‹ Paganisme des hébreuxChapitre 80 sur 137 · SACRIFICES HUMAINS · texte numérisé non relu

SACRIFICES HUMAINS

Les sacrifices humains, que pratiquèrent tous les peuples de l'antiquité, furent également en honneur chez les Hébreux. L'esprit inspirateur et dominant de ces cruelles pratiques fut le désir de rendre hommage à la divinité et de se concilier sa faveur. A ce caractère général se joignaient ordinairement certaines conceptions particulières tirées, soit des circonstances, soit du genre même des victimes offertes. On n'immolait pas un ennemi prisonnier dans une pensée identique à celle qu'avait un père lorsqu'il se résignait au sacrifice de son enfant. Généralement l'immolation d'un ennemi, acte de pieuse reconnaissance envers le Seigneur, était en même temps l'application de la maxime fondamentale du droit ancien : Œil pour œil, dent pour dent; ce qu'on appelle le talion. Le livre des Rois nous en offre un exemple remarquable. Samuel avait voué à l'anathème la nation Amalécite, tout devait donc être détruit. Saûl ayant épargné Agag, roi d'Amalek, Samuel se fit livrer le

prisonnier; puis, en présence d'Israël assemblé, il dit au roi Agag : 1 1 Rois, XV, 33. De même que tonépée a mis les mères en deuil, de même ta mère portera le deuil de son fils. Et Samuel coupa en morceaux Agag devant l'Éternel, à Galgala. » L'esprit général des sacrifices humains et le caractère particulier qui s'y adjoignait selon le genre variable de ces sacrifices sont nettement marqués dans l'immolation d'Agag par Samuel. Mais, en fait de sacrifices humains, la question de beaucoup la plus intéressante pour l'histoire du peuple hébreu est celle des holocaustes d'enfants. On a vu que la coutume de brûler ou, selon l'expression consacrée, de faire passer par le feu les enfants en l'honneur de la divinité, florissait chez les Sémites Cananéens. En fut-il de même chez les Hébreux? Une enquête négative sur ce point induirait à leur attribuer un état de civilisation plus avancé.

I P Holocaustes d'enfants en Thonneur de Baal-Molok. 1^ Témoignage du iivre des Rois. — D'abord on est sûr que pendant la période des rois, c'està-dire durant cinq siècles environ S les holocaustes d'enfants furent usités dans les deux royaumes de Judaet d'Éphraïm, ainsi que le livre des Rois en donne des exemples.

A. 4 Rois, III, 27. Mésa, roi moabite, assiégé dans une ville par Joram, roi d'Israël, et par Josaphat, roi de Juda, essaya en vain de percer les lignes ennemies.

1. Saûl a été créé roi en 1090 ; la deuxième prias de Jénisalem par Nabuchodonosor est en 588.

« 27. Alors prenant son fils aîné qui devait régner après lui, il l'offrit en holocauste (à Molok) sur les murs de la ville. » Les Israélites levèrent le siège, non point par horreur du crime, ce qui est absurde (car ils en commettaient bien d'autres plus abominables), mais parce que, croyant à l'efficacité de ces holocaustes, ils craignaient que Mésa, ayant ainsi recouvré la faveur divine, ne leur fît éprouver une défaite *.

B. 4 Rois, XVI, 3. Akhaz, roi de Juda, sacrifie son fils à Molok; premier exemple d'un roi de Juda faisant cet holocauste au dieu sémitique. Or, quand un roi accomplit un tel rite, on peut aisément imaginer avec quelle rigueur ce rite doit être observé par le peuple.

G. 4 RoiSy XXI, 6. Manassé, fils d'Ézéchias, fait passer son fils par le feu, en l'honneur de Molok.

D. 4 Rois XXIII, 10. On appelait Tophet l'endroit de la vallée du Fils de Hinnom où s'accomplissaient les sacrifices d'enfants à Molok. Tophet fut profané par Josias^.

G. 4 RoiSy XVII, 17. Les holocaustes d'enfants sont

1. Le roi Mésa est celui dont M. Clermont-Ganneau a retrouvé une stèle, laquelle est exposée au musée du Louvre.

2. La vallée du Fils ou des Fils de Hinnom, car les deux expressions ont également cours, était située au sud de Jérusalem ; le torrent qui la traversait allait se joindre à celui du Cédron, lequel traversait la vallée de Josaphat située à l'est. La vallée du fils de Hinnom se disait en hébreu Gei hen-Hinnom^ ou simplement vallée de Hinnom, Geî-Hinnom; d'où est venue l'expression française Géhenne^ puis par contraction Gêne. La Géhenne, qui dans les écrivains catholiques a le sens de enfer, était un jardin de plaisance délicieux ; c'est là que les Hébreux immolaient leurs enfants. Lorsque le roi Josias

comptés parmi les accusations portées contre les citoyens du royaume d'Israël.

Les tableaux qu'ont tracés Jérémie et Ézéchiei des mœurs et des pratiques religieuses de tout le peuple israélite jusqu'à la captivité de Babylone donnent la preuve que les holocaustes à Molok furent constants; ce qui est logique et naturel, puisque le culte de Baal n'a pas cessé d'être pratiqué par les Hébreux. Jérëmie exerça les fonctions sacerdotales à partir de l'an 626, sous le règne de Josias, jusqu'à Tan 586, après la chute de Jérusalem. Ézéchiei, qui écrivit de l'an 594 à Tan 572, fit partie de la déportation des Israélites emmenés en Chaldée par Nabuchodonosor, après la pre- "mière prise de Jérusalem en 598. Par conséquent nul témoignage mieux que celui de ces deux prophètes jéhovistes, instruits et cultivés, ne saurait avoir pour l'historien un caractère de certitude et d'authenticité.

2^ Témoignage de Jérémie, — Jérémie fait parler l'Éternel : t VII, 31. Les enfants de Juda ont bâti les Hauts lieux de Tophet dans la vallée de Ben-Hinnom pour y brûler leurs fils et leurs filles, chose que je ne

essaya sa réforme jéhoviste, il démolit l'autel de Molok et fit de la charmante vallée de Hinnom le dépotoir de Jérusalem (ce qu'est Bondy à la ville de Paris). On comprend maintenant pourquoi à partir de ce moment la Géhenne ou vallée de Uinnom ne fut plus en odeur de sainteté ; comment, elle prit avec le temps le sens de lieu infernal, lieu de torture. En Krance, la terrible Géhenne des premiers chrétiens perdit peu à peu l'énergie de son acception de lieu de torture ; elle devint sous le nom contracté gène synonyme de simple embarras. Curieux exemple de l'évolution que subissent les mots 1 Quant à l'expression Tophet^ on en ignore le véritable sens. Voir IIbuss, les Prophètes, tome I, 455, note 20.

leur ai point commandée et qui n'est pas entrée dans ma pensée. » XIX. Le Seigneur menace d'un châtiment prochain les rois de Juda et les habitants de Jérusalem parce que : t 5. Ils ont bâti les Hauts lieux de Baal pour brûler leurs enfants à Baal en holocauste. — XXXII, 35. Ils ont bâti à Baal des Hauts lieux qui sont dans la vallée du fils de Hinnom pour faire passer par le feu leurs filles et leurs fils en l'honneur de Molok, etc. » 3*» Témoignage d'Ézéchiel, — XVI. Récit allégorique des commencements du peuple d'Israël; bienfaits continus qu'il a reçus de l'Éternel; son ingratitude : il adore les dieux étrangers. — t 20. Vos fils et vos filles, dit le Seigneur, à qui vous aviez donné la vie et qui étaient à moi, vous les avez sacrifiés aux idoles étrangères pour être dévorés; vous les avez sacrifiés aux idoles en les faisant passer par le feu en leur honneur. — XXIII, 37. Oholah et Oholiba * ont commis adultère, et il y a du sang en leurs mains; elles ont commis adultère avec leurs dieux infâmes, et môme elles ont fait passer par le feu les enfants qu'elles avaient enfantés pour moi. — 38. Elles m'ont fait plus encore; elles ont souillé mon saint lieu dans ce même jour-là, et elles ont profané mes sabbats. — 39. Et tandis qu'elles sacrifiaient leurs enfants â leurs idoles.

1. Oholah est la personnification de Samarie, royaume d'Ephraîm ; Oholiba^ celle de Jérusalem, royaume de Juda. Oholibah signifie ma tente en elle : Jéhova avait élu domicile à Jérusalem; OhoIah signifie sa tente à elle : le royaume d'Epbralm s'était séparé, sous Roboam, du sanctuaire national pour s'en faire un à part. Voir Reuss, Prophètes, tome 11, 74, note 2.

elles entraient en même temps dans mm sanctuaire pour le profaner. »

€ Reuss, Prophètes, tome H, 77, note 17. Allusion au culte de Molok et aux sacrifices d'enfants. On voit que ce culte marchait de front avec celui de Je%ova et ne l'excluait nullement : on allait d'une fête à l'autre. »

Le passage d'Ézéchiel est pour l'historien d'une importance capitale. Il confirme d'une manière irréfragable que Jéhova ne fut jamais regardé par le peuple israélite comme le dieu unique, et cela, depuis les origines jusqu'à la captivité de Babylone. Le peuple d'Israël l'avait choisi entre les Elohim sémitiques pour l'élever à la dignité de protecteur d'Israël, comme les peuples européens choisissent un saint ou une madone pour veiller particulièrement aux intérêts d'une ville ou d'un pays. De même que cette adoption d'un saint ou d'une sainte comme Melkarth d'une ville ou d'une contrée européenne n'exclut pas la vénération due aux autres saints et aux autres saintes, de môme l'option qu'Israël avait faite de l'un des Elohim sémitiques, nommé Jéhova, n'excluait pas le culte des autres Elohim. Ainsi que le dit excellemment l'illustre M. Reuss, on passait de l'autel de Baal à l'autel de Jéhova, on allait d'un holocauste d'enfants brûlés en l'honneur de Molok à une cérémonie pieuse célébrée dans le sanctuaire de Jéhova, en l'honneur de Jéhova. 11 est impossible de trouver un témoignage plus accablant contre le prétendu monothéisme inné chez les Hébreux et pratiqué par eux dès l'origine.

4^» Témoignage des Psaumes. — Enfin le Psaume CVI

des Hébreux, écrit après le retour de la captivité de Babylone, à une époque de calme et de prospérité, dans le résumé qu'il fait de l'histoire Israélite, a partir de la sortie d'Egypte, confirme le paganisme des Hébreux durant les trois ou quatre siècles de la période des Juges; il cite expressément les sacrifices d'enfants brûlés en l'honneur de Molok. Rien de plus naturel, en effet, que vivant au milieu des Sémites cananéens et ayant, comme on l'a vu, adopté leur religion, ils en aient observé les pratiques, et parmi ces pratiques l'une des plus pieuses, celle de l'immolation des enfants en l'honneur de Baal-Molok.

Psaume GYI des Hébreux, 35. Ils se mêlèrent aux nations païennes et apprirent à faire comme eux. — 36. Ils servirent et adorèrent les idoles... — 37. Ils immolèrent aux Seigneurs-Dieux leurs fils et leurs ' filles. — 38. Ils versèrent leur sang innocent, le sang de leurs fils et de leurs filles, qu'ils immolèrent aux idoles de Canaan.

§ IP Holocaustes d'enfants en Fhonneur de Jéhova. — Il y a mieux encore : c'est que les holocaustes d'enfants ont fait, dès l'origine, partie intégrante du culte rendu à Jéhova, On en a deux exemples célèbres, celui d'Abraham et celui de Jephté.

A. Genèse^ XXII, 2. Dieu dit à Abraham : Prends maintenant ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t'en au pays de Moria pour l'offrir en holocauste sur une des montagnes que je te dirai. » Ainsi, holocauste du premier né sur un Haut lieu, voilà ce

qu'exige Jéhova, comme l'exigeait son confrère Baal- Molok.

B. « Jy^eSy XI, 30. Jephté fit un vœu àrÉternel et dit: Si tu livres les Ammonites en mes mains, — 31. dans ce cas, celui qui sortira des portes de ma maison et viendra à ma rencontre quand je retournerai en paix, victorieux des Ammonites, sera à l'Éternel : je roifrirai en holocauste. »

Il est clair que le cas de Jephté est différent de celui d'Abraham. Abraham est résolu à sacrifier son fils pour donner une preuve de sa piété envers Dieu tandis que Jephté voue un holocauste en échange d'un service qu'il demande à l'Éternel; tout autre que sa fille aurait pu être la victime offerte : c'était au hasard de la rencontre. Mais il n'en est pas moins vrai que, soit par simple acte de piété envers la divinité, soit en reconnaissance d un service rendu, l'holocauste humain était en usage chez les Hébreux.

Ézéchiel, dans le chapitre XX, nous a laissé un document d'une valeur précieuse. Il fait l'historique du paganisme des Hébreux à partir du long séjour en Egypte jusqu'à la chute de la royauté *. Selon le procédé habituel des prophètes, il met le récit dans la bouche de l'Éternel :

1° Paganisme en Egypte. — Les Hébreux adorent les idoles; l'Éternel est indigné contre eux; mais comme il les aime, il les fait sortir d'Egypte (versets 7-10).

1 . Le petit résumé qui suit est introduit ici pour amener ce qui concerne les holocaustes. Plus loin, les citations textuelles dÉzéchiel seront données à la suite des citations de Jérémie.

2° Paganisme dans le désert, — Les Hébreux, malgré les préceptes et les ordonnances de TÉternel, continuent d'adorer les idoles; l'Éternel fait mourir la plupart d'entre eux avant qu'ils n'entrent dans la Terre promise (versets 13-17).

Aux fils, l'Étemel renouvelle ses préceptes; mais les fils, comme les pères, restent attachés aux idoles. Alors rÉternel se venge d'eux en leur donnant des préceptes immoraux I Bien entendu, les Hébreux mettent en pratique ces préceptes immoraux, ce qui est pour eux une source de malheurs (versets 21-24) *.

3° Paganisme dans la terre de Canaan. — Une fois entrés dans la terre de Canaan, les Hébreux s'abandonnent à toutes les pratiques païennes des peuples sémitiques : Hauts lieux, bocages, prostitutions, holocaustes d'enfants, etc. (28-31).

40 Paganisme sous les rois. — Par la bouche de l'Éternel, Ézéchiel constate que les Hébreux, sans discontinuité jusqu'au temps présent, se sont souillés du môme paganisme, c 31. Vous vous êtes souillés jusqu'aujourd'hui avec toutes vos idoles, en offrant vos dons et en faisant passer vos enfants par le feu. » Comme le fait remarquer M. Reuss {Prophètes, tome II, 64, note 14), la solidarité de la génération contemporaine d'Ézéchiel avec celles qui l'ont précédée est établie par l'Éternel.

Cette revue historique du paganisme continu des Hébreux dès les. temps les plus reculés jusqu'à lacap-

1. On verra ci- dessous en quoi consistaient ces préceptes immoraux.

tivité de Babylone contient un passage très important. Au verset 26, TÉternel, pour châtier les Hébreux de la seconde génération qui sont dans le désert, leur donne des préceptes immoraux, des lois mauvaises qui doivent attirer sur eux une foule de maux et la mort, Reuss, Prophètes, tome II, page 63, note 12 : c Quelles sont les lois mauvaises auxquelles Ézéchiel fait allusion? Il le dit en toutes lettres : Jéhova leur demanda leurs premiers nés; et cette fois s'empressant d'obéir, ils devinrent eux-mêmes les instruments de leur punition, laquelle était le but de Dieu. Ils firent passer leurs enfants par le feu comme victimes immolées à Jéhova et non àMolok. Ézéchiel parle donc de sacrifices humains du temps de Moïse comme d'un fait positif et historique. €26. Et je les laissai se souiller dans leurs offran- € des en ce qu'ils ont fait passer par le feu leur primo- ( géniture, afin que je les misse dans la désolation et € qu'on connût que je suis l'Éternel. » (Traduction d'Osterwald.)

Il est donc établi que les sacrifices humains et en particulier les holocaustes d'enfants furent usités chez les Hébreux dès Abraham jusqu'aux derniers temps de la royauté. Cette pratique du culte est fondée sur ce fait que tous les premiers nés appartiennent de droit à l'Éternel.

Exode, XIII, 2. Tous les premiers nés appartiennent à l'Éternel, tant hommes que bêtes. — 12. Répétition du même droit; de même XXII, 29-30; XXIV, 19.

Et la raison de ce droit que l'Éternel s'est arrogé, l'Éternel la donne également sous une forme pitto-

resque : c Exode^ XIII, 14. Quand votre fils vous interrogera un jour et vous dira : Que signifie cette pratique? vous lui répondrez : L'Éternel nous a tirés par la force de son bras de l'Egypte où nous étions esclaves. — 15. Pharaon étant endurci et ne voulant pas nous laisser partir, TÉternel tua dans le pays d'Egypte tous les premiers nés, depuis les premiers nés des hommes jusqu'aux premiers nés des bêtes. » Ainsi, voilà qui est net : L'Éternel a délivré non gratuUeimnt les Hébreux d'Egypte ; pour leur rendre ce service, il a tué les premiers nés des Égyptiens, les Hébreux sont donc débiteurs à l'Éternel de tous les premiers nés, tant des hommes que des bétes. Ce droit de l'Éternel, cette dette des Hébreux et la raison du droit de l'Éternel sont condensés dans ce verset des Nombres^ VHI, 17 : € Tout premier né entre les Israélites est à moi, tant des hommes que des bétes ; je me les suis consacrés au jour que je frappai tous les premiers nés au pays d'Egypte. »

§ HL Théorie du rachat. — Comme on l'a dit précédemment, c'est une loi naturelle que l'homme tende incessamment à restreindre la perte que lui cause un sacrifice pénible ; puis, à le transformer graduellement tout entier en substitution ou rachat. D'ordinaire, les prêtres s'y prêtent volontiers parce que le rachat est pour eux une source intarissable de bénéfices. Aussi le rachat est-il inscrit dans le code mosaïque.

A. Exode y Xni, 13... Vous rachèterez tous les pre-

miers nés qui seront vos enfants. Même prescription, au verset 15.

B. Nombres, III, 48-51. Somme fixée pour le rachat des premiers nés et versée au grand-prêtre. — XVIII, 15-16. Rachat des premiers nés pour une somme d'argent qui est versée aux prêtres ou lévites. — VIII, 16. Les lévites, parce qu'ils furent consacrés au Seigneur, sont considérés comme la substitution ou rachat des premiers nés d'Israël. — XVIII, 17-19. Les premiers nés des animaux de boucherie, vache, brebis, chèvre, ne peuvent être rachetés : la graisse sera donnée au Seigneur; la chair appartiendra aux lévites.

Dans le Deutéronome, qui est antérieur aux Nombres, ce ne sont pas les lévites, c'est le propriétaire et sa famille qui mangent le premier né des animaux de boucherie en présence de l'Éternel, dans le lieu que l'Éternel aura choisi (Detiter., XV, 20; XII, 7, 15).

Le dernier chapitre du Lévitique (XXVII) est consacré au rachat des vœux. Le tarif est minutieusement fixé pour chaque cas, soit que l'objet voué fût un être humain, esclave ou membre de la famille, soit qu'il fût un animal ou une chose *. Mais le vœu appelé anathème (offrande au Seigneur) n'était pas rachetable : l'homme ou l'animal voué par anathème devait être mis à mort, brûlé; les choses vouées par anathème devaient être détruites parle feu (XXVII, 28-29).

1. En fait d'animaux de boucherie, on ne pouvait vouer le premier né parce que, de droit, il appartenait déjà à l'Éternel; c'était donc un animal de naissance postérieure qu'on pouvait vouer.

A. Josué^ VI, 17-19. Josué voue à Tanathème la ville de Jéricho, à l'exception de la courtisane ilahab ; la ville et les habitants sont impitoyablement livrés aux flammes. Deux Israélites qui avaient conservé secrètement quelques objets précieux sont découverts; on les voue eux-mêmes à Tanathème; ils sont lapidés et brûlés, eux, leurs fils, leurs filles et leurs esclaves; leurs bestiaux, leurs tentes, bref, tout ce qu'ils possédaient est détruit par le feu (VII, 15, 55).

B. 1 Rois^ XV, XVI. Le pays d'Amalek est voué à Tanathème par Samuel; Saûl épargne Agag; il est déclaré déchu de la royauté; Samuel, après avoir découpé le roi Agag sur Tautel du Seigneur, sacre roi le pâtre David.

C. Juges ^ XI, 30, 31. Le vœu de Jephté était un de ceux qui ne pouvaient être rachetés, un vœu d'anathème; sa fille fut brûlée.

Résumé. — \^ On voit qu*à l'origine la divinité, chez les Hébreux comme chez les Phéniciens et tous les Sémites cananéens, fut regardée comme propriétaire des premiers nés. Les Hébreux brûlèrent donc leurs premiers nés en l'honneur de l'Éternel, comme les Phéniciens brûlaient les leurs à Baal-Molok; très probablement au temps d'Abraham {Genèse^ XXII, holocauste d'Isaac), et sûrement au temps de Moïse {Ézéchieh XX, 25-26).

2^ Pendant toute la période des Juges et celle des Rois jusqu'à la captivité de Babylone, c'est-à dire durant huit siècles, les Hébreux ont brûlé leurs enfants en l'honneur de Molok (Jérémie, VII, 31-32; XIX, 5;

XXXII, 35 I Ézéchiel, XVI, 20; XXIII, 37-39 | Psaume GVI des Hébreux, 35-38).

3** La substitution ou le rachat, phase évolutive si naturelle chez les parents, sont acceptés facilement par les prêtres qui y trouvent une source inépuisable de gains ; ils sont réglementés par le clergé avec le soin minutieux et la prévoyance qui caractérisent tous les tarifs établis par les prêtres pour les prêtres {Éxode, XIII, 12-15 I Nombres, III, 40-51 | Uvitique, XXVIÏ entier).

4° La substitution ou le rachat, tous deux aisément admis, durant les époques de calme et de prospérité, sont supprimés lorsque les circonstances deviennent critiques; la superstition fanatique l'emporte sur les sentiments de paternité ou de pitié humaine; les sacrifices humains reprennent leur cours obligatoire. On les regarde comme les moyens les plus efQcaces de se rendre propice la divinité en présence d'un danger menaçant ou pour la remercier de l'avoir écarté {Josué, VI, VII I Juges, XI, 30-31 | 1 RoiSy XV) *.

1. Voir à Tappendice n» I, les aacnûces humains et le rachat dans VÈglise catholique.

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