‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 38 sur 75 · Les progrès de l'Hellénisme en Judée doivent · texte numérisé non relu

Les progrès de l'Hellénisme en Judée doivent

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avoir été bien sensibles, pour que (vers l'an 170 av. J.-C.) le roi de Syrie, Antiochus, ait osé former le plan d'extirper la religion Judaïque et de mettre le Jupiter Olympique à la place de Jéhova dans le temple de Jérusalem. Les grands et les riches, qui avaient connu à Antioche et à Alexandrie, où le roi tenait sa cour, les mœurs, les arts des Grecs et les jouissances de la vie, devaient voir dans la loi et surtout dans les appendices de la loi un joug écrasant, dans l'orgueilleuse domination des Scribes une exécrable tyrannie. Harassés par les plaisanteries des Grecs, ils rougissaient de leur « loi barbare, » qui leur défendait de prendre part aux joies des Symposia et auraient voulu avoir à Jérusalem des gymnases, des spectacles et des combats, à l'instar des Grecs. Mais sans la puissante intervention des rois de Syrie, ils ne pouvaient espérer de secouer le joug de la loi et d'introduire les mœurs de la Grèce ; car le peuple les repoussait avec horreur comme « des apostats, des impies, des prévaricateurs (i).»

16. — JésusouJason, comme il s'appelait dans son ardeur d'helléniser, frère du Grand-Prétre Onias III, acheta la dignité pontificale et commença l'œuvre anti-nationale, en construisant vers l'an 175 av. J.-C. à Jérusalem un gymnase sur le modèle de ceux de la Grèce. Ce qui prouve qu'il avait des sympathies en Israël, c'est qu'on vit des prêtres quitter le service du temple et un grand nombre de Juifs se faire un prépuce artificiel, pour ne pas effaroucher les Grecs, en paraissant avec la marque distinctive de leur religion, dans les luttes du cirque. Jason qui envoya des ambassadeurs (théores) avec des présents aux fêtes d'Hercule, célébrées à Tyr, fut cependant supplanté par Ménélas qui offrit au Roi une

(1) l. Mach. 1, il ; 7, 5.

plus forte somme d'argent et affecta un zèle encore plus ardent pour rHellénisme. Nommé Grand-Prêtre, il fit une ville toute païenne de Jérusalem que les vrais croyants avaient abandonnée. Bientôt parurent des édits royaux, proscrivant la circoncision, le sabbat et le livre de la loi : les sacrifices du temple furent interrompus, et sur un autel de moindre dimension que le grand autel des holocaustes, on immola des victimes à Jupiter Olympique et même des porcs, pour narguer la loi de Moïse. Un parti puissant soutenait le prévaricateur. Le sanctuaire était profané, selon les paroles de Daniel ; le sacrifice perpétuel avait cessé et Tabomination de la désolation était dans le lieu saint. 17. — Au milieu de la persécution sanglante, soulevée contre les vrais croyants, on vit Mathathias, issu de la famille sacerdotale des Asmonéens, arborer le drapeau de la résistance. Après sa mort. Judas liachabëe (le marteau), continua victorieusement la lutte, marcha sur Jérusalem (164 av. J.-C.) , purifia le temple, malgré la garnison Syrienne de Sion, et rétablit le culte de ses pères. Ce ne fut là cependant qu'un triomphe passager : Judas resta sur le champ de bataille et Jérusalem retomba sous la domination des Syriens, et les Juifs apostats reconnurent Alcimus que le roi Démétrius établit Grand-Prêtre. Cet homme, issu de la famille d'Aaron, se mit à la tête du parti Gréco-Païen, et allait renverser le mur qui séparait dans le temple le parois des gentils, de celui des juifs, quand il mourut subitement (159 av. J.-C), Jonathan et après lui Simon, frères de Judas Machabée, luttaient toujours avec une poignée de braves et de croyants. Des rivalités domestiques aflaiblirent la royauté de la Syrie, et Simon parvint (141 av. J.-C.) à s'emparer de la forteresse deSion. Le peuple reconnaissant lui offrit le suprême pouvoir et rendit héréditaire dans sa famille l'autorité pontifi-

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cale et temporelle, « jusqu'à ce que Dieu envoyât un prophète fidèle ; » car Simon n*était ni de la maison de David ni de la famille d*Âaron (i). Le parti helléniste était tué.

2. — CHASIDIM. — SADDUCÉENS. — PHARISIENS. — ESSÉNIENS. — THÉRAPENTES.

18. — Durant les luttes des Machabées, il s*éleva parmi les Juifs un parti ou une école nommée Chasi- (lim où les fidèles^ peu différents des Sophetim ou Docteurs de la loi, mais se distinguant par l'accomplissement scrupuleux de la loi ou des prescriptions, regardées comme en faisant partie. Bacchides, général Syrien ayant fait exécuter soixante des leurs, ils se rangèrent sous le drapeau de Mathathias ; plus tard, ils s'attachèrent à causedeson origine, au perfide Alcimus. Sous Jonathan et Simon ils disparaissent de Thistoire.

19. — Les Sadducéens étaient entièrement opposés aux Chasidim; si, d'après une tradition, ce parti doit son origine à Sadoc, élève d'Ântigone de Socho, célèbre docteur de la Loi (291-260 av. J.-C), il n'en est pas moins incontestable qu'elle est née de l'influence que la Grèce exerça sur les idées philosophiques, politiques et sociales des Juifs. Ils sont nommés pour la première fois dans l'histoire sous Jonathas (159-144) et cela comme les héritiers et les successeurs des hellénistes, mais éloignés de toute apostasie et de l'afi'ectation avec

(1) I Mach. 14, 41. — Cette dernière assertion ne se concilie pas aisément avec I. Mach. 2, i. — Il y est dit que Matathias était des fils de Joarib, qui selon I. Parai. 24, 7 et 19, était des fils d*Aaron. (N. du Trad).

laquelle ceux-ci avaient montré leurs sympathies pour les idées et les usages de l'étranger. L'hellénisme, complètement vaincu sous les Asmonéens, avait fait place à un grand zèle pour la Loi et à une recrudescence de patriotisme Juif. Les Sadducéens, composés de riches, de lettrés, d'hommes d'Etat, surent, dès le principe, se plier aux circonstances et secondèrent les nouvelles dispositions du peuple. Ils prenaient part aux sacrifices, aux cérémonies du temple, observaient la circoncision et le sabbat, prétendaient suivre la loi, mais la loi bien entendue et ramenée au sens littéral. Ils rejetaient l'autorité des nouveaux Docteurs (les Pharisiens), leur tradition et la haie qu'ils avaient mise autour de la Loi, et sous cette tradition, ils comprenaient naturellement tout ce qui pouvait les gêner en quelque manière. Quant à la lettre de la loi, à part les prescriptions relatives à la circoncision, au culte du temple, il y avait moyen de s'arranger et les Sadducéens s'entendaient parfaitement à simplifier la chose et à renfermer la loi dans les bornes les plus étroites. Comme ils en appelaient toujours à la Thora, on a prétendu qu'en admettant les cinq livres de Moïse, ils rejetaient toutes les autres écritures. Mais le contraire résulte de faits certains, du témoignage de Josèphe qui dit que tous les Juifs sans exception admettaient la divinité des 92 livres de l'Ecriture (i). Il est cependant possible que la Thora eut à leurs yeux une plus grande autorité que les écrits des prophètes ou d'autres hagiographes.

20. — Les doctrines particulières des Sadducéens viennent évidemment de la philosophie Epicurienne qui avait trouvé beaucoup d'adhérents dans la Syrie. En admettant la création, ils paraissent avoir nié l'intervention continue de Dieu dans le gouvernement du

(l)GootraAp. 1,8.

monde. Dieu» disaient-ils, a donné une fois pour toutes la loi au peuple; puis est rentré dans son repos, en abandonnant le peuple et chaque individu à son libre arbitre: le bien et le mal dépendent donc du choix de rhomme. Il n*y a pas de destin ; car il aurait dû être fixé par Dieu, qui ne se mélepas des choses de la terre. Uhomme est le maître, Tauteur de sa destinée et s'attire, sans que Dieu intervienne, le mal qui le frappe (i).

31. — En vrais disciples d*£picure, les Sadducéèns niaient Timmortalité de l'âme et par conséquent aussi la résurrection de la chair (2). Ils croyaient aussi peu à l'existence des anges, et l'on ignore comment ils expliquaient les nombreuses apparitions d'anges, rapportées dans le Pentateuque. Le caractère négatif de la secte permettait aux hommes des opinions les plus diverses de s'y rallier. Un intérêt commun les rapprochait cependant les uns des autres. Ils devaient d'abord secouer le joug d'un système doctrinal, proposé par les Docteurs en titre et enchaînant les opinions individuelles — et puis briser aussi les prescriptions nombreuses et vexatoires, surajoutées à la loi par le temps ou l'arbitraire des Sophctim. L'attachement au sens littéral, qui caractérisait les Sadducéèns, les conduisait cependant à des conclusions parfois bien dures; par exemple — dans les peines portées contre toute mutilation : c œil pour œil, dent pour dent, » ils ne pouvaient faire comme les Pharisiens qui, suivant ici une interprétation traditionnelle, permettaient bénignementau coupable de se racheter au moyen d'une somme d'argent.

22. — Les Sadducéèns ne trouvaient dans les masses que défiance et antipathie. Les calamités que l'hellé-

(1) Jos. bell. Jud. 3, 8, 14 ; Areh. i3, 5, 9.

(2) Jos. Arch.i8,8»4.

PAGANISME, BTC. T. IV. 6

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nisme avait attirées sar le peuple, et la sanglante persécution qu'il avait soulevée contre les vrais croyants, avaient ravivé le zèle des Juifs pour la loi et leur éloignement pour tout élément étranger ou païen. Une doctrine, un parti qui présentait ce caractère ne pouvait pas compter sur les sympathies populaires. Aussi vit-on très-peu de Sadducéens se charger de fonctions publiques, d*abord à cause des incommodités qui en sont inséparables, et puis parce qu*en présence des dispositions du peuple, ils étaient forcés de suivre, dans l'application de la loi, les principes et la pratique des Pharisiens (i). Ils étaient, dit Josèphe, rudes ei grossiers pour leurs coreligionnaires comme pour les dissidents. Tout prouve qu'ils ne formaient pas une secte organisée : sans enseignement ou système fixe, ils n'avaient pour lien commun (bien feible cependant), qu'une tendance beaucoup plus sceptiquo que dogmatique. Il n'est pas question chez eux de prosélytisme, ni d'écrits où Tun d'eux aurait déposé sa foi, ou exposé un système, et même, ils ne songèrent pas, quand ils en eurent l'occasion, de troubler la foi et les coutumes religieuses du peuple. C'étaient les civilisés, les éclairés de leur temps; comme tels, ils traitaient lestement le culte et n'en retenaient que ce qu'il fallait pour ne pas cesser d'être juif — tout comme le Grec le plus éclairé de ce temps, qui jugeait convenable de participer aux fêtes religieuses et aux sacrifices. En politique les Sadducéens abhorraient la forme démocratique et républicaine et soutenaient l'autorité sous les Asmonéens comme sous les Romains.

23. — On représente ordinairement les Pharisiens et les Sadducéens comme des sectes opposées et isolées toutes deux des masses. Cependant ni les Sadducéens, ni les

(1) l08. Arcb. 18,1,4.

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Pharisiens et surtout les derniers ne formaient cequ*on est convenu d'appeler secte. Dans sa généralité, la nation était pharisienne : ceux qui portaient spécialement ce nom étaient les hommes les plus marquants et dévoués aux intérêts religieux^ les échos de la conscience publique, et voulaient appuyer ce sentiment sur un enseignement systématique et une interprétation scolastique des livres saints. Tout prêtre qui ne se contentait pas d'exécuter machinalement ses fonctions, penchait vers eux. Les Sophetim ou docteurs de la loi étaient aussi pharisiens et si on les représente parfois comme formant deux classes distinctes, il faut entendre par les derniers des hommes qui, sans faire partie d'une corporation savante, n'en suivaient pas moins dans toute leur conduite les prescriptions et les doctrines et donnaient l'exemple de l'observation scrupuleuse de la Joi. C'est ainsi que Josèphe a pu parler de plus de 6000 Pharisiens qui refusèrent à Hérode et aux Romains le serment de fidélité et furent pour cela punis d'une amende (i). II est vrai qu'ailleurs il parle de trois hérésies ou philosophies parmi les Juifs ; mais ce n'est que pour s'accommoder aux idées grecques. Les Romains et les Grecs, n'ayant jamais vu dans leur histoire le zèle pour la religion, uni à l'orgueil national et à l'amour de la patrie, comme dans le Pharisaisme, on ne pouvait leur donner une idée exacte du caractère et de la position des Pharisiens qu'en les comparant aux écoles philosophiques de la Grèce, aux Pythago- ' riciens ou aux Stoïciens, par exemple. Ajoutez à cela que les Sadducéens avaient le plus grand intérêt à faire passer leurs adversaires pour un parti comme un autre, pour empêcher les gens d'apercevoir que ces hommes ne représentaient au fond que la doctrine traditionnelle et les coutumes religieuses de la nation.

(l)Arch.17,2,4,

De plus, une opposition politico-religieuse contre la domination étrangère était inévitable chez les Juifs de la Judée, qui n'étaient ni hellénistes, ni infectés d*indifiérence. Le peuple de Dieu avait le droit imperscriptible d*étre libre; la domination étrangère n*était que le châtiment temporaire des infidélités de la nation. Les Juifs, surtout depuis que le sentiment religieux, réveillé avec une force nouvelle, les portait à l'observation scrupuleuse de la loi ,* regardaient le joug de Kétranger comme une sanglante iniquité, ne le subissaient qu'en frémissant et avec la résolution bien arrêtée de le secouer à la première occasion. Les Pharisiens devaient marcher à la tête ; le crédit dont ils jouissaient auprès du peuple, la fidélité qu'ils devaient à la loi, à Dieu, les forçaient de donner l'exemple de la résistance. Aussi étaient-ils ordinairement les premières victimes de la vengeance des rois (i).

24. — Les Pharisiens étaient donc aux yeux de la nation, voués par état ou librement engagés à défendre les biens spirituels du Judaïsme, la pure doctrine, les usages, la vie sainte, l'observation de la loi, la dignité et la liberté nationales. C'étaient les mandataires, les représentants du peuple, dans toutes les questions qui touchaient à la religion, et chez les Juifs où la loi enveloppait comme d'un réseau la vie publique et privée, on vit bientôt tous les événements prendre une teinte religieuse. Les Pharisiens reflétaient fidèlement les aspirations, les idées du peuple et d'un autre côté, ils exerçaient par leur enseignement et leur autorité sur ces mêmes idées une influence très-grande. Toutes les faces du caractère national, favorables et défavorables, toutes les nuances de l'esprit public se retrouvaient en eux. Dans leurs rangs s'était réfugiée l'aris-

(1) Jos. Arch. 17, 2, 4.

tocratie juive, — ceux dont le sang ne s*ëtait pas mélangé avec le sang grec ou syrien — les Hébreux des Hébreux, qui se glorifiaient d*étre nés justes et fils de la grâce.

25. — Le nom de Pharisien dérive incontestable* ment d*un mot qui signifie c isoler. » Mais on s'est trompé, en affirmant, comme on l'a fait souvent, qu'il leur a été donné, parce qu'ils s'isolaient du reste du peuple, sous prétexte d'une plus haute piété. Un tel isolement aurait prouvé qu'ils regardaient le peuple comme impur — pensée aussi contraire à la lettre qu'à l'esprit de la loi et qui était de nature à leur attirer plutôt la haine, que la confiance qu'ils possédaient cependant au plus haut degré. Ce nom leur fut probablement donné, au milieu de la lutte ardente contre l'Hellénisme et sa désastreuse influence, quand les Ghasidim ou Justes prêchaient et pratiquaient un éloignement rigoureux de tout ce qui avait une teinte hellénique. Ce furent donc leurs adversaires qui leur donnèrent d'abord ce nom; ils l'acceptèrent et s'en firent un titre de gloire. Aussi n'est-elle pas dénuée de fondement la tradition Judaïque qui fait remonter à Antigone de Socho l'origine du Pharisaïsme. Cet homme, dit-on, affirma le premier que le c Gader, 9 ou haie de la loi, fait partie de la loi et oblige aussi bien qu'elle : ses disciples, ses sectateurs reçurent le nom de Pharisiens parce quMls s'efforcèrent de s'isoler, par le Gader de l'étranger et de son contact impur. Et en vérité, il est assez naturel qu'en présence de THellénisme qui, débordant de toutes parts, seduisait les Juifs et les éloignait de tant de manières de leur croyance et de leur loi, on sentit l'insuffisance des anciennes prescriptions. Celles-ci, données plusieurs siècles auparavant, à un peuple vivant alors dans des conjonctures très-différentes, pouvaient être

et facilement éludées et paralysées: pour cela onn*avaît qu*à recourir à certaines interprétations ou à signaler les modifications qui avec le temps, s'étaient pro* duites dans la position du peuple. Une foule de cas* maintenant très-pratiques, n*y étaient pas prévus, et naturellement, il était inutile de parler de Tesprit et du but de la loi à des hommes avides des jouissances, goûtées par les Grecs. Il fallait donc élargir, quelquefois aussi restreindre la loi et en étendre, au moyen d'interprétations habiles, les prescriptions, les défenses à des choses qui paraissaient maintenant dangereuses. On crut devoir attribuer à cette c haie » qu'on plaçait autour de la loi, la même autorité qu'à la loi même. Hais, comme sur cette pente on s'arrête difficilement, on créa une casuistique légale, minutieuse, qui pesait gravement des vétilles et y attachait la même importance qu'aux grands devoirs de la vie.

26. — Déjà au temps d'Esdras, l'Hébreu avait cessé d*étre familier au peuple (i). Les livres saints, quoique lus en hébreu dans les Synagogues et expliqués par parties, restaient inaccessibles aux masses. Les savants seuls, qui s'en étaient occupés depuis leur jeunesse et avaient reçu une instruction régulière pouvaient entreprendre d'expliquer et d'appliquer le texte de la loi. Les Pharisiens ou Docteurs étaient par conséquent les dépositaires, les gardiens-nés d'une science, d'une tradition indispensables, les conseillers naturels dans des cas épineux, les types, le miroir vivant d'une vie vraiment exemplaire. Ils n'avaient pas et ne pouvaient pas avoir de doctrine propre, parce que, loin de former

(I) Nébémie avait encore montré du zèle pour la pureté de la langue hébraïque, 2 Esd. 13, 24 sqq. Les légendes dès monnaies des princes Mactaabées du &• siècle, sont en bébreu; mais ne prouventpas que cette langue fût encore parlée dans les masses. Les légendes de nos monnaies sont en latin, langue totalement inconnue au peuple.

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une école ou une secte particulière, ils étaient le corps enseignant de la nation, c assis dans la chaire de Moise. » Cela est si vrai qu'en acceptant une charge plus ou moins liée à la religioo, les Sadducéens étaient forcés de s*accommoder en actions et paroles aux Pharisiens. Le contraste, l'opposition qu'il y avait entre les uns et les autres, a seul pu faire donner aux premiers le nom c d'hérésie » ou d'école particulière.

S7. — Les Pharisiens suivaient la tradition dans l'interprétation de la loi ; les Sadducéens, qui rejetaient l^s traditions des Scribes pour s'en tenir exclusivement à la lettre des livres saints, ne rejetaient pas seulement les nouvelles prescriptions ajoutées à la loi par la scolastique des Pharisiens, mais l'interprétation universellement admise et abandonnaient la loi au jugement sans contrôle de l'individu. Il s'agissait ordinairement de cérémonies ou de droit civil: les gloses de la loi, à propos desquelles le Christ reprocha aux Pharisiens d'affaiblir la loi et d'en négliger l'esprit, se rapportaient le plus souvent à ces questions (i). Par exemple, il fallait se laver les mains avant le repas (s), prendre un bain, en revenant du marché où l'on s'était probablement souillé par le contact avec des «gens ou des objets immondes — nettoyer les plats, les coupes, les bancs sur lesquels on se couchait pour manger. Une cruche de terre ob était tombée une mouche morte, devait être brisée. En outre, les traditions rendaient l'observation du Sabbat plus difficile : personne ce jour-là ne s'éloignera au-delà de 1000 pas de son habitation — aller au marché, porter un fardeau quel-, conque — guérir un malade, arracher des épis — constituaient autant de violations de ce précepte. La

(i) s. MaUh. 15, 16. Marc 7, 10, sq.

(2) S. MatUi. 15, 1, sq. S- Luc. il, 38. Marc. 7, 1, sq.

Mischna comptait jusqu^à 39 actions défendues le jouf du Sabbat: et à ces S9, il faut encore en ajouter une foule d'autres qui ressemblaient plus ou moins aux premières. On allongea le Sabbat et on le commença avant le coucher du soleil pour être, selon la théorie du Gader, à l'abri de toute faute. De la même façon fut élargi le précepte de la dîme; Moïse ne Tayait pas étendue à toutes les plantes; mais les Pharisiens la payaient de la Menthe, de l'Anet et du Cumin (i) ; plus tard, les prêtres et les lévites pharisiens allèrent, paratt-il, jusqu'à payer la dîme de la dîme reçue. Comme la plupart des insectes étaient comptés parmi les ani« maux immondes et que par conséquent, on pouvait facilement avaler en buvant une mouche ou un moucheron, on vit les Zélateurs tamiser leur boisson. Aux jeûnes prescrits par Moïse, on en ajouta d'autres, en mémoire de calamités qui avaient frappé la nation, par exemple, de la prise de Jérusalem par les Chaldéens. Bon nombre de Pharisiens jeûnaient deux fois la semaine en mémoire de l'ascension du Sinaï par Moïse. Des prières faites à haute voix et sur les places publiques, des aumônes faites avec ostentation, de grandes franges aux vêtements, de larges pkylaeteria ou morceaux de parchemin, remplis de textes de la Loi et placés sur le front et la main gauche, voilà autant des signes, auxquels on reconnaissait un Pharisien.

28. — On peut voir chezJosèphe ce que ces hommes étaient à leurs propres yeux, c'est-à-dire sont la fleur du peuple, les interprètes et les observateurs les plus fidèles de la Loi ; l'affection mutuelle, la concorde que selon lui, les gentils admiraient dans la nation, distinguaient surtout les Pharisiens (s) : plusieurs d'entr'eux

(1) s. Matth. 23, 23.

(2) Bell. Jud. 2, 8, 11. Cfr. adv. Ap. 2, 10 sq.

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trouvent dans leur commerce avec Dieu, le don de pro<> phétie (i) : ils se glorifient d^expliquer exactement la loi des ancêtres et d*étre les favoris du Très-Haut.

29. — Josèpbe qui s*accommode parfois au langage des Grecs, s'est exprimé ici de manière à faire croire que quelques Pharisiens avaient comme les Esséniens, une théorie fataliste sur le monde. Les Esséniens, dit-il, croyaient que le destin domine tout — et règle ce qui arrive à Thomme. Les Pharisiens, tout en croyant aussi que tout est soumis au destin, ajoutaient qu'il dépend de l'homme de faire le bien ou le mal. — Il y a donc un mélange de fatalité et de liberté — dans le plus grand nombre de cas, il dépend de Thomme de bien ou de mal faire — mais toujours avec le concours du destin (2). Evidemment, il faut remplacer ici pour les Pharisiens et les Esséniens le mot destin par celui de Providence ou de prédestination. Ceux-ci disaient: tout est entre les mains de Dieu : c'est d'après la volonté divine que l'homme fait ce qu'il fait, et souffre ce qu'il souffre. Les Pharisiens qui combattaient cette théorie comma détruisant la liberté humaine, rejetaient aussi la doctrine toute contraire des Sadducéens, qui prétendaient que Dieu n'intervient nullement, dans la vie humaine et abandonne tout à la volonté de l'individu. D'après eux, liberté de l'homme et Providence de Dieu sont intimement liées: ce sont deux facteurs qui agissent de concert ; la spontanéité du choix de l'homme reste intacte et la Providence accomplit ses desseins par l'usage de la liberté humaine. — Des auteurs plus récents nous apprennent que des Pharisiens s'adonnèrent à l'astrologie et admirent une fatalité liée au cours des astres (3). Depuis la captivité de Baby-

(1) Arch. 17, 2, A.

(2) Arch. 18, 1 , 5 ; 13, 5, 9. B- ind. 2, 7.

(3) Epiph bxr. 16, S.

lone, dit Philon, beaucoup de Juifs crurent à rinfluence des corps célestes, prirent les sept anges supérieurs de la vision, pour les esprits des sept planètes et s'occupèrent d*astrologie (i).

30. — La manie helléniste de Josèphe a jeté une certaine obscurité sur les théories pharisalques de la vie future. De peur de froisser les susceptibilités grecques, il évite avec soin de parler de la résurrection de la chair et dit que les âmes des justes entrent dans un autre corps — ou obtiennent, à la révolution d*une période cosmique, des corps purs pour séjour (2). Ces expressions sont évidemment calculées ; le Grec pouvait y voir une métempsycose et le Juif la doctrine de la résurrection, doctrine bien connue et qui séparait les Sadducéens desPhariséens. Si certains indices prouvent que par Tinfluence de la Grèce et de l'Orient, la théorie de la migration des âmes trouva des partisans parmi les Juifs depuis les Machabées, elle ne fut cependant pas généralement admiseet surtout les Pharisiens ne lui ont pas fait un accueil sympathique.

31. — L'origine de l'école Essénienne remonte à l'époque si agitée qui précéda l'ère des Macchabées. Quand l'Hellénisme, sentant sa force, attaquait le Judaïsme par le raisonnement et la violence et produisait parmi les Juifs unesi grande fermentation, on vit surgir les Sadducéens et probablement aussi les Esséniens. Car Josèphe mentionne pour la première fois vers le temps de Jonathas (161-143), les Pharisiens, les Esséniens, les Sadducéens; plus tard (3), il rappelle qu'un vjeil Essénien, nommé Judas, avait prédit qu'Antigone serait tué par Aristobule, (qui régna depuis 107 avant Jésus-Christ). Au

(1) De m\fsr. Abr. p. 415.

(2) Arch. 18, % 3. B. Jud. 2, 7. 14 ; 3, 8, 5 ; 3, 8, 7.

(3) Arch. 13, 1 1, 2. Bel. Jud. 1,3, 5.

temps de Josèphe» ils étaient au nombre de 4000 en Palestine seulement, disséminés dans les villes ety exerçant différents métiers ou réunis dans des bourgades, et se livrant aux travaux de Tagriculture. Pline dit que de son temps, ils habitaient à l'ouest de la Mer Morte ; mais ce n*est qu'après la grande guerre contre les Ro* mains et par suite des calamités qu'elle attira sur la Judée qu'ils se sont retirés là. Us prétendaient remon* ter à une haute antiquité et regardaient Moïse même comme le fondateur de leur communauté; Philon part de là pour dire que le législateur avait engagé un grand nombre deses intimes à former une association, qui porta plus tard le nom d'Esséniens (i).

32. — Les Esséniens étaient un corps d'ascètes, mais dont l'ascétisme reposait sur des théories Orphico- Pythagoriciennes plutôt que sur des idées puremeilt Judaïques. Us ne sortirent pas du sein des Chasidim ou Nazaréens, et il est téméraire d'affirmer qu'un Essé* Bien n'était qu'un Nazaréen perpétuel (2). Celui-ci s'abstenait de vin et de toute boison enivrante, et laissait croître sa chevelure, marques distinctives, qui ne se trouvent nullement chez l'autre ; d'ailleurs jamais Nazaréen ne s'est soumis à une manière de vivre aussi anti-Judaïque que celle des Esséniens. Ceux-ci ne peuvent non plus être sortis du sein du Judaïsme, comme on l'a dit récemment, par un développement spontané et exempt de toute influence extérieure, par exemple pour réaliser le type d'un royaume sacerdotal et fonder une corporation de prêtres, selon le droit que tout Israël avait au sacerdoce (5). Dans cette hypothèse, on ne s'explique pas leur manière de vivre, leur aversion contre les sa-

(1) Fragro. éd. Mangey. il, 632.

(2) Comme le fait Gratz. Hist. des Juifs depuis la mort de Judas Machabée, Leipzig 1856, 07.

(3) Opiuloo de Ritschl. dans Zeller s tbeol. Jabrbuch. 1835, p. 315.

crifices d^animaux et la prétention de choisir eux-mêmes leurs prêtres. — Enfin, les Esséniens ne sauraient être un produit de la philosophie religieuse des Judéo- Alexandrins (t), attachés au Platonisme, tandis que chez les Esséniens nous ne trouvons guère que des éléments orphico-pythagoriciens. Ceci ne doit pas nous étonner; car si depuis le milieu du 4® siècle ayant Jésus-Christ, les Pythagoriciens avaient cessé d'exister comme école philosophique, il n'en est pas moins prouvé (ne fût-ce que par les sarcasmes des poètes comiques de Tépoque Âlexandrine) , que leur doctrine morale et leur régime les maintenait encore, après le temps d'Alexandre, dans une association libre, quoique sans activité spéculative. On trouve chez eux l'aversion pour les sacrifices et la chair des animaux, l'emploi des vêtements blancs et de lin, et autres usages que Platon avait déjà remarqués parmi les Orphiques (â). Ces Pythagoriciens Orphiques se répandirent aussi dans la Syrie et vinrent naturellement en contact avec les Juifs, à l'époque de l'Hellénisme.

33. — Cependant, malgré ce mélange d'éléments judaïques et païens, qu'on remarque chez les Esséniens ils étaient monothéistes et se croyaient toujours de vrais disciples et même les seuls vrais disciples de Hoise, les vrais zélateurs de la Loi, entendue et interprétée à leur manière. Pleins de vénération pour le grand législateur, ils témoignaient, dit Josèphe, à son nom le plus grand respect après celui de Dieu et punissaient de mort un outrage proféré contre lui. Certains préceptes de la loi étaient chez eux aussi strictement interprétés et observés que chez les Pharisiens ; par

(i) Comme le prétend Dahne. art. Esséniens, dans TEncyel. de Hall. XXXVIII. p. 183.

(2) Leg. 6, 78Î.

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exemple la sanctification du Sabbat. Non contents de préparer les aliments dès la veille pour ne pas devoir allumer le feu le jour du sabbat, ils n*au» raient pas changé de place un vase quelconque ou satisfait un besoin naturel (i). En présence de ce zèle outré, on n'explique que par Finfluence des idées pythago* riciennes, l'omission d'une partie aussi importante de la loi que les sacrifices d'animaux et leur éloignement pour le temple — l'isolement de la communion reli** gieuse de toute la nation. Il faut ou qu'ils aient regardé comme une abrogation formelle certaines expressions de prophètes plus récents, en apparence peu favorables à ces sacrifices — ou détruit ce texte si clair de la loi, par une interprétation arbitraire et des allégories for«> cées.

34. — Les idées de pureté et d'impureté des choses matérielles dominaient toute l'existence des Esséniens et rendaient leur rapports avec d'autres, non-seule^ ment difficile comme pour les Juifs au milieu des Gentils, mais presque impossibles. Le contact de celui qui n'était pas Essénien ou d'un Essénien d'un rang ordinaire souillait et exigeait des purifications. L'huile souillait aussi et quiconque avait été oint devait se laver tout le corps. Les repas en commun étaient regardés comme des actes religieux; ils ne s'y rendaient qu'après des ablutions nombreuses et revêtus d'un habit de lin très-blanc qu'on déposait après le repas. Le boulanger donnait un pain à chaque convive, le cuisinier lui apportait un plat unique: et personne ne touchait aux aliments qu'après la prière et la bénédiction du prêtre. On le voit: c'était un repas de sacrifice, et en ce sens, Josèphe a pu dire que les Esséniens, exclus du sanctuaire commun des

(1) Jos. Bel. Jad. 2, 8. 0. Cfr. Porpbyr. de abst 4, 13, p. 54.

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Juifs, offraient des sacrifices dans leurs réunions (i). . 35. — Ils avaient sur les Démons ou Génies une théorie assez développée: en entrant dans Tassociation, ils devaient promettre de tenir secrets les noms des anges, dont ils recevraient communication. Cest probablement à cela que se rattachait le culte qu'ils rendaient au soleil, en s'abstenant de tout discours profane avant le lever de cet astre et en lui adressant certaines prières venues des ancêtres, pour qu'il parût sur l'horizon. Le soleil était donc pour eux, comme aussi pour Philon, un être vivant, intelligent et avait sans nul doute un nom secret. Une partie essentielle du culte qu'ils lui rendaient était de soustraire à son regard les parties sexuelles et les évacuations corporelles. Au moment de son admission, l'Essénien recevait une petite hache qui devait lui servir de bêche ; chaque jour il creusait une fosse à un pied de profondeur, et là il satisfaisait aux nécessités naturelles, en se couvrant en outre de ses habits, pour ne souiller les rayons de la divinité ; ensuite il devait rejeter la terre dans la fosse. Il recevait aussi un tablier, avec ordre de s'en revêtir dans les ablutions, pour ne pas manquer au respect dû au soleil.

36. — La communauté de biens existait parmi eux ; le produit de leurs travaux était versé dans une caisse commune, confiée à des hommes choisis par la confiance générale. L'individu ne possédait rien et cédait ce qu'il avait, en entrant dans la communauté. Il n*y avait donc parmi eux ni vente ni achat. Le mariage leur était interdit et Pline les appelle « le peuple éternel, où personne ne naît (s) ; » pour l'alimentation et la toilette, ils se bornaient au strict nécessaire et ne changeaient d'habits ou de chaussures que lorsqu'ils tom-

(1) Arch. 18, 1.15.

(2) PUn, H. N. 5, 15. Pbil. Atig. n, 603.

baient en lambeaux. Les malades, incapables de travailler, les étrangers, les voyageurs appartenant à la secte étaient largement subsidiés par la caisse commune et les anciens étaient vénérés comme des pères. L'esclavage n'était pas toléré et leurs artisans ne pouvaient fabriquer des armes ou autres instruments de guerre. Le devoir de l'obéissance était soigneusement maintenu, et l'Essénien ne faisait rien que sur l'ordre du supérieur: ils sont libres, dit Josèphe, en deux choses seulement, porter du secours et compatir au prochain. Tout serment était interdit. Dans leurs réunions, dans leurs repas régnait un calme solennel, qui faisait croire aux non-associés qu'ils étaient au milieu d'hommes, chargés de terribles secrets. Pour une décision juridique, il fallait la présence d'au moins cent associés.

37. — On ne recevait que des adultes et encore après une épreuve d'un an : l'admission se faisait par degrés. Au bout d'un an, les novices étaient admis aux ablutions, mais pas encore aux repas. Suivait une épreuve de deux ans, après laquelle on admettait définitivement ceux qui y avaient montré un . caractère ferme et un grand empire sur eux-mêmes. Ils faisaient alors leur dernier serment, et s'astreignaient aux règles d'une vie austère et à un inviolable secret, même au milieu des tourments, sur tout ce qui avait trait à l'association. Le sort de celui qu'une faute grave avait fait exclure était dépjorable ; son vœu lui défendant d'accepter le pain d'un profane, il devait se nourrir d'herbes ; enfin, on l'accueillait de nouveau pour Tarracher à une mort .certaine. Les Esséniens étaient partagés en quatre catégories, selon la date de leur admission : ceux du degré supérieur devaient se purifier, après avoir été touchés par un inférieur. Ils enseignaient comme les Pythagoriciens, que l'âme formée de l'éther le plus subtil, entre dans le corps, en vertu d'une at-

traction naturelle et y est ensuite comme enchaînée ; une fois délivrée de ces liens corporels» elle tressaillira d'allégresse et prendra son essor vers le ciel. Les justes étaient en outre admis dans un paradis terrestre, situé au-delà de TOcéan — les méchants seront refoulés dans un séjour sombre, où les tourments les attendent.

58. — Les Esséniens, dit Philon (t), mettant de côté la Logique et la Physique, s'occupaient spécialement de la morale, qui avait chez eux un caractère tout as* cétique et tendait surtout à mortifier toute sensualité. La volupté était détestée comme le péché et la continence regardée comme le fondement de toutes les au* très vertus. Cest ce qui explique leur longévité et la grand nombre de centenaires qu'ils avaient parmi eux. Au milieu des supplices, ils montraient une constance inébranlable. Plusieurs d'entr'eux possédaient, croyaiton, le don de prophétie. — Un groupe d'Esséniens, détachés du corps principal^ se permettait le mariage: ils éprouvaient leurs fiancées durant trois ans, ne les épousaient que lorsque trois menstrues régulières leur avaient donné l'espoir de devenir mères.

39. — Cette remarquable association présente donc un singulier mélange de paganisme et de rigorisme pharisaïque dans l'accomplissement de certaines prescriptions légales. Le culte qu'ils rendaient au soleil était évidemment emprunté aux païens et leur donnait une teinte très-prononcée de Pythagoréisme, qu'ils prétendaient sans doute concilier avec le Monotheisme.de Moïse. La loi avait, à la vérité, expressément défendu d'honorer le soleil ; mais l'exégèse qui avait écarté les sacrifices d'animaux, leur sera encore venue ici en aide ; plus d'une expression biblique sur cet astre et ses rapports avec Dieu leur aura paru permettre devoir

(I) Qaod omnisprob. lib. p. 4SS8.Mang.

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en lui un étredivin, quoique inférieur et étant à Jëhova ce qu*il était à Ormuzd dans la doctrine des Perses. Les Esséniens qui envoyaient régulièrement leurs offrandes au temple, devaient cependant être repoussés par les Juifs et exclus de la communion religieuse, comme infectés des erreurs du gentilisme. Mais après la destruction du temple, l'horreur des sacrifices d'animaux perdit toute signification pratique: la constance admirable, l'attachement à la loi dont ils firent preuve dans la guerre de la Judée, leur assurèrent les sympathies d'un grand nombre de vrais croyants, et l'on comprend comment Josèphe les peint si favorablement.

40. — Pendant que les Esséniens menaient au milieu de leurs compatriotes, une vie active et laborieuse, on vit les Thérapeutes s'éloigner des villes et se vouer, aux environs d'Alexandrie, à une vie contemplative. Isolés dans des habitations étroites et pauvres, ils abandonnaient tout travail manuel, pour s'occuper exclusivement de la méditation des choses divines et de la lecture des livres saints qu'ils expliquaient allégoriquement. Chaque habitation avait un endroit sacré (semnion ou Monastérion), où, selon l'expression de Pbilon, ils accomplissaient les mystères de leur sainte vie. Le jour du Sabbat, ils se réunissaientdans le sanctuaire commun, les hommes toujours séparés des femmes, pour y entendre la parole d'un ancien. Ce jour-là, la nourriture un peu plus abondante, compensait la diète sévère et le jeûne presque continuel de la semaine ; mais la chair et le vin restaient toujours défendus. Toutes les sept semaines, ils s'assemblaient, vêtus de blanc, dans un repas assaisonné de prières, d'entretiens et de cantiques spirituels et suivi d'une fête nocturne. Hommes et femmes, commençaient, séparés en deux chœurs, une danse accompagnée de chant ; peu après les chœurs se mêlaient et continuaient

cet exercice jusqu'aux premières lueup de Taube (i). 41. — Rien ne prouve qu*un lien quelconque ait existé entre les Esséniens de la Palestine et les Théra* peutes de TEgypte. Les premiers étaient une secte hérétique; mais dans Philon, qui seul donne quelques détails sur les Thérapeutes, nous ne trouvons rien qui puisse nous autoriser à les croire séparés du reste des Juifs. De plus il est permis de conclure du silence de Philon et des danses religieuses qu'ils ne poussaient pas, à ses dernières conséquences, comme les Esséniens, la distinction de pur et d*impur. De plus, on ne signale nulle part chez eux les doctrines et coutumes orphico-pythagoriciennes, trouvéeschez ceux-là, comme le culte du soleil, Thorreur des sacrifices d'animaux, la défense du serment et la doctrine de T&me éthérée, enchaînée dans le corps comme dans une prison. L'in^ terprétation allégorique de la Bible, ne prouve pas encore que les Thérapeutes aient subi TinSuence de la philosophie grecque. C'était donc une corporation d'ascètes Juifs, décidés à maintenir le lien religieux qui les unissait au reste de la nation, qui de son côté ne les repoussait pas.

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