‹ Paganisme des hébreuxChapitre 89 sur 137 · II« — ROIS PIEUX · texte numérisé non relu

II« — ROIS PIEUX

L'historien des Rois et celui des Chroniques nous dépeignent certains rois comme des princes orthodoxes, illustrés par leur piété envers Jéhova; il en est d'autres, au contraire, qu'ils accusent d'infidélité à Jéhova et de zèle criminel pour Baal et les dieux sémitiques. Évidemment, si les rois représentés comme modèles de pur jéhovisme et comme ennemis de Baal ont donné à leurs fils des noms jéhovistes ; si les rois flétris comme adorateurs de Baal et comme ennemis de Jéhova ont appelé leurs enfants de noms baalistes, ce double fait apportera un solide appui aux appréciations des deux historiens.

Mais si le phénomène inverse se présentait, il est clair que le point de vue où se seraient placés les deux écrivains pour composer l'histoire hébraïque serait convaincu de fausseté; dans- ce cas le jugement porté jusqu'alors sur la nature de la religion des Hébreux devrait être réformé dans un tout autre sens. Interrogeons donc les faits dans les écrits mêmes des historiens de l'Ancien Testament.

I" Saul (Désiré, en français). — Le roi Saûl a été sacré roi par Samuel sur l'ordre même de Jéhova. Il a régné quarante ans, 1095-1055, toujours fidèle au culte de Jéhova. Si plus tard il a été rejeté, ce n'est point pour avoir rendu hommage aux dieux sémitiques, mais pour avoir épargné le roi Amalécite Agag, que Samuel avait voué à l'interdit (1 Samuel,

XV, 23). Saill est donc resté, toute sa vie, un adorateur de Jéhova : c'est un roi orthodoxe.

A. Saûl a été père de plusieurs fils *. L'aîné Jonathan € Jéhova l'a donné » est célèbre par sa touchante amitié pour David. Le plus jeune qui, soutenu par le général Abner, disputa longtemps la couronne à David, est appelé par 2 Satmtel, II, 8, Isch-Boseth. Or Isch-Boseth signifie « Homme de la honte > . Il est absolument invraisemblable qu'un père ait pu donner un tel nom à son fils naissant, à un enfant appelé par son rang à régner sur un peuple. Cette absurdité trouve sa solution dans c 1 Chronique VIÏI, 3. Saûl eut quatre fils : Jonathan, Malkishouah, Abinadab et Isch-Baal. » Le vrai nom d'Isch-Boseth est donc Isch- Baal c l'Homme de Baal ' » .

Ainsi voilà un roi pieux qui donne à son premier fils le nom de « Jéhova l'a donné ou Jonathan » «t au dernier celui de « Homme de Baal » ou c Isch-Baal » .

B. Le second fils de Saûl avait reçu le nom de Mal< kishouah < Molok est le salut >.

C. Le fils aîné de Saûl, Jonathan, eut un fils que l'auteur de 2 Samuel^ IX, 6, appelle Méphiboseth c de la bouche sort la honte > . Ce Méphiboseth, perclus des deux jambes, fut recueillf par David auquel il garda une profonde reconnaissance. L'invraisemblance du

1. Les listes des fils de Saûl ne concordeut pas : 1 Samuefy XrV, 48, en donne trois : Jonathan, Jessui, Malkishouah ; XXT, 2, trois : Jonathan, Abinadab, Malkishouah; 2 Samuel, II, 8, cite Ischboseth ; i Chroniques, VIII, en donne quatre : Jonathan, Malkishouah, Abinadab, Isch-Baal.

2. M. Maspéro a rétabli le vrai nom dans son Histoire ancienne, p. 313 et suivantes.

296 LE CULTE SEMITIQUE CHEZ LES BÉBUECX

nom infamant que Jonathan aurait donné à son fils est identique à celle du nom de Isch-Boseth; elle se résout de la même manière. En effet, 1 Chroniquey YIII, 34. Nous donne le vrai nom de Méphiboseth; ce nom est Mérib-Baal < Baal le protège » . Ainsi voilà le pieux Jonathan « Don de Jéhova » qui appelle son fils Mérib-Baal < Protégé de Baal ».

D. Mérib-Baal, à son tour, fut père d'un enfant qu'il nomma Mikah, abréviation de MUka-iahou c Qui est pareil à Jéhova? » C'est l'inverse des cas précédents.

£. Saiil, de la tribu de Benjamin, était fils de Cis; le grand-père de Cis s'appelait Jehiel ou Jehimel ^ c Jéhova est le Dieu fort ». Or ce Jehouel < Jéhova est le Dieu fort » eut plusieurs fils dont l'un s'appelait Baal et un autre Nadab, abréviation pour JehotuAab « Don de Jéhovah » *.

II. David (Aimé, en français). De tous les rois Hébreux, il n'en est pas un qui soit comparable à David pour l'ardeur de la piété et la pureté de sa religion : il est le type du jéhovisme, d'après Thistorien. La langue humaine a épuisé ce qu'elle avait de plus vif et de plus puissant pour célébrer la foi de ce monarque; c'est à lui qu'on a fait honneur des hymnes où l'amour pour Jéhova éclate en traits de flamme. Sa gloire a éclipsé celle de ses devanciers si bien que le peuple hébreu est devenu le peuple de David. Bien plus, le Messie promis à la nation courbée

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