AVANT L'ÉTABLISSEMENT DE LA ROYAUTÉ
Le nom de Baal sous la forme de roi c niolok ou nwkk ou niélek » entre dans la composition des noms propres. C'est ainsi que le roi cananéen qui fit alliance avec Abraham s'appelait Abimélek < Molok est mon père » .
Le roi de Salem qui accueillit et bénit Abraham s'appelait Melkisédek « Molok est juste » (Getièse, XI V, 18).
On voit encore Baal sous la forme de Adon c maître ou seigneur > présider au nom du roi de Jérusalem Adonisédek i Mon Seigneur est juste » (Jostie\X, 1-3).
11 est tout naturel que Baal-Molok ou Mélek étant adoré dans le pays de Canaan fût le dieu éponyme des Cananéens. Mais si le nom de Baal-Mélek est trouvé composant le nom des personnages que les écrivains orthodoxes ont représentés comme jéhovistes purs, la contradiction éclatera entre le prétendu jéhovisme de ces personnages et le baalisme réel
2d2 LE CULTE SÉMITIQUE CHEZ LES HÉBREUX
qu'attestera leur propre nom. Comme un nom donné librement et avec réflexion par le père à un fils est l'expression même de ses sentiments religieux, il résulte de là que les noms où Mélek entre en composition décèlent l'adoration de Baal sous un de ses aspects consacrés.
!• Le fils naturel de Gédéon s'appelait Abimélek « Mon père, c'est Molok ». Le père de Gédéon se nommait Joas, Jehoash < Jéhova l'a donné > (d'après Gésénius); il adorait Baal (Juges, VI, 25). Quoi qu'en dise la légende, Gédéon n'a pas été l'irréconciliable ennemi de Baal, car, dans cette hypothèse, il serait incompréhensible qu'il eût nommé son fils Abimélek < Molok est mon père > . Le surnom de Jéroub- Baal donné à Gédéon signifie « Combattant pour Baal 9. Si ce mot signifiait « Combattant contre Baal » il eût été absurde de le changer en Jéroubhoseth c Combattant contre la honte ^ i, car c^est toujours le devoir d'un honnête homme de combattre contre la honte; Jéroub-boseth eût été un nom glorieux, et non infâme. On sait, du reste, que le rusé aventurier exploita sans pudeur la crédule superstition de ses compatriotes et s'en fit des revenus {Juges, yilh^l).
2° Lç mari de Noémi, le père de Ruth, citoyen de
1. Rsuss, Histoire des Israélites ^ p. 333, note 6. Du temps des Prophètes, on se plaisait à substituer le mot de Boseth^ Honte f à celui de Baal. C'est ainsi que Gédéon surnommé Jéroub- Baal {JugeSf VI, 32) est appelé Jérouh-Boseth dans 2 Samuel, XI, 2i. On reconnaît dans ce irait Tesprit caractéristique du .fanatisme.
Bethléem de Juda, s'appelait Élimélek c Mon Dieu, c'est Molok » . Élimélek est un ancêtre de David, la souche d'où devait naître le Messie.
3® Un citoyen de la tribu de Ruben nommé Mikah € Qui est pareil à Jéhova? > donna à son fils le nom de Baal (I Chronique y V, 6).
A^ Le chef des prêtres, sous le règne de Saûl, celui qui fut le père d'Abiathar, prêtre-chef du roi David, celui qui avait le glorieux privilège de consulter Jéhova, s'appelait Akhimélek « Mon frère, c'est Molok 9, c'est-à-dire, Molok est mon soutien, mon auxiliaire (Gésénius).
Les noms précédents ne sont pas des noms isolés, uniques; ce sont, au contraire, des formules-types où le nom d'une divinité se substituait à celui d'une autre selon que le père voulait placer ses enfants sous l'invocation de celle-ci ou de celle-là. C'est ainsi que :
1° Au nom d'Abimélek c Molok est mon père > correspond Abi-iah (Abias) « Jéhova est mon père » ;
2^ Au nom d' Akhimélek « Molok est mon frère » correspond ilMt-îaA(Akhias) i Jéhova est mon frère » .
3^ A Élimélek < Molok est mon Dieu i correspond £li-iah (Élie) « Jéhova est mon Dieu ».
4® A Melkisédek « Molok est juste » correspond Jeho-sédek (Josédek) « Jéhova est juste » et Sedek-iah (Sédécias) « Juste est Jéhova » .
5® A Malkishoua c Molok est le salut > correspond Jehoschotia (Josué) < Jéhova est le salut >. Jeschoua ou Jésus est le même nom.