C'est cette même idolâtrie, prise dans le sens
(1) Jup. Gonfut. 8.
())Desacrir.ii.
(3)DeIsid 11.
(4) Diog. Laërt. 2, 116.
ET judaïsme. Util
le plus strict» que Sénèque reproche aux Romains. On adore, dit^il, les images des dieux: on implore leur secours à genoux : on reste devant elles des journées entières et on leur jette une pièce de monnaie ou leur immole des victimes. Et tandis qu*on leur rend ces honneurs suprêmes, on méprise les hommes qui les ont façonnées (i). — < Moi-même, dit un homme que ses connaissances placent à la tête de son siècle — moimême je vénérais, il n'y a pas longtemps, des dieux, à peine sortis du four ou échappés à Tenclume, Tivoire, les tableaux et de vieux arbres entourés de bandelettes. Je rendais mes hommages à la pierre, enduite d'huile d'olive, que je rencontrais sur la route ; j'adres* sais mes vœux et mes prières à ce bloc insensible, outrageant les dieux mêmes dont j'admettais l'existence, parce que je les croyais de bois, de pierre ou renfermés dans ces matières (2). »
110. — Chose étonnante! le culte des simples pierres, dont parle ici Arnobe, se maintint longtemps chez les Grecs aussi bien que chez les Romains. Déjà Théophraste signale, comme superstitieux, l'usage de ne passer devant les pierres saintes des carrefours sans y répandre de l'huile, s'agenouiller devant elles et leur rendre les hommages. Lucien dit la même chose de Rutilien, romain distingué (s). Chacun, parait-il, avait soin de placer à sa villa ces pierres là. Apulée fait à un de ses adversaires un crime de n'avoir sur ses terres ni bosquet sacré, ni pierre ointe, ni rameau couronné (4).
111. — En scrutant les convictions religieuses de cet âge — ensedemandant pour quels motifs on s'asser-
(1) Ap.Lact.2,2.
(2)Arnob.l,39.
(3) Pseudomant. 30.
(4) Apol. p. 349.
vissait à des cidies vexatoires et absorbant une grande partie de la vie — on sera forcé de reconn^tre que les nobles aspirations de Tâme, ni les besoins moraux des hommes n*y avaient pas ou prescpie pas de part. Ce qui manquait, c'est pour le dire en un mot, la conscience de la sainteté de Dieu et le besoin de la sanctification de l'homme. Celui qui priait n'exposait pas aux dieux l'état de son âme : les pensées, les mouvements, la volonté ne regardaient nullement la divinité qui d'ailleurs ne s'en serait pas occupée. Les dieux, disait-on quelquefois, ne savent rien de tout cela. L'idée d'un dieu qui sait tout, aurait épouvanté le grand nombre: il leur répugnait de n'être jamais seuls, de se trouver toujours sous les yeux d'un être supérieur qui sonde leurs affections et leurs pensées. Un dieu, dit le païen Cecilius (t), qui veille soigneusement sur les démarches et même sur les paroles et les pensées secrètes de l'homme, est un être importun, insolent et curieux, incapable de servir les individus, parce qu'il erre en tous lieux et s'occupe de tout — insuffisant pour le tout, parce qu'il s'occupe constamment des détails. La philosophie du temps en jugeait de même. Le genre humain, dit Sénèque, dépend certes de la providence divine ; mais ce n'est que par intervalle que les dieux s'occupent d'un homme en particulier (2). Plutarque adopte les idées d'Euripide qui avait dit que la divinité laisse au hasard les vétilles, pour ne s'occuper que des événements les plus importants (5). Gotta donne cela chez Cicéron pour la doctrine constante des Stoïciens (4) ; il ne convient pas à la majesté des dieux du ciel, di-
(i) Miuuc. Oct. 10.
(2) Ep. 05.
(3) Prsec6pt. ger. reip. 15. p. 811.
ET judaïsme. â59
saient les Platoniciens, de s'intéresser trop vivement auK petitesses de la terre (i). Cependant on croyait communément que tel ou tel dieu produisait dans le cœur des mouvements soudains, des passions irrésistibles. Toujours on était prêt à mettre sur le compte d'une divinité une action qui faisait rougir. « Le dieu m'y a poussé, » dit chez Plante un fils de famille qui a séduit une servante (2).
112. — La prière païenne ne comprenait pas l'examen de l'état de l'âme, l'épreuve de soi-même ; concilier les deux choses eût paru trop difficile, voire même absurde à ce siècle. On ne soupçonnait pas même que ce pût être un devoir de rentrer en lui-même et de là, malgré les conseils réitérés des Stoïciens, cette crasse ignorance des mystères du cœur. < Pas un seul, non pas un seul d'entre nous, qui approfondisse son cœur; tandis que nous remarquons bien vite le fardeau qui accable celui qui marche devant nous (3). »
113. — On demandait donc aux dieux les richesses, les commodités, le bonheur de la vie ; le succès d'une entreprise ; mais personne ne songeait à demander les biens moraux. Que Jupiter me donne vie et richesse, dit Horace ; le calme de l'àme, je saurai me le procurer moimême (4). Si Epictète et Marc-Aurèle font ici exception, Sénèque enseigne formellement que — l'homme doit se rendre lui-même heureux — il est honteux d'importuner pour cela les dieux — il faut parla vertu qu'on se donne soi-même, devenir l'égal delà divinité, au lieu de ramper à ses pieds (5). Maxime écrivit une dissertation
(1)Apii].deD6osoer. p. 669. sq. Neque eDim pro msJesUte Deum Cœlestium Aient haec curare.
(2)AuluI.4, 10,7.
(3) Pers. Sat. 3, 23 sq.
(4) Serra, i, 17.
(5) Epist. 31, 4i. Eu disant à un ami : Roga bonam mentem, bonam
pour prouver qu*il faut abandonoer entièrement Tosago de la prière; les choses de ce inonde dépendent, selon lui, d*une providence divine, dont les arrêta siNftt immuables — déterminés par un destin qui ne change pas ou enfin par le hasard: dans tous les cas, la prière est inutile et absurde (t).
114. — En se plaçant au point de vue d*une autre religion, on s'attendrait à voir, dans la corruption de ce temps, Tusage de la prière entièrement abandonné. Il n'en fut cependant pas ainsi dans le Paganisme, et ce n*est pas de la diminution des sacrifices ou des prières que se plaignent ceux qui nous ont dépeint les mœurs de ce siècle; ils nous effraient en exposant ce qu'on demandait aux dieux. On leur demandait la mort d'un oncle riche, la découverte d'un trésor perdu, le succès d'une altération de testament, l'occasion d'assouvir des passions infâmes (i). Les mères de famille offraient des sacrifices pour le bonheur de baladins et d'acteurs, avec lesquels elles vivaient en adultère (5) et, pour rendre ces prières plus efiicaces, on vient le matin, dit Perse, plonger trois fois la tête dans le Tibre. Au reste, les dieux ne donnaient rien pour rien : le succès d'une affaire importante ne s'obtenait que par la promesse d'une grosse somme d'argent. Le Sénat donnait l'exemple et avait coutume de promettre, dans les cas importants, mille livres d'or au temple de Jupiter Capitolin (4). Heureusement pour ceux qui étaient moins riches, on pou-
valetudinem animi (Ep. 41) Socrate parlait d*une situation physique, qui n'est pas au pouvoir de lliomme, I*opposé par conséquent du délire et de Texaltation.
(1)Diss.. 11, p. 155. sq.
(2) Pers. Sat. 2, 3sq. Petron. 88. 7. sqq. 85, 5.
(5)Juven. 6, 566-378.
(4) Petron. 1. c.
vait aussi assurer le succès de la prière en raccompa* gnant de certaines formules, cérémonies, exorcismes ou offrandes ; seulement, il était alors aussi dangereux que facile, de mal' prononcer un nom ou d'omettre un petit détail. Le courroux du dieu s*enflammait, et pouvait se décharger d*une manière épouvantable sur l'imprudent qui lui avait donné un nom peu convenable (i).
lis. — Les détails de la vie des Grecs de ces temps nous étant très-peu connus, nous ne saurions affirmer qu'ils suivissent les aberrations des Romains. Nous savons cependant, par Artémidore, que chez eux aussi on renonçait pour toujours au culte des dieux, quand on était frappé d'un grand malheur (i). Dans les lettres d*Aristénéte, une femme adultère supplie les dieux de lui fournir les moyens de voir son complice (s). Les épigrammes de l'Anthologie invoquent les dieux pour qu'ils favorisent la perpétration du méfait inséparable du nom Grec (4).Théocrite représente un jeune homme fhtppé de la foudre devant la statue d'Eros, pour avoir repoussé d'infi&mes propositions (5).
116. — Ceux dont les prières ou les voeux n'étaient pas exaucés, se tournaient naturellement contre les dieux, se répandaient souvent en blasphèmes et outrageaient parfois les statues. Germanicus, Titeet Serrien, qui fut livré au supplice sous Adrien, ont au moment de la mort, accusé les dieux d'injustice et vomi contre eux des malédictions. Cette irritation perce même dans les inscriptions, placées sur la tombe d'un parent ou d'un ami, emporté par une mort prématurée. On dit,
(1) Arnob. 3,43.
(2) Oneirocr. 2, 133. p. 199.
(3) Ep. 2, 15.
(4) Meleag. epigr. 22 ; 5 Automed. epigr. 2.
(5) Idyll. 23.
par exemple, sur Tépitaphe d*un enfant de cinq ans : c aux dieux injustes qui m*ont ravi l'existence, » et dans celle d'une jeune fille de vingt ans, nommée Procope: c Je lève les mains contre le dieu qui m'a fait mourir, malgré mon innocence (i). »
117. — Un trait digne d'être signalé, c'est qu'on ne promettait ou ne demandait pas souvent à autrui le concours de sa prière. Par contre on offrait fréquemment des sacrifices pour les autres et pour autant qu'on y ajoutait une prière, on peut dire que l'intercession ou le suffrage était loin d'être inconnu au Paganisme. On n'en redoutait, comme Pline le constate, que plus vivement les malédictions (s); car on attribuait un plus grand pouvoir à la haine qu'à l'amour des hommes, et l'on croyait que les puissances divines exauçaient plus facilement le cri de la vengeance que la bénédiction de l'affection.
8. -— ATTACHEMENT AUX ANCIENNES RELIGIONS. — CULTE D'APHRODITE — MYTHES — LEUR INFLUENCE — LEURS REPRÉSENTATIONS MIMIQUES — IMPUDICITÉ DANS LES TEM- PLES — JONGLERIES RELIGIEUSES OU GOÉTIE.
118. — Ce serait une erreur de croire que dans l'époque qui va d'Auguste aux Antonins, l'incrédulité fût universelle. En dehors des villes, les masses étaient inviolablement attachées aux cultes qu'elles avaient reçus de leurs ancêtres. — Du temps de Pausanias, les populations rivales de la Grèce croyaient fermement les légendes des dieux et des héros et conservaient les
(i) MabiU. it. It. 77.
ET judaïsme. 263
souvenirs d'un âge où les < dieux venaient s'asseoir sous le toit et à la table des mortels. » La fable de Chronos et de sa déchéance trouve, dit Sextus Empirieus, beaucoup de croyants (i). On montrait encore les cendres du bûcher des enfants de Niobé, les pierres d'Amphion, les cyprès d'Alcméon (2) ; en Phocide on croyait que les alouettes ne pondaient pas d'œufs à cause de Térée ; Delphes conservait la pierre que Rhée avait donnée au vorace Saturne. « Ils croient, dit Plutarque des sculpteurs de son temps et des ouvriers en bronze et en cire, ils croient que les dieux ont une forme humaine et les façonnent ainsi, pour adorer ensuite l'œuvre de leurs mains; mais ils méprisent les hommes d'Etat, les philosophes qui leur prouvent que la majesté des dieux est unie à la bonté, à la magnanimité, à la bienveillance (3). > Les sarcasmes de Lucien contre les croyances et les cultes de son temps prouvent que la foule et même les classes éclairées ne les avaient pas abandonnés; car une chose, tombée dans l'oubli ou dans le mépris universel, n'aurait pas été le point de mire, des traits acérés d'un critique aussi spirituel. Même au 3^ siècle on pouvait constater, comme Denis l'avait fait auparavant, que la foule acceptait les mythes des dieux dans leur sens le plus matériel, et traitait par conséquent les dieux avec mépris, ou s'autorisait de leur exemple pour commettre les mêmes infamies.
119. — Certes, il y avait des dieux et des sanctuaires négligés et oubliés et des temples tombant en ruines (4); mais les autres n'en étaient que plus fréquentés ; on construisait des temples nouveaux et les
(l)Pyrrh. Hyp. I, \Â1.
(2)Paus. 9, 17, i.
(3) De Superst. 6.
U) Joseph C. Apion. 2, 35, p. 1287. Obertb.
villes admettaient dans leurs murs des divinités jusqu*alor5 inconnues. Nulle part on ne vit surgir une velléité de réforme, aucun essai pour épurer les cultes, en retrancher ce qui choquait le sens moral et remplacer par des cérémonies décentes des coutumes vieillies ou ini&mes. Les statues dé Vcrcure Dolios (trompeur) se trouvait encore sur la route de Pellene au temps de Pausanias et le dieu était, disait*on, toujours prêta exaucer les prières de ses adorateurs (i). Les habitants de Vile de Chios honoraient leur héros, parce qu'il leur faisait connaître les tromperiez et les industries de leurs esclaves, qui de leur côté lui offraient les prémices de leurs filouteries (s). A Attis on voyait la statue de Ganymôde à côté de celle de Zeus(3). Les jeunes filles de Trézène offraient leur ceinture à Athéné Apaturia, la trompeuse qui avait habilement livré Œthra aux mains de Poséidon et Tile où la chose s*était passée était appelée sainte (4). Aux fêtes de Bacchus on donnait encore des prix aux buveurs les plus intrépides. Les solennités étaient marquées par des excès de plus en plus criants. Des empires dont Tambition ne trouvait plus un aliment dans Tactivité politique, cherchaient à gagner le peuple, en multipliant les jeux solennels célébrés avec un luxe inouï. On y ajoutait les combats des gladiateurs; on abattait force hécatombes, et Ton défrayait, plusieurs jours durant, les populations de villes entières, qui ne manquaient d'éterniser leur reconnaissance dans des inscriptions (5). 120. — Pausanias lui-même fui témoin de Thorrible
(1) Paus. 7. 87, 1.
(2) Nymphed. ap. Aihen. 6, 90.
(3) Paus. 5,24,1.
Wlbid.i,33, 1.
(5) Insciip. dans le Corp. Inscript. Graec. 11, surtout celles de la Galatie.
ET judaïsme. 265
holocauste que la ville de Patré offrit à Artémis et des flagellations sanglantes à Tautel d'Artémis Orthia à Sparte, quoique la discipline Lacédémonienne eût été entraînée dans la chute de TEtat (i). L*impudence, rironie, le sarcasme accompagnaient toujours les fêtes mêmes les plus saintes, comme celles de Déméter à Eleusis; il y avait des dieux que, selon Aristote, la loi ordonnait d*honorer par des bouffonneries (2). Des farces pareilles faisaient partie du culte d* Apollon iGgletas à Anapha, des fêtes attiques de Pan, de celles d*Anna Perenna à Rome (5). Lucien signale un dégoû* tant éloge de la Pédérastie comme un discours qu*on n'a l'occasion d'entendre qu'à une solennité religieuse (4). Le culte que les provinces de la Grèce et de l'Italie rendaient à Aphrodite avait perdu toute retenue et dépassait en lubricité tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. L'ancienne signification cosmique d'Aphrodite- Uranie se perdit, et on ne distingua bientôt plus qu'Uranie et Pandémos, honorées toutes deux par la volupté. Les courtisanes de Lucien leur immolent des vaches et des chèvres, pour obtenir la prospérité de leur abjecte industrie (5). Parménis consacre dans une épigramme de Dioscoride, à Uranie un éventail acheté avec l'or de la volupté (6). Les Aphrodisies ou fêtes de Vénus, qui duraient ordinairement trois jours et trois nuits, se célébraient avec des banquets, des chants, des danses échevelées, des prières et le délire de la volupté dans les bosquets ou jardins sacrés ; c'était là la Pannychie ou veille de Vénus. Tout s'y faisait en l'honneur de la
(i) Paus. 7, 18, 7.
(2) Polit. 7, 15.
(3)Couou. 49. Locian. Bis accus, c. 11. Ovid. Fast. 5. 673. (4) Amor. 33.
(3) Dial. meretr. 7 ; 3.
(6) Dioscor. Epigr. 12. Anthol. i. 247.
déesse et devenait un saint moyen pour obtenir sa faveur. — Ce que les courtisanes et même d'honnêtes jeunes filles demandaient alors à la divinité, peut se voir chez Plante (i). Les entremetteurs montraient en ces jours une grande activité, pour acheter et louer des filles sous la haute protection de la déesse, et Tun d'eux se plaint chez Plante, de n'avoir pu faire des affaires après avoir immolé six agneaux (2). Des courtisanes fameuses ajoutèrent à leur nom celui d'Aphrodite et obtinrent des sanctuaires: il y eut une Aphrodite-Lamia, une Pythionique à Athènes et à Babylone, la Léaina et la Ctelesylla à Céos, l'Aphrodite Spatonicis à Smyrne (3). Dans le temple de Vénus Génitrix à Rome il y avait une Yénus-Drusilla.
12i. — Si ce culte était une école ouverte de libertinage, et un goufi're où la jeunesse des deux sexes perdait toute pudeur, les mythes n'exerçaient pas une influence moins désastreuse; l'imagination de l'enfance en était saturée, la conscience pervertie; à l'âge des passions, on prenait les dieux pour modèles et on autorisait ses excès par la conduite de la divinité. Le peuple ne tenait compte ni du sens physique que l'école stoïcienne avait donné aux mythes, ni de la théorie Platonicienne de Plutarque, qui avait voulu attribuer à des êtres inférieurs tout ce qu'on trouve d'ignoble dans la mythologie. Nous ne reproduirons ici ni le témoignage^ déjà cité de Denis, ni la scène si connue de Térence. Sénèque qui réfléchissait sérieusement à ce qui se passait sous ses yeux, dit du mythe de Zeus et d'Alcmène, < n'est-ce pas enflammer nos convoitises que de peindre les dieux comme prévari-
(1) P£n. 1 , 2,120 ; 4, 2, 37 ; 5, 3, 13 sqq.
(2) Paen. 2, 6 ; Ctr. 4, 2, 25, sq.
(3) Atheu. i3, 595. Anton. Libéral, c. 1.
cateurs et d*excuser par leur exemple la perversité humaine (i)? » Dans un autre écrit, il s'élève avec force contre les Poètes qui représentent Zeus comme un adultère, un corrupteur de jeunes gens unis avec lui par les liens du sang, enfin comme un fils ingrat et dénaturé, c Cela n*a servi, dit-il, qu'à ôter aux hommes l'horreur du crime en leur faisant croire que les dieux ne valaient guère mieux (2). » Un seul trait de l'histoire prouve mieux qu'une longue dissertation, les idées que les Romains se faisaient de leurs divinités, dans la 2^ guerre punique. On attribua la sanglante défaite de Cannes au courroux de Junon contre Varron général en chef de l'armée romaine. La jalousie de cette déesse avait été excitée parce que ce dignitaire, étant édile, avait dans les jeux du Cirque, mis un beau jeune homme à côté de la statue de Jupiter, placée sur un char magnifique. Quelques années après^ on offrit sérieusement à la déesse irritée un sacrifice expiatoire (3).
122. — Ménippe le Cynique raconte chez Lucien que dans sa jeunesse il avait lu dans Homère et dans Hésiode la chronique des rivalités, des inimitiés, des galanteries, des adultères, des violences des dieux. Toutes ces prouesses lui parurent admirables et ne l'engagèrent pas médiocrement à faire de même. Dans son âge mûr, il apprit que les lois traitent tout cela de crimes, et ne sut pas trop s'il fallait obéir aux lois ou suivre les exemples des dieux (4). Ovide nous dit que les femmes faisaient bien de ne pas franchir le seuil des temples, pour ne pas être exposées à la séduction,
(l)De\it.brev. 16.
(2) Ue vit. beat. 26.
(3) Vai. Max. 1, 1, 16. Laet. 2, 16.
(4) Luc. Menipp. 3.
par le souvenir des aventures galantes de Jupiter et des déesses (i).
123. — Ce n*était pas seulement sur les genoux de la nourrice ou dans Homère et Hésiode qu'on apprenait à connaître les mythes, mais aussi, dans les spectacles mimiques, où les fables les plus voluptueuses étaient représentées de préférence. Déjà du temps de Socrate, riiôte donnait, pour charmer ses convives, des représentations scéniques, tirées de la mythologie. Dans le sifmposion de Xénophon,on voit des mimes exécuter en présence de Socrate et de ses amis, les aventures de Dionysos et d'Ariane, leurs tendres caresses et jusqu'à leur union (2). lia mimique fut portée plus tard à une haute perfection et les Grecs eurent une foule d'expressions pour désigner les diverses espèces de ces danses. On affectionnait particulièrement les intrigues d'Aphrodite avec Ares et Adonis; les aventures de Ganymède, de Danaé et de Léda et autres semblables. Soùs l'empire les jeux mimiques occupaient à Rome toute l'année, les mois d'hiver exceptés. Donnés comme intermèdes après les drames proprement dits, ils plaisaient singulièrement au peuple dont les yeux lubriques pouvaient s'y repaître à Taise. Danseurs et danseuses, couverts de vêtement serrés, qui montraient les formes et les mouvements des corps, comme dans une complète nudité, représentaient avec des gestes éloquents et au son de la flûte, les fables divines qui avaient trait à l'union des deux sexes. Juvénal décrit l'effet que les scènes produisaient sur des spectateurs et des spectatrices impressionables et plus tard, Zozime put sans exagération accuser la Pantomime d'avoir plus que
(l)Tpist. 2.
(2)Symp. 9,1-5.
(3) Sat. 6, 67 sq.
toute autre cause, hâté la ruine de Tempire Romain (i).
424. — «Dans les spectacles publics, dit Arnobe, sont assis lès collèges des Prêtres et les autorités, les Fiamines, les Augures et les chastes Vestales : le peuple, le sénat, les consuls et les consulaires sont réunis et devant eux des danseuses représentent Vénus, mère du peuple Romain, livrée aux transports de l'amour, à un délire de bacchante. On danse aussi la mère Auguste, la Dindymène dePessinonte, soupirant en dépit de son âge, après les embrassements ignobles d'un jeune bei^er. Le dominateur du monde est, sans vergogne, représenté dans un rôle adultère, dressant des embûches à la pudeur de la femme d'autrui,se couvrant d*un masque pour prendre dans le lit d*une épouse fidèle la place du mari. > Le même auteur peint ensuite la joie sauvage des spectateurs, à la vue des ridicules dont on affuble les dieux sur la scène — l'agitation et les applaudissements frénétiques qui remplissent le théâtre (2). Ainsi, dit Augustin, on raille sur la scène les dieux qu'on va honorer dans le temple (3).
125. — Or, ces jeux faisaient partie des solennités religieuses et étaient regardés comme des actes pieux : on les célébrait pour avoir obtenu une faveur des dieux ou pour apaiser une divinité qui manifestait son courroux par des phénomènes extraordinaires : les dieux mêmes, croyait-on, les exigeaient impérieusement. Et ces mêmes spectateurs, gorgés de volupté, assistaient le lendemain ou le même jour aux combats des gladiateurs. Là encore, prêtres, sénateurs, fonctionnaires, matrones, vestales, peuple se réunissaient pour
(1) Hist. 1, 6.
(2) Arnob. 4, Zi-SH.
(5) De Civ. D. 6, 8.
PAGANISME, ETC. T. ID. i%
savourer à longs traits la jouissance de voir couler à grands flots le sang humain et repaître leurs yeux aux blessures béantes et aux convulsions des mourants. Sans pitiéy ils criaient au combattant resté debout d'achever celui qui était tombé, pour qu*il ne pût faire le mort et les tromper. Quand un blessé ne mourait pas assez vite à leur gré, ils s'impatientaient, et leurs cris appelaient aussitôt de nouveaux combattants, pourassouvirla soif de sang qui les dévorait (i). Telle était l'existence de l'habitant des grandes villes; il passait de la volupté aux jouissances sanguinaires, toujours pour honorer les dieux, et pouvait se vanter que sa vie et les plaisirs même n'était qu'une série de pratiques pieuses.
126. — La peinture retraçait sur les murs des temples et des maisons ce que l'art des mimes représentait sur la scène, et l'on sait quelle ample moisson présentait la mythologie à un pinceau lascif. Des hommes vraiment religieux, comme Aristide, avaient beau se plaindre des c images choquantes et impies qu'on rencontrait dans les temples:» Aristote qui avait enjoint aux autorités de bannir les statues et les images obscènes avait fait une exception pour les sanctuaires, où la loi permettait les bouffonneries ! Le Grec et le Romain se voyaient, à chaque pas entourés d'images des dieux, et des souvenirs de leur histoire mythique: les temples, les rues, les places publiques, les murs des maisons, les coupes, les meubles les plus indispensables en étaient couverts. Le regard les rencontrait partout, même sur la monnaie que par hasard on prenait en main. La puissance magique et la pro^ fusion des arts plastiques les gravaient profondément dans les âmes et la pensée, l'imagination de chacun en
(1^ Comparez le tableau tracé par Lact. 6, 20.
ET judaïsme. 271
gardait l'ineffaçable empreinte. Les peintures ou les statues dignes, comme le Zeus de Phidias, de la majesté divine, et inspirant le respect pour la grandeur auguste des Immortels, étaient relativement très-rares, et combien peu avaient le bonheur de contempler, même une seule fois, ces œuvres sublimes? Combien au contraire n*y en avait-il pas, à qui le voisinage d*un Ganymède inspirait de tout autres pensées? Les images lascives et obscènes n*étaient en effet que trop fréquentes; la jeunesse des deux sexes, qui grandissait au milieu d'elles, avait l'imagination souillée à jamais et ne pouvait avoir, dès l'âge le plus tendre, que d'ignobles idées sur la divinité. Properce luimême laisse ici échapper une plainte : de chastes vierges, dit-il, sont ainsi initiées, dans la maison paternelle, à des choses qu'elles devaient ignorer à jamais (i). Si cet homme si peu scrupuleux signale les atteintes portées à la pudeur de la femme, un auteur plus récent. Clément, envisage la chose sous le rapport religieux (s). Aphrodite toute nue et emprisonnée avec Ares dans le filet, Léda avec le cygne et des mythes semblables étaient, comme il le rapporte, les sujets qu'on représentait de préférence sur les peintures murales. Ainsi on jetait un vernis religieux sur ce qui enflammait d'inf&mes convoitises : les monuments de l'impudeur étaient, dit-il, encore vénérés, comme des objets sacrés.
127. — Comme l'impudicité faisait partie du culte, on ne se fit aucun scrupule d'utiliser pour la satisfaction d'inf&mes penchants, les temples ou les bâtiments adjacents ; la distribution de ces lieux et l'obscurité qui y régnait rendaient d'ailleurs la chose facile. Il est,
(i; Eleg. 2, 5, 19-26.
(2) Cobort p. 53. Potter.
372 PAGANISHB
dit TertuUien, de notoriété publique que c*est précisé*» ment dans les temples et entre les autels que les intrigues galantes se nouent et lesadultères se concertent (i). Dans les appartements des prêtres et des ministres, le crime se commet au milieu des flots d*encens et, ajoute Hinucius, bien plus fréquemment que dans les repaires privilégiés de l 'infamie (2). Sous ce rapport, les sanctuaires et les prêtres d'Isis jouissaient à Rome d'une triste célébrité. Isis, dit Ovide, qui fut Tamante de Jupiter en entraîne d'autres sur ses traces (3). » De plus grands exc^s encore souillaient lestemples de l'auguste déesse de Pessinonte (4) ; les hommes s'y abandonnaient et se faisaient plus tard de leur abjection un titre de gloire.
128. — Tibère exerça, comme on sait, une sanglante vengeance sur les prêtres d'Isis, qui ayant persuadé à une dame romaine que le dieu l'aimait, l'avaient attirée dans le temple pour la jeter dans les bras d'un jeune romain. Un cas analogue se passa plus tard à Alexandrie : Tyrannus, prêtre de Saturne, annonça que d'après la volonté du dieu, quelques belles femmes devaient passer la nuit dans le temple. Les époux ajoutèrent foi aux paroles de l'imposteur qui, caché dans la statue creuse du dieu, éteignit, au moyen de ficelles, les lampes du sanctuaire, et représenta le père de Jupiter (5).
129. — La crédulité allait alors jusqu'aux dernières limites ; on se jetait si avidement sur le merveilleux qu'un imposteurhabileosa tenter, sans crainte d'être dé-
(1) Apol. c. 15.
(2) Octav. c. S5.
(3) Act. Am. 1, 77. Gfr. 5,383 sqq.
(4) C*c$t k ceux-là (pi*il faut appliquer le passage de Firmieut: iu ipsis templis, dit-il, sans préciser davantage: de Err. prof, relig. 4. p. 64. OEler.
(3; Rufln. H. 2. 19, 14,
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masqué, des choses presqu*incroyables. Alexaïidre d'Abonotique qui vécut sous Antonin et Marc-Aurèle, cacha dans le temple d*ApolloÀ à Chalcédoîne des tables de bronze» avec une inscription où Esculape annonçait que bientôt il viendrait avec son père Apollon à Abonotique. Les tables avaient été placées de manière à être facilement découvertes et Alexandre atteignit son but qui était de surexciter la curiosité publique. Après avoir, à cet effet, mis en circulation quelques oracles qui annonçaient Tavénement d'un prophète divin, et faisaient évidemment allusion à sa personne, il cacha dans les fondations d'un nouveau temple qu'on construisait à Abonotique un œuf où se trouvait un petit serpent ; le lendemain, il s'élance plein d'enthousiasme sur un autel de la place publique et annonce au peuple l'apparition d'Esculape, déterre l'œuf, le brise et le dieu sort aux yeux des Paphlagoniens, ravis de ce que le dieu se présente à eux sous la forme d'un serpent. Le bruit du prodige attire une foule immense; peu de jours après, Alexandre, qui se disait fils de Podalire et petit-fils d'Esculape, se montre avec les ornements de prophète dans un appartement faiblement éclairé et avec un grand serpent apprivoisé qui était le Dieu-Serpent, parvenu è une croissance miraculeuse et la dernière manifestation d'Esculape. Le nouveau dieu eut un culte et des oracles ; son image fut retracée sur l'argent et le bronze; la Paphlagonie, laThrace, la Bithynie, la Galatie accoururent à lui. Les consultations qu'on lui adressait écrites sur des tablettes et soigneusement fermées, il les ouvraitavecunrare artificequi trompait les yeux les plus exercées et y répondait ensuite en vers. Sévérien, préfet de la Cappadoce, le con^ sulta ainsi sur une guerre qu'il voulait entreprendre contre le roi des Parthes. Rome elle-même fit bon accueil à Alexandre et JRutilien, qui appartenait à une
famille très-distinguée, épousa une de ses filles, que rimposteur prétendait avoir eu de la déesse de la lune. Ainsi il rançonna TAsie et l'Europe et pouvait entretenir dans son temple une foule nombreuse et bien rétribuée de gardiens, d'émissaires, de messagers, de faiseurs d*oracles et d'exégétes. Il imagina ensuite une fête mystérieuse qui durait trois jours et dans laquelle il faisait représenter sous la forme du drame Taccouchement de Latone, la naissance d*Apollon, d*Esculape, du nouveau dieu Glycon et ses propres intrigues avec la déesse Luna. Les villes du Pont et de la Paphlagonie devaient lui fournir des garçons bien faits qui chantaient ses oracles et qu'il faisait ensuite servir à ses plaisirs infâmes. Bon nombre de femmes se vantaient d'avoir des enfants de lui, et les maris se croyaient honorés de la condescendance du nouveau dieu (1).
130. — Il fallait certes la réunion d'avantages corporels et des talents de l'intelligence, pour jouer ce rôle avec le succès qu'eut Alexandre et dont il jouit jusqu'à ce qu'il mourut dans un âge fort avancé. Hais c«tte histoire nous donne une idée des jongleries religieuses, avec lesquelles sur ,un théâtre moins vaste, les innombrables prêtres et goêtes exploitèrent la crédulité du siècle. Nous connaissons quelques-uns des expédients usités pour évoquer les dieux, les génies et les morts. Le croyant regardait dans un vase de pierre rempli d'eau et dont le fond en verre se trouvait sur une ouverture, sous laquelle se trouvait le Dieu présumé. Ou bien, on traçait sur la muraille une figure qu'on enduisait d'une matière inflammable ; durant l'évocation, on approchait à l'improviste la lampe de la muraille. La composition chimique prenait feu et le génie ap-
(1) Lucian. P»eudomant, 10-51.
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paraissait au milieu des flammes aux yeux des spectateurs étonnés (i).
iSl. — La plus eflScace de toutes les apparitions, était celle d*Hécate. Les croyants devaient se jeter la face contre terre à la première lueur de la flamme ; on invoquait en vers la divinité des rues et des carrefours, la déesse Gorgo ou Mormo qui erre la nuit au milieu des tombeaux. Un employé du temple lançait alors un héron ou un vautour aux pattes duquel on avait attaché de l'étoupe. Cette matière était allumée et l'oiseau efirayé voltigeait dans Tappartement et faisait apparaître le feu tantôt de Tun tantôt de l'autre côté, et les adorateurs couchés par terre croyaient assister à un grand prodige. Avec des ruses analogues on faisait apparaître au plafond d'une salle la lune et les étoiles — on produisait un tremblement de terre — sur le foie de la victime se trouvait une inscription, parce que l'aruspice avait eu soin d'écrire les lettres dans la paume de la main avec une encre sympathique et d'appuyer, durant le sacrifice, sa main sur le foie, jusqu'à ce que l'empreinte fût visible. Ce fut avec de pareils artifices que les Néo-Platoniciens enthousiasmèrent l'empereur Julien, quand Maxime le conduisit dans un souterrain du temple d'Hécate et lui fit voir une apparition ignée. Ce même Maxime alluma des flambeaux par sa seule parole et amena le sourire sur les traits d'Hécate, par un grain d'encens épuré et la douce mélodie d'une hymne (2).
432. — Les Pneumaiica d'Héron, qui vivait à Alexandrie vers le milieu du ^ siècle de l'ère chrétienne, sont particulièrement intéressants et instructifs sous ce rap-
(1) Hippol. PhilosophuiD. p. 70-73.
(2) Theodoret. H. 2. 3, 3. Gregor. Naz. Or. A. Opp. 1, 1014. Eunap. vit. Max. p. 62, éd. Boisson.
port. On y enseigne à construire les temples de manière à ce que les portes s'ouvrent au moment où le feu de Fautel s*allume, ou se ferment, quand la flamme sacrée s'éteint — comment en allumant le foyer de Tautel on peut obtenir qu'un serpent fasse entendre un sifflement aigu et que deux statues placées tout près versent les libations dans les flammes. On y donne le modèle d'un vase sacré, qui laisse échapper l'eau, quand on y jette une pièce de monnaie — on explique ce qu'il faut pour qu'on entende le son de la trompette, à l'ouverture de la porte du temple — et comment on construit un autel, qui montre à sa partie inférieure qui est transparente, des figures dansantes, pendant que la flamme du sacrifice pétille à la partie supérieure (i). On le voit: les prêtres païens avaient des ressources infinies et celui qui est tenté de croire que ces ruses grossières devaient manquer leur but et attirer sur les imposteurs le mépris public et quelque chose de pis, n'a qu'à se rappeler l'histoire d'Alexandrie d'Abonotique, et maint incident de l'histoire moderne et contemporaine.
133. — Pour juger ces jongleries, il ne faut certes pas se placer au point de vue chrétien ; car ce siècle admettait comme un dogme politique qu'il est permis de tromper le peuple dans les choses religieuses, de lui cacher la vérité et de l'affermir dans Terreur par des discours et des cérémonies .publiques. Le Grand-Pontife déclara jadis qu'il n'est pas prudent de redresser les idées religieuses de la foule qui voit des dieux dans des hommes mortels comme Hercule, Esculape, Castor et Pollux — ou se représente les dieux distincts par le sexe ou prend les images
(1) The Pneumatics of Hero, trand. by B. Woodcroft. London. 1851. p. 33, 37, 57, 83.
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pour ces divinités réelles (t). Le vulgaire, d'après Varron, doit ignorer bien des choses et Tintérét général exige qu'on ne le tire pas de certaines erreurs (%). Avec de pareils principes, on ne pouvait naturellement pas s'inquiéter des intrigues d'imposteurs, qui ne préjudiciaîentà personne, ou devaient même augmenter la confiance dans la puissance des dieux. Les autorités compétentes ne songeaient nullement à une enquête, qui aurait pu compromettre les ministres des dieux ; bien plus la cité, la contrée avaient souvent subi des pertes, par le discrédit où les découvertes pareilles avaient fait tomber le sanctuaire local. Les habitants d'Elée se vantaient encore, du temps de Pausanias, d'être visités quelquefois par Dionysos en personne. Trois chaudrons vides étaient placés dans une cellule que les prêtres scellaient en présence des habitants et des étrangers : le lendemain le dieu avait rempli les chaudrons de vin — prodige que tout le monde affirma sous serment. Â la fête annuelle de Dionysos, le vin coulait, comme on raconta à Pausanias, dans un temple d'Andros (5), phénomène dont Pline se contente de dire que l'eau de la source avait ce jour-là un goût vineux (4). Servius parle d'un temple de la mère des dieux, qui avait été ouvert par la prière seule (5) et Pausanias vit de ses yeux sortir la fumée du tombeau de rHéraclide Pionis, toutes les fois qu'on y déposait TofiTrande des morts (e). Ces jongleries sacerdotales paraissent avoir été fréquentes dans les temples de Sérapis et d'EscuIape. Il s'agissait en effet de soutenir
(l)Apu<l. Aug. C. D. 4,27, (2)Ibid.4,3l.
(3) Paus. (1, 96, 1 .
(4) Plia. H. N. 2, 106.
(6) Pau5. 9, 18, 3.
fi.
le crédit de ces endroits bénis et salutaires, et les prêtres engageaient à force d'argent de pauvres gens à simuler toutes sortes d*infirmités qu'un prodige ou un oracle d*£sculape et de Sérapis guérissait ensuite instantanément (i).
134. — Il ne faut donc pas s*étonner de la confiance avec laquelle on parlait des théophanies ou manifestations multiples des dieux. La vie des hommes, dit Celse, en offre de nombreux exemples, et Esculape se manifeste encore tous les jours (2). Maiiime de Tyr aflSrmait avoir vu les dieux plus d'une fois. Et si des hommes, distingués d'ailleurs, se berçaient de pareilles illusions, on comprend que dans les provinces éloignées de Tempire se produisissent des faits semblables à ce que les Ecritures nous rapportent de saint Paul et de Barnabe, honorés comme Zeus et Hermès par les habitants de Lystres, où ils avaient guéri un paralytique.