‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 19 sur 75 · ÉLÉMENT SUPERSTITIEUX · texte numérisé non relu

ÉLÉMENT SUPERSTITIEUX

84. — La dernière période du Paganisme se plaint constamment des progrès toujours croissants de la superstition, et cependant rien n'est plus vague, plus arbitraire que la Déisidémonie des Grecs ou la Superstition des Romains. Personne ne traçait ou ne savait tracer la ligne de démarcation qui sépare cette exagération du sentiment religieux et de la vraie religiosité. Les anciens Romains avaient un critérium très-simple: religieux était quiconque dans ses rapports avec les dieux suivait les institutions antiques — superstitieux celui qui s'occupait de dieux et de cultes étrangers (â). Mais cette distinction ne pouvait plus servir dans les premiers temps de la période impériale, où Ton était très-peu disposé à faire Tapologie de la religion officielle et des dieux dont elle fourmillait, ou à rejeter toute nouvelle divinité précisément à cause de son origine exotique. Cette distinction n'était pas même applicable aux peuples qui parlaient le Grec. Chez eux l'Etat était tombé et dans sa chute s'était brisé ou au moins affaibli le lien intime qui l'unissait à la religion, et Ton chercha à fixer d'une autre manière les rapports delà vraie religion et de la superstitution. Superstitieux, dit Varron, sont ceux qui craignent les dieux comme des ennemis, tandis que l'homme religieux les honore avec un amour filial (s). L'homme religieux, dit

(1) Metam.

(2) Cest ainsi que les dé6nil Festus. s- v supcrstit (3)Ap. Aug.C. D.6 9.

Maxime de Tyr, est Tami, et le superstitieux te flatteur de la divinité. — Explications et définitions qui, quoique renfermant chacune un trait caractéristique de la superstition, sont néanmoins insuffisantes pour juger les manifestations de la vie religieuse. Dans la notion grecque de la superstition^ c'est, comme le mot l'indique, la crainte qui prédomine: la superstition, dit Théophraste, n'est que la crainte exagérée de l'une ou de l'autre divinité (i). La dissertation de Plutarque sur ce sujet n'attribue à ceux, qui sont dans cette disposition d'autre sentiment qu'une grande frayeur, produite par la pensée du courroux des dieux et des châtiments du monde souterrain. En général, la crainte religieuse se manifestait chez les Grecs et les Romains avec tous les caractères d'une stupéfaction et de frayeurs les plus insensées; car chez eux tout roulait sur des notions presque toutes matérielles de souillure, des erreurs, des omissions rituelles, ou sur le courroux d'un dieu, allumé par les hommages qu'on adressait à une autre puissance supérieure. La notion de la sainteté de dieu était, à l'exception de quelques rares Philosophes, totalement étrangère aux anciens dans leurs rapports avec les dieux. Ne connaissant pas davantage la véritable crainte de dieu, fondée sur sa sainteté, ils tremblaient devant la puissance d'êtres capricieux dont la faveur n'était obtenue que par des sacrifices constants, et robsen*ation minutieuse des cérémonies, et dont la colère s'enflammait à la moindre négligence dans leur culte. Les Philosophes rejetèrent ces idées, comme peu conformes à la vraie religiosité, en un mot comme superstitieuses; mais ils tombèrent dans l'excès opposé et affirmèrent, comme Sénèque entr'autres (2), que la divinité veut uniquement être

(1) Charact. 10.

(2) Ep. 47.

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honorée et aimée — qu'amour et crainte sont incom* patibles. Ils ne songeaient pas que la crainte est inséparable de l'amour d'un dieu saint.

85. — Ainsi rien n'était aussi vague, aussi subjectif que la notion de la superstition. Au fond, on traitait de superstitieux son voisin qui honorait d'autres dieux ou les mêmes dieux d'une autre manière, ou seulement qui répétait les mêmes cérémonies un peu plus fréquemment. Théophraste blâme les purifications des maisons, coutume très-chère aux Romains qui l'avaient reçue de leurs ancêtres. A ses yeux, c'est un acte de piété que de se laver les mains au sortir du temple, et superstition que de s'arroser d'eau lustrale. Polybe ditque la religion de Rome est dans son ensemble une déisidémonie habilement et politiquement organisée. Par contre, les Grecs des derniers temps devaient, par suite de leur éducation philosophique, respecter comme une marque de véritable piété, cequeleRomainrejetaitet persécutait comme des superstitions, c'est-à-dire le culte de dieux étrangers et exotiques, d'Isis, d'Osiris et d'autres : c La piété, disaient-ils, qui s'étend à tout, est aussi la plus parfaite (i). » Les honneurs qu'on rend aux dieux de la Grèce, de l'Asie et de l'Egypte tendent en définitive à glorifier le Dieu suprême, et négliger leur culte, c'est outrager celui-ci. Mais qu'il était dangereux de ne servir que ce Dieu suprême! < Garde-toi, disait le juge Rogatien à un chrétien, de t'attirer le courroux de plusieurs dieux, en n'honorant qu'une seule divinité (2). »

86. — Si, même en théorie, la superstition ne se distinguait pas de la religion, à plus forte raison ces deux choses se confondaient dans la vie pratique, et l'histoire nous en fournit de frappants exemples, dans trois célébrités des temps anciens, Sylla, Auguste, Alexan-

(i) Gels. ap. Orig g. Cels. 8.

(3) Ruinart, Act m. m. sine p. 281.

dre. Le dictateur Sylla, fameux par son rare bonheur, sa dégoûtante crapule et ses mœurs abominables, se regardait comme, le favori des dieux, et niettait cependant surtout sa confiance dans une petite idole de l'Apollon de Delphes; il la portait sur lui à la guerre, Tembrassait en face de Tarmée et lui demandait la victoire sur les ennemis (i). Chaldéens, oracles, songes, augures n'avaient pas de croyant plus soumis. Et ce même homme fit porter dans une autre maison son épouse mourante, de peur que le cadavre ne souillât son habitation (2). Auguste, qui dans les provinces de l'Empire se laissait adorer comme Dieu vivant, observait avec inquiétude les moindres présages, et tremblait quand par erreur on lui donnait le matin le soulier du pied gauche pour celui du pied droit. Il tenait aux jours, n'aurait jamais entrepris rien de sérieux aux Nones et ne se mettait pas en voyage le lendemain des nundinœ (5). Lui, le Grand-Pontife, le restaurateur religieux de Rome, voulut châtier Neptune pour avoir suscité une tempête qui engloutit une flotte, et défendit de porter l'image du dieu dans la procession qui devait se faire prochainement à l'occasion des jeux du Cirque. Dans un discours public contre le célibat qui n'était alors que trop fréquent, il invoqua^ pour déterminer les grands de Rome au mariage, l'exemple des dieux qui en avaient subi les lois. — La boutade d'Auguste contre Neptune nous fait penser à Alexandre. Celui-ci avait commencé par montrer des vues très-larges en fait de religion. A Troie il sacrifia à Priam et à Achille, honora le dieu Apis à Memphis, Baal à Babylone et Melcarth à Tyr. Son palais fourmillait de devins qui devaient sacrifier et se purifier pour

(i)Val. Max. 1. 2,1 Front. Slrat. 1, 11. Plut. Syll. 20.

(2) Plut. 35.

(3) Suet. Oct. 90-92.

lui, et il voyait un avertissement d'eii haut dans Tévénement le plus ordinaire. Mais quand son mignon Héphestion mourut, il entra dans une si grande fureur qu'il fit renverser les autels et brûler les images des dieux : sa vengeance s*acharna principalement sur Esculape,dont il fit brûler le temple. Plus tard, ayant tué Clitus dans un accès de fureur, ilsMmagina ou se laissa persuader par ses devins que la vengeance de Bacchus, irrité du peu de soin, que le roi prenait de son culte, Tavait poussé à cet acte déplorable (i). Les plus ardents zélateurs du Polythéisme s'emportaient ainsi contre tel ou tel autre dieu. Danslaguerre contre les Parthes, Julien voulut immoler à Mars Ultor dix taureaux de choix ; mais quand il s*agit de les conduire à Tautel, neuf d'entr'eux se couchèrent à terre et le dixième brisa ses liens. L'empereur courroucé jura par Jupiter de ne plus offrir de sacrifice à Mars (2).

4. — DÉCADENCE DE l' ANCIENNE RELIGION DE ROME. DIEUX ET CULTES ÉTRANGERS. — TAUROBOLES, PENCHANT AU JUDAÏSME. — THÉOLEPSIE, THÉOPOEfE. — CULTE DES IMA- GES. RAPPORTS DES HOMMES AVEC LA DIVINITÉ. — PRIÈ- RES.

87. — Sous les Césars Tancienne religion romaine était déchue; si le culte officiel et traditionnel de Janus et de quelques divinités saliennes et italiques subsistait encore, le peuple avait placé sa confiance ailleurs, c'est-à-dire, dans les dieux de la Grèce, de l'Asie et de l'Egypte. C*est à partir des guerres puniques que le

(1) Plut. Alex. 13. Cart. 8, 2, 6 Arrian. Exp. Alex. 4, p. 961.

(2) AmiQ. Marc. 24, 0.

m PAGANISME

système religieux des Grecs se plaça à côté de Tantique religion, en partie parce que le peuple réclamait des for* mes divines plus animées, mythiquement plus riches et en partie aussi par Finfluence des livres sibyllins et des quinze dignitaires chargés de les interpréter. Plus tard les deux cultes se mélangèrent; les dieux de Rome, sauf le petit nombre de ceux qui ne pouvaient être hellénisés, reçurent Tempreinte de la mythologique grecque, et plus d*un usage de la vénérable antiquité tomba dans Toubli. Ainsi, quand au milieu de grandes calamités, tous les moyens avaient été employés en vain, on choisissait jadis un dictateur pour enfoncer un clou dans le mur du temple de Jupiter. Depuis les Scipions personne ne semble plus avoir eu confiance dans ce clou et bientôt on n*en parla plus. Les Lectisternes, les supplications, les jeux des Feriœ Latinœ^ les promesses de grands présents, Tintroduction de nouveaux dieux conjuraient alors les calamités.

88. — Les religions étrangères devinrent de plus en plus nombreuses à Rome et portaient préjudice aux cultes existants. Au culte d*EscuIape et de «Cybèle venait de se joindre celui d*Isis. Les guerres de Mitbridate avaient fait connaître aux Romains la déesse Comanique Ha, dont les Grecs ne savaient dire si c*était une déesse de la guerre (Enyo), de la lune et leur Pallas (i). Les Romains la confondirent avec Bellone ou Duellone, divinité de Tancienne Italie, et bien qu'elle eût déjà un temple dans les environs de la métropole, ils lui érigèrent un nouveau sanctuaire, desservi par un collège de Bellonariens ou prêtres et prétresses cappadociens (2). Aux fêtes de la déesse ces c fanatiques »,

(1) Plut Still 9.

(2) Orelli, Inscript. 73S6 2317. Acron. ad Hor. Serm. % 3, !2^.

vêtus de noir, parcouraient la ville et se servaient des mêmes moyens que les prêtres de Gybèle, pour se mettre dans un état de surexcitation voisin du délire. Devenus insensibles à tout, ils lançaient des prédictions et se faisaient, au moyen d'une double hache, de profondes entailles aux bras et à d'autres parties du corps. Le sang qui en découlait était reçu dans un petit bouclier et devenait le breuvage d'initiation de ceux qui voulaient se consacrer à la déesse (i). Il fallait une assez grande habileté pour faire couler le sang d'une blessure peu dangereuse : aussi Commode ordonna que les Bellonariens eussent à faire des entailles plus profondes {±).

89. — Tel était l'attrait des divinités vagues, mystérieuses, que l'ignorance, oii l'on était du caractère de la déesse, dont nous venons de parler, semble avoir été son principal titre de recommandation pour les Romains. Le clilte qui s'entourait de mystères, était regardé comme plus efficace, plus salutaire que les cérémonies publiques de la religion de l'Etat, et ce préjugé fut partagé par les plus grands hommes de l'antiquité. La philosophie n'en sut pas préserver Marc-Aurèle. Dans la guerre des Marcomans, il manda auprès de lui des prêtres de toutes les contrées, et s'occupa à Rome de cultes étrangers, tant que l'armée commença à s'impatienter. A cette occasion de nombreuses hécatombes furent immolées et les plaisants du temps prétendirent que les taureaux blancs avaient écrit à l'empereur : si tu triomphes, nous sommes tous perdus (s). Il fit sur Toracle du Gète Alexandre, jeter dans le Danube deux lions et une masse d'herbes aromatiques; mais les

(I) TibuU. I, 6, 43 Tertul. Apol. 9. Uct. 1, 3i. Juven. 6, 311. (i) Lamprid. Commod. 9.

(3) Amm. Marc. 25.

!24i PAGANISME

lions s*échappèrent à la nage; au lieu de vaincre, les Romains essuyèrent une sanglante défaite et 20,000 des leurs jonchèrent le champ de bataille (i). Sur ce, César eut recours à un prêtre égyptien, nommé Arnuphis, attribua aux incantations de cet homme la pluie bienfaisante, qui lui assura la victoire dans une seconde bataille (â) et aflScha dès lors un grand zèle pour les dieux de TEgypte. Dans des inscriptions romaines, il se donne le titre d*adorateur de Sérapis et, dans une courte excursion quMl fit en Egypte, il se conduisit, dit-on, dans tous les temples, dans les bosquets sacrés, comme les habitants et les philosophes du pays du Nil (s).

90. — Sous Domitien, on vit les cités de THellespont, effrayées par un tremblement de terre, se cotiser pour offrir un sacrifice secret à Poséidon par le ministère de prêtres Chaldéens et Egyptiens, qui n'exigèrent pas moins de dix talents (a). A vrai dire, quand il s'agissait de tremblement déterre, le danger était pres>sant, parce que dans les invocations et dans les sacrifices, on pouvait facilement prendre un dieu pour un autre et irriter ainsi celui qui avait envoyé cette calamité (5).

91. — On le voit: le siècle avec ses aspirations religieuses, était à l'étroit dans les anciennes traditions. On n'avait plus confiance dans les dieux nationaux qui n'avaient pu préserver leurs peuples fidèles du joug de Rome : par la chute des institutions politiques, le fondement des cultes avait été fortement ébranlé. Les

(1) Lncian. Pseadomant. 48. Comp. Jablonskii opusc. éd. Te Water» IV, 29 sq.

(2) Dio Cass 11, H83. éd. Reimar. Suid. s. v. ^UvXmv^ç,

(3) Jol. Capit. vit. M. A. 0. 26.

(4)Phi1ostr.v.A,0, 41.

(5) Amm. Marc. 17, 7.

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hommes qui se savaient membres (ï\in empire qui, dans son immensité» embrassait presque toutes les nationalités et toutes les religions, se dégoûtèrent de voir éparpillée à Tinfini la nature divine et ia cohue de dieux et de déesses, aux prétentions exorbitantes; l'incertitude pénible qui planait sur eux et sur leurs cultes, ne pouvaient qu'augmenter cette répulsion. On appela de tous ses vœux une divinité à laquelle on pourrait se dévouer entièrement, dont on implorerait avec confiance le secours dans toutes les conjonctures, sans être forcé de se tourner avec inquiétude et hésitation, tantôt vers l'une et tantôt vers l'autre puissance. A cela cependant ne se prêtaient guôres les dieux helléniques avec leur spécialité fortement caractérisée et l)ornée par leur dépendance vis-à-vis d'un Olympe bien peuplé; les dieux de TEgypte, dont l'être était moins individualisé et plus voilé, comme Isis etSérapis, ou les divinités solaires de l'Orient répondaient mieux à cette aspiration.

di. — Plus que tout autre, on vit fleurir le culte d'Isis, qui à partir d'Alexandre avait commencé à se répandre dans les contrées où la langue grecque était en usage. L'attrait de ce culte a dû être bien puissant, pour qu'à Rome même, qui ne l'avait pas toléré d'abord, les empereurs Othon, Vitellius, Commode, Caracalla et Alexandre en devinssent les zélateurs. La déesse, au dire de ses prêtres, opérait des guérisons merveilleuses qui, selon Diodore, la firent connaître à Tunivers entier («) : les Grecs lui donnèrent droit de cité, après avoir revêtu son mythe d'une forme toute nouvelle et les Orphiques relevèrent à la dignité de reine toute-puissante de la nature et du monde des dieux. Elle remplaça Déméter, Perséphone, Artémis,

(1)Diod. 1,25.

Hécate, devint dispensatrice de la nourriture, déesse des régions souterraines, maîtresse de la mer et déesse de la navigation. On la transforma aussi en Fortuna. D*un autre côté, un esprit à tendances physico-philosophiques vit en elle toute la nature femelle passive ou matière, en opposition avec la force virile du soleil; d'autres y virent Thumidité, mère universelle de la vie. Ainsi elle se confondait avec Rhée, avec la mère Phrygienne et la déesse Syrienne d*Hiéropolis : son être perdit insensiblement tout contour et ne représenta bientôt plus que la nuit primordiale du chaos, du sein de laquelle tout est sorti (i). Sa personnalité était donc détruite et celui qui cherchait une divinité universelle ne trouva plus qu'une creuse et fantastique abstraction. Des inscriptions la nomment, dans un sens évidemment panthéistique, « Tunique qui est tout (2). 1

93. — Mais ce n'étaient pas là les notions du peuple, qui honorait risis «o/utom (comme on la désigne dans un grand nombre d'inscriptions), qui découvrait des remèdes, révélait en songe aux malades ce qui leur rendrait Ja santé, et surtout guérissait la cécité. Aussi l'incubation se pratiquait-elle dans ses temples, dont les murs étaient couverts d'ex-^oto (3).

94. — Dans le culte d'Isis, établi d'une manière permanente ou exercé par des prêtres errants, il y avait toujours à côté de la Déesse le chien Anubis. On représentait dans tous ses détails, avec les lamentations les cris de joie traditionnels, le drame d'Osiris perdu et retrouvé. Celles qui y prenaient part, retraçaient le deuil et méritaient les faveurs de la déesse en jeûnant neuf jours et autant de nuits, dans un éloignement complet

(1)Plut. delsid. 56. Jambl. Hyst. i£g. 8,5. Simpllc.in Arist phys, au$.4, p. 150.

(2) Orelli, Insc. n. iSTl.MominseD, Iqsc. R. neap. n. 3580.

(3) Tibull. 1, 3. 27.

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des hommes. Les fautes, les négligences étaient dénoncées par les mouvements de tête du serpent d'argent, que rimage de la déesse portait à la main gauche, et on les expiait en donnant des oies et des gâteaux aux prêtres (i).

95. — Sérapis, dont l'Egypte elle-même ne connaissait pas le vrai caractère devint, à partir du premier siècle de l'ère chrétienne, un dieu universel et son culte se propagea rapidement. Dans un oracle il avait, disaiton, répondu à Nicocréon, roi de Chypre: «le ciel est ma tête, la mer mon corps, la terre mes pieds et mes oreilles sont dans l'Ether. » Ordinairement il passait pour le dieu du soleil ou s'identifiait avec Zeus. Selon Aristide il règle les vents, rend l'eau de mer potable, ressuscite les morts, montre aux mortels la lumière du soleil, préside à la vie de l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe, et dispense la sagesse et les trésors (2). C'était avant tout un dieu sauveur, qui d'une manière indirecte, c'est-à-dire par l'incubation des prêtres dans le temple, révélait aux malades les remèdes efficaces. Sérapis absorba tous les autres dieux ou se confondit avec eux ; témoin le vers de Julien : « Un Zeus, un Hades, un Hélios est Sérapis. » M ithras, Attis, Jupiter, Âmmon, Adonis, s'identifièrent aussi avec lui (3).

96. — Le culte de l'auguste mère des dieux, de la Grande Déesse de l'Ida, non-seulement se maintenait, mais faisait d'étonnants progrès. Ce qui contribuai ta sa propagation, ce sont les courses des Galls ou mutilés volontaires, qui paraissaient partout comme des monuments vivants de la puissance de la déesse. Comment expliquer l'état extatique dans lequel ils se livraient à une opération douloureuse, si ce n'est par l'influence

(i) Juveo. 6, 553-5it.

(9 Arist. Or. in Serap. p. 82 sq(}. Diud.

(3) Mart. Cap. p. 233. Kopp. Jul. Or.

rrrésistible de la Grande-Mère, devant laquelle s*inclK nèrent Atbônes et Rome (i), qui avait officiellement reconnu ses prêtres? Juvënal peint avec des couleurs saisissantes la superstitueuse rudesse de ce culte: il nous peint le sauvage archigalle, dominant de sa voix formidable le vacarme de ses subordonnés et le bruit des cimbales, dans les groupes qui le suivent: il épouvante les femmes fidèles en annonçant les dangers de Septembre et les fièvres d'automne qu'apporte le vent du Sud. Elles achètent leur sécurité au moyen d'un centd'œufs et de vêtements déjà portés, où le Galle renferme les terribles miasmes de la saison (i).

07. — Au culte de la mère des dieux se rattachaient les rites austères du Taurobole et du Criobole, un des actes les plus solennels, et, comme on cicoyait, des plus efiicaces du paganisme à son déclin. Les ablutions, les Ittstrations si fréquentes dans les cérémonies grecques et romaines ne sufiisaient plus: on arrosait d'eau, pour les consacrer aux dieux, les maisons, les temples, les villas, des cités entières (5). On conduisait ou portait tout autour des animaux vivants, des bœufs, des brebis, des porcs, des chats, des chiens : on se servait des cendres des sacrifices ; on aspergeait du sang des victimes les objets et les personnes, et les purga^ menta, ou objets qui avaient servi aux purifications, étaient ensuite jetés dans les flots et sur les carrefours. Ovide nous peint les marchands de Rome s'arrosant eux-mêmes et leurs marchandises de l'eau de la fontaine de Mercure à la porte Capène, pour expier ainsi les mensonges, les tromperies, les parjures dont ils s'étaient rendus coupables (4). Qu'un bain de rivière ou

(1) Cic. de Leg. 2. 0.

(2) Juvenal. 6, 511-521.

(3) Tertull. de bapt. c. 5-

(4) Oild. Fast. 5, 075-090.

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une ablution suffisait pour effacer tout les crimes, le meurtre compris, c*était-là, d'après Ovide et Tertullien, une croyance reçue, une coutume immémoriale. « Insensés, (dit le Poète), qui par un bain (i), croyez échapper au châtiment d*un meurtre abominable! » — Cependant le sang, siège de la vie, surtout quand il s^échappait chaud et vif des entrailles des victimes égorgées, continuait à être regardé comme le remède souverain ; celui qui s*en laissait couvrir et tremper effaçait toute faute, toute souillure et était sanctifié pour un grand nombre d'années. Telle fut l'origine des Tauxoboles et des Crioboles. On creusait une large fosse qu'on couvrait d'un plancher percé de trous, et sur ce plancher était immolée la victime, bœuf ou bélier, dont le sang filtrait comme une pluie à travers les trous. Le patient qui se trouvait dans la fosse le recevait sur tous ses membres, et avait soin que les yeux, les joues, les lèvres, le nez et surtout la langue en fussent arrosés (%). Dégouttant de sang, il sortait de la fo^se et se montrait à la foule qui le saluait comme un être pur et sanctifié, et se jetait respectueusement à ses pieds. Les vêtements ainsi imprégnés du liquide sacré étalent portés, jusqu'à ce qu'ils tombassent en lambeaux (3). Un taurobole purifiait totalement le patient pour vingt ans et lui conciliait les faveurs des dieux ; ce temp^ écoulé, il s'y soumettait 4e nouveau. Un $extiUus(£désius assurait cependant avoir été régénéré pour l'éternité par le Taurobole et le Criobole (4).

98. — On y recourait non-seulement pour sa propre purification, mais aussi pour le bonheur d'autrui,

(t) Ovid. Fast. 2, 45.

(2) Pnid. Peristep. 10, 101 sq. Firm. Mat. de err. prof, relig. c. 27.

(3) V. les vers édités par Saumaise, chez Van Dale, Diss. »• Amstelod. 1743, p. 40.

(4) Ap. Van Dale, 1. c. p. 127.

surtout pour la conservation de TEmpereur et de la famille impériale. Quelquefois la Déesse Fordonnait par la bouche de son Pontife (i). Des villes, des provinces entières organisaient ce rite pour le salut de l'Empereur, et alors c'étaient ordinairement des femmes qui recevaient dans la fosse la pluie de sang. Le tout se faisait avec la plus grande solennité: à un taurobole de Dié on vit officier les prêtres de Valence, d'Orange et de Viviers (s). La ville de Lyon en offrit un à Rome sur le Vatican pour le salut de l'Empereur Ântonin ; i£milius Carpus qui s'y était soumis à l'expiation, porta l'os frontal et les cornes dorées du taureau à Lyon, et toute la population les reçut en grande cérémonie.

99. — Le premier Taurobole connu remonte à Tan 133. C'est une inscription ^ui nous l'apprend (3); car cet acte, même quand il s'agissait d'un particulier, était regardé comme assez important et assez efficace, pour être transmis à la postérité. Le sacrifice de 133 ne fut cependant pas, comme les autres, offert à la déesse Phrygienne, mais à la Celestis de Carthage,qui au fond était la môme divinité que Cybèle. On croit communément que le Taurobole est une imitation du baptême chrétien ; mais c'est là une erreur. D'abord il remonte à un temps où les Païens ne songeaient guère à imiter les rites du Christianisme — à un temps dont les auteurs, comme Plutarque, Pline, Dion Chrysostôme, Aristide, Pausanias ne connaissaient pas les chrétiens ou les accablaient d'un dédaigneux silence. Ensuite, les Païens avaient depuis longtemps dans les ablutions et les lustrations, quelque chose qui ressemblait au

(1) Ex vaticinatioue Piisooii Juliani Archigalli, est-il dit dans rinscriplion découverte à Tein surleRbône. Colonia Hist. lilt.deLyon,p.206. — Quelquefois ex imperio matm D, Deum,

(2) Colon. 1. c. p. 223.

(3) Mommsen. Inscr. R. Neap. n. 2602.

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baptême chrétien. Si au quatrième siècle, les Tauroboles se multiplièrent extrêmement ; si les hommes d'Etat et les prêtres païens se soumirent à cet abominable rite, il est possible qu*à cette multiplication ait contribué le besoin d*un sacrement, dans l'efficacité duquel on pût avoir laconfiance que leschrétiens plaçaient dans le baptême et dans la communion.

100. — Chose étonnante ! au milieu de ce choc de religions, dont chacune faisait des promesses, plus brillantes que l'autre, on voit, dès Auguste, le Judaïsme gagner du terrain. Cette religion qui n'avait ni idoles, ni nombreux sacrifices — qui hors du temple de Jérusalem, était si peu riche en cérémonies, formait avec les cultes païens un frappant contraste. Mais la conscience des Gentils, tourmentée et comme déchirée par la foule des dieux aux hautes prétentions, ne trouvait nulle part le repos et aspirait sans le savoir, à un dieu unique, pouvant et sachant tout. C'est cette aspiration intime qui explique comment le dieu de l' Ancien-Testament gagna de nombreux prosélytes païens, à Rome et dans les villes où des Synagogues s'étaient élevées. Il était et voulait être le seul Dieu, et ne souffrait pas de rival : aucun mythe ne s'attachait à son nom ; voilà ce qui gagna l'imagination fatiguée du Gentil, qui cherchait un être élevé et moins anthropomorphique que les divinités vulgaires. D'ailleurs, l'observation du Sabbat, l'abstinence de certains aliments, la prière, n'étaient pas un joug intolérable, — Thomme.est ainsi fait : son cœur trouve le repos dans les prescriptions austères d'un culte nettement formulé.

101. — Cependant le dieu des Juifs était alors bien peu connu, bien peu compris du grand nombre. Juvénal assure que les Juifs n'adorent que les nuages et le firmament vide (i). Strabon, qui ailleurs montre tant

(I) Sat f4, 96 sq.

de sagacité, affirme que le dieu de Moïse est ce que les hommes appellent ciel, monde, nature de Tunivers (i). Celse prétend aussi que les Juifs adorent le ciel (2). En dépit de ces erreurs et, malgré le mépris et l'exécration dont les Juifs étaient l'objet, un grand nombre de prosélytes observaient laloi Judaïque etSénèque pouvait dire avec vérité : les coutumes d*un peuple détesté ont trouvé accès dans toutes les contrées, et les vaincus ont donné la loi aux vainqueurs. Le Sabbat était pour ce philosophe une nouvelle forme de la superstition : on perd, disait-il, la septième partie de son existence à ne rien faire ; on s'expose à bien des pertes, en laissant échapper le moment propice (3).

102. — Une autre tendance, extrêmement contagieuse, resta toujours vivace au sein du Paganisme: on voulait par toutes sortes de moyens, se mettre dans un état de surexcitation corporelle et intellectuelle, qui allait parfois jusqu'au délire des bacchantes, et que spectateurs et acteurs regardaient comme provenant des dieux et faisant partie de leur culte. A ces excès ne se livraient pas seulement les personnes attachées à Tun ou à l'autre des collèges de prêtres et pour qui comme pour les Bellonariens, c'était une affaire de métier. Bien d'autres étaient comme possédés de dieu et erraient çà et là. On les appelait c Fanatici, » parce qu'ils se tenaient ordinairement près des temples ; avec les fumées des sacrifices auxquels ils assistaient avec assiduité, ils aspiraient, croyait-on, le « Numen » ou esprit divin (4). Ces théoleptiques, sales, les yeux hagards, les longs cheveux en désordre, agitaient la tète et se livraient à

(1) Strab 10, p. 760.

{V Orig. c. Gels, i, p. 18 ; 5, p. 254.

<5) Ap. ADg. C. D. 0, fi,

(4) Tertul. Apol. 23.

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des contorsions violentes et jettaient des paroles entrecoupées comme si le message du dieu, qu'il» devaient annoncer aux hommes, ne sortait qu'avec peine de leur poitrine (i). Cet état devait être très-commun chez les Grecs qui avaient dans leur langue des termes nombreux pour l'exprimer. De leur côté, lesjuristes Romains examinaient froidement si la vente était nulle, quand Facheteur apprenait plus tard que son esclave avait été un de ces Fanatiques à tête tournoyante et à prédictions (2).

103. — Ainsi, depuis l'oracle de Delphes jusqu'à l'exaltation fiévreuse d'un esclave, les dieux avaient les moyens les plus nombreux, les plus variés pour faire connaître leur volonté. Et cependant au sein de cette abondance de révélations divines, les âmes n'étaient pas satisfaites et aspiraient à quelque chose de plus relevé. Ce n'est pas que les croyants manquassent ; au contraire, pour attirer un auditoire nombreux et trèsbien disposé, il suffisait d'employer le nom de la divinité, de se prétendre inspiré par elle et de jouer ce rôle avec une certaine adresse. « Qu'un individu, dit Sénèque, agite le Sistrum (un prêtre d'Isis) et débite des mensonges commandés — qu'un autre se meurtrisse habilement (un prêtre de Bellone) et fasse jaillir le sang des bras et des épaules — ou qu'en rampant sur la voie publique il jette des cris effroyables — qu'un vieillard revêtu d'une tunique de lin, couronné de lauriers et muni en plein jour d'un flambeau (un prêtre Egyptien), crie de toutes ses forces qu'un dieu est courroucé — vous accourez en foule et vous dites : cet homme est inspiré et poussé par les dieux » (3). 104. — Cette exaltation religieuse, c«8 possessions

(l)Firinic. Hathes. 3, 7 Minuc. Oct. 27.

(»),Digc$t.21, i,l, 9.

(3) De vit. beat. 27.

divines, vraies ou affectées étaient plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes; au moins n*en voit-on pour ces dernières que de rares exemples. Cependant le joug des superstitions païennes pesait doublement sur le se\e. Romains et Grecs, Caton et Plutarque avaient beau poser en principe que la femme ne devait avoir d'autres dieux que son époux; si depuis longtemps, les hommes avaient brisé les anciennes barrières, les femmes se contentaient encore beaucoup moins des anciennes divinités et des cérémonies simples de la tradition. La crainte et Tespérance ont plus de prise sur la femme; le sentiment, Timagination la maîtrisent, les passions l'emportent; Tirritabilité de ses organes ne supporte ni le doute, ni l'incertitude ni examen calme, ni contrainte. Aussi elle se jetait avidement sur un culte, quelque nouveau, quelque bizarre qu'il fût, dont un esclave, un jongleur, ou un prétrecupide venait lui vanter l'eflScacité. Lies femmes grecques de ce temps-là honoraient, dit-on, des dieux que leurs maris ne connaissaient pas même de nom. Les Romaines, d'après Juvénal, se seraient, sur l'ordre d'un prâtre d'Isis, montrées nues sur les bords du Tibre, pour ramper ensuite du champ de Mars au temple de la Déesse de l'Egypte (i). Le culte mystérieux des Thésmophories et de la bonne Déesse, que les lois attribuaient exclusivement aux femmes, ne pouvaient que les faire soupirer plus ardemment — encore après un culte qui aurait donné satisfaction à leurs passions.

lOS. — Sénèque nous décrit la manière dont les Romains honoraient leurs dieux sur le Capitole, et nous pouvons en conclure quelles ont dû être les pratiques religieuses des femmes. < L'un, dit-il, place à côté du dieu une divinité rivale : l'autre montre l'heure à Jupiter; un troisième fait l'huissier ou imite les ges-

(i) Sat. 6, 522.

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tes du coiffeur. Un troisième s'occupe de la chevelure de Junon et de Minerve, et fait non-seulement devant les statues, mais aussi devant les temples des mouvements de doigts, comme s'il frisait les déesses. D'autres leur tiennent le miroir, les engagent à se porter caution pour eux, leur adressent des suppliques ou les entretiennent de leurs procès. — Des artistes en tout genre y passent leurs temps et offrent leurs services aux immortels. » Voilà ce que faisaient les hommes. « Des femmes, ajoute Sénèque, s'accroupissent aussi là, qui se croient aimées de Jupiter et ne se laissent pas intimider par Junon (i).»

406. — La Théopœie — l'art de renfermer les dieux dans leurs statues, de les forcer par des rits et des chants à se fixer dans un nouveau jour — continuait à s'exercer surtout par des prêtres Grecs et Egyptiens et des Goètes. On en parlait comme de l'acte le plus efficace, le plus saint de la religion (s) et des écrits parurent, où Hermès apprenait à son fils Âsclépîas qu'au moyen d'une science secrète dont il avait la clef, on pourrait animer les statues et forcer les dieux à s'unir à elles comme l'âme est uni au corps (5). Entre temps, les dieux s'avisaient parfois, et cela à l'effroi du peuple, de quitter leurs statues et leurs temples, non pas en secret, mais après avoir annoncé leur départ d'avance. Les statues roulaient de leurs piédestaux ou, ce qui était plus fréquent, les portes du temple s'ouvraient d'elles-mêmes durant la nuit. Les historiens de Rome attestent que dans les grandes catastrophes, on trouva plus d'une fois sur le Capitole ou sur le Forum, les traces des dieux disparus (4).

(I) Awg C. D. 6, 2. — (2) Orig. c. Cels. 7.

(3) Ap. Aug. C. D. 8, 1.2.

(4) Voyez les pass. recueillis par Ansaldi: De DiisBomam evocatis, Brix. 1743,p.l9.

107. — Selon Lucien qui peint d'après nature la religion de son temps et expose avec impartialité les croyances populaires — la foule adressait directement des hommages aux idoles de bois, de pierre, de métal — et voyait dans ces images les demeures terrestres, et pour ainsi dire, l'enveloppe corporelle de la divinité. « Plusieurs d'entre vous, dit son Cynique à Zeus, étaient d'or ou d'argent et ont du se laisser fondre, quand le destin l'a voulu (i). » Voici comment il parle du célèbre Jupiter de Phidias : ceux qui en^ Iraient dans le temple, ne songeaient pas à l'or ou à l'ivoire, mais croyaient contempler le fils de Chronos et deRhée, transporté sur la terre par Phidias (%) , Dans une scène divertissante de Zeus tragique, Hermès est chargé d'indiquer aux dieux leur place d'après leur valeur respective ; et il s'ensuit que Bendis et Anubis, Attis, Mithras et Lunus, tous dieux barbares mais faits d'or, ont la préséance sur les divinités helléniques, faites tout au plus d'ivoire et ordinairement de pierre ou d'airain.

108. — Si Lucien est un railleur impitoyable, Plutarque fait sérieusement la même réflexion et se plaint amèrement de ce que les Grecs entretenaient ce préjugé, en appelant Dieu les images de pierre ou de bronze qui les représentaient. Et puis, continue-t-il, ils disent que Lacheres a déshabillé Athéné, que Dionysius a coupé les boucles dorées d'Apollon, que le Jupiter Capitolin a été brûlé durant la guerre civile (3). — Stilpon fut banni d'Athènes, pour avoir dit que la statue de Minerve par Phidias n'était pas une divinité (4).

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