Chronique, VIII, 30 ; IX
SOUS le joug étranger, le restaurateur si attendu de la puissance d'Israël, devait descendre de lui.
S'il est un père qui a dû donner à ses enfants des noms orthodoxes, ce père-là, sans contredit, c'est David. Parmi les nombreux fils qu'il eut des femmes de son harem, on lit les noms suivants * : Nathan, abréviation pour Jonathan « Jéhova Ta donné » ; Saphatiah « Jéhova juge h; puis Daniel « Le Dieu fort est mon juge » ; Éliphélet t Mon Dieu est la délivrance i ; Élishouah c Mon Dieu est le salut » ; Élyada a Dieu le connaît » . Dans tous ces noms, c'est Jéhova, le dieu national des Hébreux, ou c'est El, le Dieu suprême des Sémites, que David a choisis pour présider au nom de ses enfants; rien de plus logique et de plus naturel. Mais voilà que dans i Chronique^ XIV, 7, au lieu de Élyada « El le connaît » , on lit Baalyada < Baal le connaît » ; on se trouve en présence, d'un fait analogue à celui qui a fait changer en boseth les Baal qui entraient dans la composition de Jéroub-Baal, surnom de Gédéon, de Isch-Baal, nom du fils de Saûl, de Mérib-Baal, nom du fils de Jonathan. Seulement, au lieu de hoseth qui rend le nom absurde, on a très sensément remplacé Baal, le dieu national des Phéniciens, par £1, la divinité suprême des Sémites '.
1. 2 Samuel,\\\, 2-5 ; V, 13-14. | 1 Chronique, 111, 1-8; XIV, 3-7.
2. Un autre fils de David s'appelait Elishama, très probablement « Mon diea , c'est le soleil ». (F. Lbsormant, Origines de V histoire y 2e édition, p. 542. Le ciel Ouranos, en langue sémitique schàma.) On sait que le culte du soleil a toujours été en vigueur, comme on le voit par « 4 /{oif^,XXlII,il. Josias ôta aussi
Puisque David a nommé un de ses fils < Baal le connaît », on n'a plus à s'étonner que les grands de sa cour et les officiers de sa maison aient porté des noms de divinités sémitiques. Dans 1 Chronique, XXYlh 28, on voit un intendant de David qui s'appelle Baalhanan « Baal est gracieux, qui accorde des grâces », c'est le même nom que Annibal (Hanan-Baal). Ce Baal-hanan était un Judéen de la ville de Gédéra; or la tribu de Juda a été, d'après les écrivains ecelésiasiiques, la tribu jéhoviste par excellence.
Bien plus, ainsi qu'on l'a vu précédemment, le chef-prêtre s'appelait Akhiniélek < Mon frère, c'est Molok » ; or, c'est Akhimélek qui interrogeait Jéhova.
Enfin un autre capitaine de David réunissait dans son nom le nom des deux divinités adorées principalement par le peuple : il s'appelait Baaliah c Baal- Jéhova » (1 Chroniq.y XII, 5).
En résumé, les princes qui sont vantés comme les plus pieux et les plus orthodoxes ont, dans les noms qu'ils ont donnés à leurs fils, placé les uns sous le patronage de Baal, les autres sous celui de Jéhova. II résulte de ce fait :
1" Que les rois même les plus zélés à l'égard de Jéhova ont partagé la religion commune à tous les Sémites cananéens;
2° Que Jéhova, dieu national des Hébreux, a eu la préférence des rois hébreux, de même que Baal, dieu
les chevaux que les rois de Juda avaient consacrés au soleil ; il brûla dans le feu les chariots du soleil. » Gésénius» p. 101, donne pour ôtymologie « Dieu l'exauce ».
national des Phéniciens, avait la préférence de ce dernier peuple. Mais cette préférence pour l'un des dieux sémitiques ne les a pas rendus incrédules ni hostiles à l'égard des autres divinités : ils leur ont accordé les hommages qui leur étaient dus.