‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 39 sur 75 · ASMONÉENS ET HÉRODIENS. — DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

ASMONÉENS ET HÉRODIENS. — DOMINATION ROMAINE

42. — Â Simon, traîtreusement assassiné succéda, l'an 138 av. J.-C, Jean Hyrcan. Ce prince, prudent, vaillant et ferme porta toujours la cuirasse sous l'éphod et régna avec gloire. Le temple élevé par les Samaritains sur le mont Garizim fut détruit: les Iduméens, fières, mauvais, puis sujets infidèles et ennemis con-

(\) Phil. quo4 omois prob. lib. p. 4S8 sq. Maug.

ET judaïsme. 143

stants de Juda furent soumis, et forcés à la circoncision et incorporés ^ans TEtat Juif. Hyrcan ne pensa point qu'une famille iduméenne ruinerait sa maison et occuperait le trône de ses descendants légitimes. Les côtes de la mer étaient conquises et les Juifs de la Palestine s'adonnèrent de plus en plus au commerce, à Texemple de leurs frères dispersés au milieu des Gentils. En même temps, on pensa à s'assurer, par un traité d'alliance la puissante protection de Rome.

43. — Hais, déjà se développait le germe des dissensions religieuses et les Juifs devaient apprendre, pour leur malheur, ce que c'est pour un peuple d'avoir dans son sein et dans les hautes positions sociales, un parti comme celui des Sadducéens. Un Pharisien, nommé Eléazar, prétentant que la mère d'Hyrcan avait été d'abord esclave, avait poussé la témérité jusqu'à lui contester le Pontificat pour ne lui laisser que l'au" torité temporelle; les autres Pharisiens avaient châtié cette insolence, mais pas avec assez de sévérité, au gré .du prince irrité. Il s'éloigna d'eux, et oubliant qu'ils avaient toujours été les plus fermes appuis de sa famille, il les expulsa des positions les plus élevées et mit à leur place des partisans des Sadducéens (i). Le peuple se vit forcé de reconnaître pour représentants et interprètes de la Loi, des hommes qui n'avaient aucune estime pour ce qu'il regardait comme ses trésors et auraient voulu réduire la Judée à n'être plus que la copie des états païens de la Grèce.

44. — Des abominations souillèrent la famille des Asmonéens. Aristobule, fils aîné d'Hyrcan, non content du pontificat, prit le titre de Roi, fit périr de faim sa mère qu'il avait jetée dans la prison, livra son frère au dernier supplice et succomba un an après aux re-

(1) Jos. Arcb. 13, iO, 6.

mords de sa conscience. Il semble que, sous son frère et successeur, Alexandre Jannée, les Pharisiens, fevorisés par la princesse sa femme, exercèrent pour quelque temps une assez grande influence. Des traditions judaïques nous apprennent que Simon-ben-Schetacb, Docteur de la Loi, parvint à écarter les Sadducéens du Sanhédrin et à faire de celui-ci Torgane exclusif de la doctrine pharisalque (100 av. J.^.); épuration dont on solennisa ensuite tous les ans le souvenir (i).

4S. — Hais Jannée, entraîné par son favori Diogène, ne tarda pas à se rallier aux Sadducéens et alla même jusqu*à flétrir lerit pharisaïque,à la fête des tabernacles où il paraissait en qualité de Grand-Prétre. Le peuple, exaspéré lui jeta dans le temple même des citrons & la tête avec des cris afi'reux contre ce fils d'une esclave. Il lança sur la foule sa garde, composée d'étrangers et six mille personnes environ furent massacrées (95 av. J.^.) Le parti des Pharisiens excita une guerre civile qui dura six ans, et coûta la vie à 50,000 hommes ; Jannée triomphant enfin fit mettre en croix 1800 pharisiens captifs et massacrer sous leurs yeux leurs femmes et leurs enfants. D*une terrasse de son palais, où il avait dressé un grand banquet à ses concubines, il assista lui-même à ce spectacle. La nuit suivante, 8000 Pharisiens quittèrent leur patrie, pour chercher un abri en Syrie ou en Egypte. Après ce forfait, Jannée osa en qualité de Grand-Prêtre, entrer dans le Saint des saints et offrir de ses mains dégouttantes de sang, un sacrifice pour les péchés du peuple et les siens. En mourant, il recommanda à son épouse en lui confiant la régence, de suivre en tout les conseils des Phari** siens, reconnaissant enfin que les Sadducéens, exécrés par le peuple, ne pouvaient être de solides appuis pour

(i) Grfttz. p. 154 et 471.

ET judaïsme. 145

l!autorité royale (79 av. J.-C). La régence deSalomé assura donc le triomphe des Pharisiens, revenus de Texil, et les traditions Juives disent qu'alors Juda-ben- Tabbai et Simon-ben-Schetach, deux chefs du Sanhédrin, commencèrent à administrer le Judaïsme légal dans le sens pharisalque: aussi furent-ils vénérés comme les restaurateurs qui avaient rendu à la couronne de la Loi son antique splendeur. Une fête annuelle célébra ce triomphe, l'abolition du code pénal Sadducéen et l'introduction des prescriptions rituelles des Pharisiens (i) ; une terrible vengeance frappa un grand nombre de Sadducéens.

46. — La mort de la reine Salomé fut le signal d'une guerre fratricide entre ses deux fils, Hyrcan II et Aristobule. Les deux partis appelèrent les Romains à leur secours et dès ce moment il en était fait de la liberté et de l'indépendance de Juda. L'an 63 av. J.-C, Pompée s'empara de Jérusalem; 12000 Juifs furent tués: le conquérant entra avec ses ofiiciers dans l'intérieur du temple où un gentil ne pouvait mettre le pied, et pénétra — sous les yeux des Juifs atterrés par cette profanation, — dans le Saint des saints, où il fut étonné de ne pas trouver une image de la divinité. La royauté des Macchabées finit le jour où naquit Auguste; l'indépendance de la nation avait duré un siècle.

47. — Un double joug fut imposé à un peuple qui avait exécré toujours la domination étrangère comme une atteinte portée à sa religion. Un Idum^en, nommé Antipater, qui s'était élevé par la faiblesse d'Hrycan, incapable de se guider lui-même et par la faveur des Romains, se fraya ainsi qu'à son fils Hérode, le chemin du tronc. Les Romains étaient cependant les vrais dominateurs; les deux Iduméens rampèrent à leurs pieds

(l)Grstz.p. 143;4i2.

146 PAGAMSXB

et Hérode sacrifia le bien-être de ses nouveaux sujets et les accabla d^împôts, pour pouvoir faire d*immenses présents à ses protecteurs. Si la Judée fut devenue une province romaine, immédiatement après la concpiëte de Pompée, elle n*aurait pas vu, au moins depuis Auguste les calamités qui Taccablërent et aurait pu, sous une administration sévère, il est vrai, mais toujours régulière, se relever et acquérir comme les autres provinces de l'Empire, une prospérité relative. Mais dans sa situation intermédiaire de royaume sans indépendance et livré à la tyrannie d*un Hérode, en même temps qu*à la rapacité et à Tarbitraire de fonctionnaires romains, elle souffrit des maux incalculables. Les derniers rejetons de la famille des Asmonéens périrent sous le fer d*Hérode ou dans des efforts impuissants qu'ils firent pour ressaisir la couronne. Antigone, fils d'Aristobule, et protégé par les Parthes, fut roi un instant, et usa de son autorité éphémère pour faire couper les oreilles à son oncle, dans le but de le rendre inhabile au Pontificat. Hérode cependant, se voyait nommer et couronner roi de Judée à Rome, où huit jours auparavant, il était arrivé en fugitif désespéré. Les légions romaines le reconduisirent et le jour même, où 37 ans auparavant Pompée s'était rendu maître de la ville, Jérusalem tomba après un siège de cinq mois, au pouvoir d'une armée étrangère et exaspérée par line longue résistance. Les habitants furent massacrés dans les rues et dans leurs maisons, et ce ne fut que par de grands présents, prodigués aux simples soldats qu'Hérode qui ne voulait pas régner sur des ruines, sauva la ville des fureurs de l'incendie. Antigone, le dernier des princes-pontifes de la famille 'des Asmonéens, fut décapité sur les ordres d'Antoine et les instances d'Hérode.

Page 1