carré. Cette ouverture était couverte par une pièce que les Hébreux appelaient Essen et les Grecs Logion (Xoytov, réponse faite par les dieux, oracle, prédiction), qui signifie en langue vulgaire Rational ou Oracle. Sur le Rational ou pièce qui rend des oracles étaient attachées douze pierres précieuses. Sur chacune d'elles était gravé le nom de Tune des douze tribus d'Israël, selon l'ordre de la naissance des fils de Jacob. « Les deux sardoines qui servent d'agrafès, dit l'historien juif Flavius Josèphe (Histoire ancienne des Juifs, livre III, chap. 6), marquent le soleil et la lune; les douze autres pierres précieuses les mois, ou les douze signes figurés par ce cercle que les Grecs nomment zodiaque *. »

Comment consultait-on les douze pièces Ourim et Toummim? On est réduit aux conjectures. Toujours est-il que ce mode singulier de divination semble avoir été emprunté par les Hébreux aux Égyptiens. Chez ces derniers, en effet, on essayait de tirer l'oracle d'après l'examen des pierres précieuses qui

1. Cet aveu de Flavius Josèphe vient à l'appui de la critique qui refuse toute réalité historique aux prétendus douze fils de Jacob et ne voit dans ce nombre douze qu'une application particulière du fond des antiques religions sémitiques, lesquelles sont toutes des religions solaires.

AVANT LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE 23i

ornaient la statue d'Ammon-Ra, le Dieu -Soleil *.

A. Exode, XXVIII, 30. Vous porterez sur le pectoral le jugement des Ourim et Toummim.

B. Nombres, XXXII, 21. L'Éternel dit à Moïse : Josué se présentera devant Eléazar le sacrificateur, et il le consultera par le jugement des Ourim devant l'Eternel.

G. 1 Rois, XXVIII, 6. Saûl consulta le Seigneur; mais le Seigneur ne lui répondit ni par des songes, ni par les Ourim, ni par les Voyants.

IV. Les interprètes. — Les interprètes étaient les prêtres ou lévites et les voyants ou prophètes.

Il ne faut pas confondre les voyants-prophètes ou devins prédisant l'avenir avec les grands prophètes, tels qu'Isaïe, Ezéchiel, Jérémie, etc., qui étaient des hommes d'État et des poètes. Les voyants faisaient métier de deviner l'avenir; tels sont aujourd'hui, par analogie, nos somnambules. Les grands prophètes, poètes-philosophes, s'efforçaient d'expliquer à leurs concitoyens quelles fautes dans le passé avaient produit les malheurs présents, puis essayaient de relever les courages en leur montrant, pour l'avenir, s'ils étaient sages, de riantes perspectives : tels furent, par analogie, les Virgile et les Horace, chez les Romains; Dante Alighieri, Alfieri, chez les Italieus, etc.

Parmi les voyants publics que tout Hébreu pouvait consulter, quelques-uns furent attachés particu-

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