‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 44 sur 75 · PROSÉLYTES. — SACRIFICES. — PRIÈRES ET FÊTES. — IMPURETÉS LÉGALES · texte numérisé non relu

PROSÉLYTES. — SACRIFICES. — PRIÈRES ET FÊTES. — IMPURETÉS LÉGALES

96. — La circoncision était commune aux Juifs et aux Egyptiens, et il est très-possible que du pays du Nil, elle ait passé en Palestine, où elle fut adoptée par les patriarches d*lsraêl. Hérodote, au moins, affirme que les habitants de la Palestine, ont jadis reconnu que cette coutume avait pris naissance en Egypte. Elle n*y était cependant pas admise par le peuple mais seulement par les castes des prêtres et des guerriers: chez les Juifs, au contraire, elle prouvait qu*on appartenait au corps de la nation. En Palestine elle passa aux Iduméens,auxHoabites, aux Ammonites et même aux Arabes, sans doute parce qu'ils étaient issus de la même souche que les Hébreux. Ainsi, c'est avec réserve qu'il faut croire Josèphe, quand il ditqueie législateur hébreu voulut, par ce signe caractéristique, séparer sou peuple de toutes les nations du globe. Les habitants de la Colchide, cqlonie égyptienne, et les Ethiopiens observaient aussi, s'il faut croire Hérodote, cette pratique religieuse. L'hygiène, la propreté, la fécondité et la crainte d'infirmités propres à l'Orient, motifs auxquels on a

(1) Exod. 2J, 13. Num. 35. 9 sq. Deut. 19, 1 sq.

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voulu attribuer l'origine de ce rite, ne peuvent certainement pas Texpliquer. Probablement c'était dans le principe une espèce de consécration du corps de l'homme à la divinité, introduite, au moins en Pales* tine, comme une digue contre la coutume sanglante des sacrifices d'enfants. Si l'on se rappelle que même à Rome et dans les Gaules, les sacrifices humains furent remplacés par une légère égratignure et l'effusion de quelques gouttes de sang, on admettra facilement que la circoncision fut une consécration substituée à l'immolation, et fut à la coutume juive, ce que les lustra-^ tions païennes étaient au baptême chrétien. Â cela se rattacha encore l'idée de la sanctification des membres et de l'acte destinés à la propagation de l'espèce humaine (i).

97. — Les enfants circoncis étaient, au moins selon l'assertion des Juifs des derniers temps, considérés comme c voués à Dieu par le sang (s). » L'enfant était donc consacré à Dieu par la circoncision et admis dans la communauté qui c devait être un royaume de prêtres et un peuple saint (s). » La circoncision, négligée dans le désert, fut remise en vigueur par Josué et ce devint une honte de ne pas être circoncis (4) ; le contact d'un tel homme impur et profane devait être évité à tout prix. La cérémonie pouvait être faite par tout Israélite; mais elle l'était ordinairement par le père de famiUe, le huitième jour après la naissance de son fils.

(1) La cirooncisioD ftit donnée par Dieu à Abraham, comme le sifoe de ralliance qu*U contraetait avec lui. Voir la Genèse, ch.xvin, versets 10 à U. La circoncision, disent les interprètes, servait k distinguer le peuple juif d*avec les infidèles, et préfigurait le baptême.

Note de lapriiente édition.

(2) Comp. Exod. ii-S6.

(3) Exod. 19, 6.

(4)Ezecb Si, 19, 21.

Les esclaves, même ceux qui ne desccBdaient pas d*Abraham, devaient s*y soumettre. Qui s*y refusait était menacé d'extermination, c comme rompant l'alliance avec Dieu. »

98. — Une institution, tout à fait particulière au peuple hébreu, était la sanctification du Sabbat, intro* duite par Moïse. Le jour où Dieu avait achevé Tœuvre de la création, lui appartenait d'une manière spéciale, et non-seulement l'homme, mais aussi les animaux do* mesti<)|ues, devaient le sanctifier en s'abstenant de toute oeuvre servile. L'Israélitedevaitce jour^là prendre part au repos deDieu et rendre ainsi un témoignage sincère et public de sa vénération pour le Créateur et le mai* tre du monde: c'était le jour de Talliance et l'observation en était un signe durable du pacte que Dieu avait fait avec Israël (i). On ne pouvait donc pas allumer du feu pour cuire les aliments : on les prenait froids ei le repas du soir n'était préparé qu'après le coucher du soleil (entre 5 et 7 heures). La loi ne prescrivait du reste aucune pratique positive, aucun exercice religieux: pour satisfaire au précepte, il suffisait d'observer un repos absolu. Les dispositions concernant le sacrifice du Sabbat et le changement des pains de proposition ne regardaient que les prêtres et les ministres du temple.

99. — Ce n'est que plus tard qu'on précisa ce dont il fallait s'abstenir le jour du Sabbat. Il fut défendu de se mettre alors en voyage et de faire plus de mille pas. Le repos devait, d'après Philon, s'étendre jusqu'au règne végétal et on ne pouvait ni couper une branche ni cueillir un fruit. Josèphe a dit le premier qu'on regardait comme un devoir ou au moins qu'on recommandait d'employer le Sabbat à la méditation de la loi (â).

(1) Exod. 3t. 13-17. Ezecb. 20. âO-2S.

(2; Arch. 16, 2, 4.

Au temps du Sauveur les exercices religieux de la Sy« nagogue consistaient dans la prière, dans la lecture et dans TexpUcation des livres saints. Personne ne jeûnait; mais tous, habillés comme aux jours de fête, se réunissaient autour d*une table joyeuse.

100. — La religion, ayant consacré les rapports que l'Israélite avait avec la terre que le Seigneur lui avait accordée, celle-ci devait aussi jouir du Sabbat et avoir une certaine part au repos observé par Dieu le septième jour (i). Ainsi, tous les sept ans, on laissait les champs en friche; les vignes n'étaient pas taillées et on abandonnait les raisins, ainsi que les céréales, qui croissaient d'une manière spontanée» Les productions des champs appartenaient aux créatures vivantes. On ne pouvait cette année-là, exiger le payement des dettes. L'année sabbatique produisait deux résultats : le repos augmentait la fertilité des terres, en même temps qu'il réparait les forces de l'homme et des animaux. Si les propriétaires perdaient le produit d'une année, le peuple en général et surtout les pauvres y gagnaient : la perte même du (»*opriétaire était compensée par l'abondance des six autres années.

101. — Un autre sabbat, mais beaucoup plus important par ses effets, était célébré tous les cinquante ans. L'année du jubilé suspendait les travaux des champs, donnait la liberté aux esclaves d'origine juive, et rendait à tous les anciennes possessions qu'ils avaient aliénées. Vendre des immeubles n'était donc chez les Hébreux que renoncer à l'usufruit: la vente se faisait sous la réserve du rachat ; le prix devenait, à proprement parler, un loyer minime ou élevé, selon que l'année du Jubilé était plus* ou moins éloignée. Cette institution, unique dans son genre, avait pour but une

Cl) Exod 23, M. Lev. 25,2-8. Jos. Arch 3, 12,3.

rénovation sociale, la restauration des rapports de possession et de propriété: elle rétablissait l'égalité dans les fortunes, empêchait le sol de tomber entre les mains d*un petit nombre de propriétaires, et les pauvres d*étre expropriés par les riches et de devenir de simples fermiers ou des mercenaires.

102. — Les Lévites représentaient, à proprement parler, les premiers-nés dlraèl, qui devaient, d*après la loi, être consacrés au Seigneur: selon les traditions juives, les aînés de toutes les tribus étaient originairement appelés au service des autels. Depuis la vocation des fils de Lévi, les premiers-nés des autres tribus ne devaient plus être portés au temple qu*un mois aprèsleur naissance, .pour y être rachetée au prixfixépar les prêtres, mais qui ne pouvait dépasser cinq sicles (i). Les Lévites appartenaient donc d'une manière particulière au Seigneur qui était aussi leur héritage (s). Quand ils furent séparés pour la première fois du reste du peuple, et placés devant Âaron et ses fils, les enfants d'Israël, c'est-à-dire les anciens de chaque tribu, avaient placé la main sur la tête des Lévites, pour marquer qu'ils étaient comme l'offrande de toute la nation (3).

103. — La tribu de Lévi ne pouvait avoir de propriété territoriale, et perdait par là, quoique recevant les dîmes en compensation, une position influente. Ils habitaient 48 villes, situées au milieu des autres tribus, et qui leur avaient été assignées avec leur territoire. Ils étaient partagés en quatre classes : serviteurs des prêtres qui avant la captivité étaient de 24000 : gardiens du temple au nombre de 4000 ; chantres et musiciens, également 4000, juges et fonc^

ri) Exod. 13,13.

(3) Jûs. 13, 33.

(3) Num 8, 5 sq.

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tionnaires, au nombre de 6000 (i). Les chantres et les musiciens étaient subdivisés en 24 classes, dont une était alternativement chargée du service. Les Lévites entraient en fonctions à Tâge de trente ans et y restaient vingt ans: une décision de David les y admit à Tâge de vingt ans. Ils ouvraient, fermaient, nettoyaient le temple, veillaient sur les trésors et les provisions, recueillaient la dime et les prémices, procuraient ce qu*il fallait pour les libations, les parfums, les sacrifices et les fêtes, aidaient les prêtres à immoler, et à écorcher les victimes, mais ne pouvaient s*approcher de Tautel. Les travaux plus abjects, comme de fendre le bois et d'apporter Teau, étaient faits par les esclaves du temple qui d escendaien t de peuplades subj uguées par les Hébreux («). Au reste les Lévites s'habillaient comme les autres juifs, étaient exempts de la guerre et de tout impôt, même sous la domination étrangère. Les fonctions de juges ne leur étaient pas exclusivement réservées ; mais depuis David, ils les remplissaient presque toujours, ainsi que les charges municipales.

104. — Comme Israël devait être un peuple de prêtres, consacré à Jébova qui l'avait choisi, c'est dans le clergé, recruté dans la seule famille d'Aaron, que la dignité et les obligations religieuses de toute la nation se montraient avec le plus de force, comme dominant et employant tout le reste comme simple moyen : la famille sacerdotale était devant Dieu le représentant et le mandataire du peuple, considéré comme une personne morale. Surtout la vocation céleste était avant tout visible dans l'hérédité, dans le fait même de la naissance au sein d'une race sacerdotale, choisie par Jéhova : le sacerdoce, pour lequel il ne fallait pas de

(1) I Paralip. 23, i.

(2) ios. 9, 23. 1 Esd. 3, 38; 8, 90.

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dispositions particulières, ni une grande culture in^ tellectuelle, ne paraissait pas être le résultat d*att libre choix, mais une profession, assignée par la naissance et conséquemment par une intervention supé<» rieure. Remplir des fonctions sacerdotales, sans être prêtre, était un crime puni de mort. Malgré cela, les prêtres juifs ne formaient pas une caste particulière, et pouvaient prendre leurs épouses dans d*autres tribus que la leur.

103. — Le prêtre qui foulait les dalles sacrées du temple et s*approcbait des autels devait être exempt de défauts corporels: ceux-ci ne le privaient certes pas des moyens de subsistance, mais Téloigoaient des autels comme ne réfléchissant pas dans son exté^ rieur les perfections de la divinité et la sainteté du culte (i). Pour ce motif aussi, il ne pouvait épouser une fille perdue ou une femme répudiée : si une de ses filles s'abandonnait publiquement, elle était livrée aux flammes, comme ayant déshonoré la dignité de son père {à). Personne n*était admis aux fonctions sacerdotales, à moins d*avoir vingt ans. L'obligation de prouver son origine, qui fut, après la captivité, imposée aux prêtres, les forçait de mettre le plus grand soin à la confection de leurs registres de famille (3). Us s'occupaient principalement des sacrifices: aussi leur, consécration était-elle une espèce de sacrifice ou au moins une cérémonie intimement liée à cet acte liturgique. L'aspirant au sacerdoce offrait d'abord un taureau en expiation ; car le péché, qui élève entre Dieu et l'homme un mur de séparation, devait être détruit en celui qui allait se vouer tout entier au service de la Divinité. Un bélier était ensuite offert en holocauste ;

(DLev.Sl.Sâ.

(2) ib. 93, 9.

(3) 1 EsU. X 6i. 2 Esd. 7, 64. 4os. CODt. Ap. 1, 7.

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puis on oignait, pour les sanctifier, Toreille, le pouce et Forteil avec le sang d*un second bélier (i); le sang qui restait était en partie épanché autour de l'autel, et en partie mêlé à de l'huile, pour en asperger l'aspirant et ses vêtements. Le bélier était coupé en morceaux qu'on plaçait avecquelquesgâteauxde froment, cuits sans levain dans les mains du nouveau prêtre, pour être brûlés ensuite. Ainsi, dans cette cérémonie, on offrait le triple sacrifice, propitiatoire, eucharistique et l'holocauste.

106. — Les prêtres seuls servaient à l'autel ; ils entretenaient le feu perpétuel de l'autel des holocaustes: apportaient les offrandes, arrosaient de sang les objets énoncés dans la loi, allumaient le feu qui devait consumer les victimes, entraient dans le premier sanctuaire, alimentaient les lampes du chandelier d'or et faisaient les prières publiques. Ils étaient chargés d'annoncer la loi au peuple (2), surtout aux trois grandes fêtes, et de l'appliquer dans les contestations qui avaient un caractère privé. Le roi Josaphat établit même à Jérusalem un tribunal, composé de prêtres et de lévites (s). Les prêtres accompagnaient l'armée à la guerre et avaient leur part du butin: le sacerdoce était compatible avec des fonctions militaires: le prêtre Banaïas commandait la garde et était en outre général de l'armée de Salomon. Sadoc et Jolada, tous deux de la famille d'Aaron, étaient officiers dans l'armée de David. Les Machabées étaient, comme on sait, de race sacerdotale.

107. — Les prêtres avaient, pour subsister, les prémices des blés, du pain, des fruits, des animaux, exigés trois fois par an, puis les oblations et les rançons des

(1) Exod. 25, 15 18.

(2) Deul. 17, 8, sq; 19, 17; 21, 5; 2, Par. 17. 8. (5) 2 Par. 19, 8. Jos. coul. Ap. 2, 21.

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prenUers-nés. Les restes des sacrifices expiatoires, la poitrine et Tépaule droite des victimes pacifiques leur appartenaient aussi; leur famille avait le droit de man* ger les aliments sacrés. Hais pour être admis à ces repasy il fallait être exempt de toute impureté légale. Ils devaient donc éviter le contact des cadavres, excepté de ceux de leurs proches parents et s'abstenir de leurs épouses et de boisson enivrante, pour toute la durée de leur service dans le temple (i). Avant de s'approcher de l'autel des parfums et de Tarche d'alliance, ils se lavaient les mains et les pieds (s).

108. — Us avaient, comme les Lévites, plusieurs villes (13), toutes peu éloignées de Jérusalem, et situées dans les tribus de Juda, de Benjamin et de Siméon. Ce ne fut qu'après la captivité que quelques familles sar cerdotales se fixèrent à Jérusalem même. Quand leurs fonctions les appelaient à Jérusalem, ils avaient des appartements dans l'enceinte du temple. Ils levaient la dime sur la dîme des Lévites. C'était une corporation très-unie, très-respectée par le peuple et formant une espèce d'aristocratie. En dehors du temple, ils portaient le costume national, mais dans le temple un habit de lin, et marchaient pieds nus dans le sanctuaire. Partagés en 24 classes, ils oflSciaient par tour et le détail des fonctions était assigné à chacun par la voie du sort. La conservation et l'interprétation du livre de la Loi, lequel leur avait été confié ainsi qu'aux anciens, leur incombaient ; toutefois la connaissance de la loi était indispensable à quiconque devait rendre la justice, et chaque roi en recevait un exemplaire lors de son inauguration. Un sacerdoce de femmes ne pou* vait se produire au sein du peuple hébreu; non-seule-

(f)Lev. 10,8, H.

(S) Exod. 30, SI.

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ment il n*avait pas de culte de la nature, mais sa religion écartait et comprimait toute aspiration semblable.

109. — Au sommet de la hiérarchie sacerdotale se trouvait le Grand-Prôtre, qui résumait dans sa personne le peuple tout entier, considéré comme spécialement consacré à Jéhova. Médiateur entre Dieu et son peuple, chef de Téglise juive, il devait aussi posséder au plus haut degré la pureté, la sainteté de TAncien Testament; comme il s'approchait de Jéhova au nom dlsraël, et amenait à Dieu une nation infidèle, il fallait que sa sainteté passât à la nation et eifaçat en quelque sorte les souillures du grand nombre. Tous savaient cependant que leur chef spirituel et leur représentant auprès de Dieu était toujours un homme pécheur, qui avait lui-même besoin d*étre purifié par le sang des victimes même qu*il immolait pour la réconciliation du peuple. Une pureté rituelle très-sévère lui était imposée: une vierge pure pouvait seule devenir son épouse: tout signe de deuil lui était interdit, ainsi que le contact des cadavres, même de ses parents. Sept jours avant la grande fête de l'expiation il se séparait de sa famille, de peur que la présence de son épouse n'altérât la pureté que demandait le sacrifice de ce jour.

110. — Les vêtements du Grand-Prêtre étaient symboliques et de la dernière magnificence. Moïse en avait revêtu le premier Pontife en le sacrant avec l'huile sainte, en présence de tout le peuple (i). L'Ephod, robe courte et collante, était retenu sur l'épaule par des onyx où étaient gravés les noms des douze tribus. Sur l'éphod et devant la poitrine pendait un petit bouclier quadrangulaire de même étoffe, avec douze

(i) Lev. 8, 4-19.

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pierres précieuses, dont chacune portait le nom d'une des tribus. Dans cet éc4i, en forme de poche et ouvert en haut, était placé Toracle auguste : t l*Urîm et Thummim • (c'est-à-dire, lumière et salut, ou d'après Phi- Ion, révélation et vérité). On avait beaucoup discuté sur la nature de cet oracle. Et cependant le texte de Josèphe, que Philon ne contredit nullement, est on ne peut plus clair. Le plus ou moins d'éclat de ces pierres précieuses et le jeu des couleurs qui en résultait, servait au Grand-Prétre pour ses prédictions. Pour faire luire les pierres, il employait l'Urim et Thummim ; car ceci différait des pierres du pectoral, comme il résulte clairement des paroles suivantes: c mettez l'Urim dans le rational. » Il fallait évidemment une cause pour que, dans les consultations, les pierres sortissent de leur état naturel et produisissent ces mi* roitements révélateurs. Or, d'après les expressions très-claires de la loi (i), l'Urim et Thummim était un objet, différent des douze pierres et qu'on plaçait ou fixait dans le pectoral ; l'oracle ou c Logion » était double, d'après Philon, c'est-à-dire, il consistait en deux tissus, de sorte que les pierres étaient séparées de l'Urim par une couche intermédiaire (s). Il se passait ici cependant quelque chose d'extraordinaire, comme on peut le conclure du passage ob Josèphe dît que depuis deux cents ans, les pierres du rational avaient

(1) Exod. 38, 30 Comp. Exod 25, i6. 21.

(2) Il dit dans un passage : rîi >iiyf$ rtr^yênn ftirXéPf lusrir- Kf i»«(f r« (Vit Mos 3 Op. il, t52), et aiHeurs : i^ci t*« X«yf/«9 ftrrm v^m^fmrM »«r«ir«i«<AAfli. (Mon. 3, II, 2£6). Ces deux passages s'expliquent Fun par Tautre et cooirment les paroles de Josèpbe qui, loin de confondre les douze pieirea avec le x«yi«v, les distinguent expreesémeot (Arch. 8, 3, 8): rut wêfnfta-if i%mfitTi xtu A«yif imm >itèêiç.^ et dit

(Arch. 3, 8, 9) que le pectoral porte le nom de A«yiM. Tout comme Pbilon.

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cessé de luire, parce que les prévarications du peuple avaient enflammé le courroux de Dieu. La chose n*était donc pas abandonnée à l'arbitraire de Tbomme ; car, dans cette hypothèse, on eût eu soin de faire durer Toracle, que rien de semblable n'a remplacé.

m. — Qu'était-ce maintenant que l'Urim? Voilà ce qui reste entièrement obscur. La tradition juive dit que c'étaient deux pierres avec les deux noms de Dieu, qui produisaient une action lumineuse sur les pierres du rational. Les rabbins prétendent (mais c'est là une opinion beaucoup plus récente) que le Grand-Prêtre 4isait la volonté divine et les secrets de l'avenir, dans l'éclat particulier dont rayonnaient les lettres des noms des tribus. Les pères grecs, comme Cyrille, hésitent et ne savent s'il faut voir dans l'Urim et Thummim une petite tablette d'or ou deux pierres, dont l'une était appelée Urim et l'autre Thummim, ou sur lesquelles étaient gravés ces deux mots (i). C'était en tout cas, plus qu'un simple symbole auprès des réponses provenant uniquement de l'enthousiasme du Grand-Prétre (2) ; plus aussi que l'inspiration toute intérieure des prophètes (s). Il est certes très-possible que le Grand-Prétre ait alors senti une certaine surexcitation, provoquée -peut-être par des exercices ascétiques; mais il ne pouvait se départir de ce qu'il voyait dans les pierres du rational. S'il en avait été autrement, Josèphe qui, comme descendant d'une famille sacerdotale, était cer-

(1) Voyez les passages réunis dans la longue note de Hernard sur Josèphe (Ed. Harercanp. i, 105.)

(2) Opinion de Bftfar, symbolique doMosalsme, ii, 436.

(3) Théorie de Bellermann : Urim et Thommim, etc. p. 22. — Ewald, antiq. Jud. p 330 et autres, pensent qu'on agitait deux petites pierres en f^uise de sorts dans le pectoral, et qu'ensuite on en ôtait Tune d'elles. Mais cette boutade toute moderne contredit les témoignages précis de l'antiquité.

tainement bien insirait, aurait dit: il y a deux cents ans que Tenthousiasine prophétique du Grand-Préire a cessé, comme cessaient alors les autres prophéties. Or, il dit en termes exprès: les pierres ne projettent plus de lumière, pas plus celles du Rational, que les onyx de Tépaule.

112. — Le Grand-Prètre portait une mitre, sur le devant de laquelle il y avait une plaque d'or avec ces mots: consacré à Jébova. Dans son sacre, on répandit sur la tête Fhuile sainte — symbole de la communication de l'Esprit de Dieu — ensuite, on lui faisait, selon les traditions juives, sur le front un signe de croix (à peu près comme la croix de saint André). Aussi était-il particulièrement l'Oint du Seigneur. La coutume du sacre, disent les Juifs, a subsisté jusqu'au temps de Josias: alors l'huile sainte disparut; l'installation du Grand-Prétre se faisait uniquement par la remise des ornements pontificaux.

113. — Dans sa fonction principale qui était d'entrer le jour de l'expiation dans le Saint d^ saints» comme le représentant du peuple repentant, il ne portait qu'un simple habit de lin très-blanc (i). Il était partout chargé de sacrifier ; c'était là € la fonction d'Aaron (s). > Les autres prêtres n'étaient que ses représentants: il n'officiait cependant qu'aux jours de sabbat et aux grandes fêtes (3). 11 avait naturellement la haute surveillance sur les pratiques du culte et le trésor du temple. Dans le principe, cette dignité était à vie et réservée au fils aine du Grand-Prétre défunt. Il y eut en tout 83 Pontifes : 13 d'Aaron à Salomon ; 18 depuis la construction du temple jusqu'à sa ruine, et

(1) Lev. 16, 4.

(2) Eiod. 28.

(3) Jos. B. iud. 5, 5, 7.

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52 dans le nouveau temple (t). L'avènement de Héli, fit passer cette dignité dans la famille dlthamar, fils d*Aaron, après qu'elle eut été jusqu'alors dans la ligne d'Eléazar, frère d'Ithamar. Salomon la fit rentrer dans la ligne d'EIéazar, en mettant Sadoc à la place d'Abiathar. La série des Grands-Prélres fut interrompue sous la domination des rois de Syrie. Jonathas, fils de Matathiasy commença la série des pontifes Asmonéens, qui rattachaient leur origine à Eléazar. Sous la dynastie d'Hérode, le pontificat fut déshonoré et devint le jouet des dominateurs étrangers ou de la populace.

114. — A défaut de roi ou de juge, l'autorité suprême était dévolue au Grand-Prétre. Héli fut ainsi, durant 40 ans, juge d'Israël ; il en fut de même sous les Asmonéens. La loi n'avait pas nettement déterminé les rapports des deux pouvoirs, du Grand-Prêtre avec le roi ou le juge. Le roi ne pouvait certes pas empiéter sur l'autorité du Grand-Prêtre, indépendante dans sa sphère et reçue de Dieu seul. Si Salomon (fait unique avant la captivité) déposa Abiathar qui, à son point de vue méritait la mort; nous voyons, d'un autre côté, la reine Athalie précipitée du trône après six ans de règne, livrée au dernier supplice comme idolâtre par le Grand-Prêtre Joîada, qui gouverna longtemps sous le nom de Joas, petit-fils de cette séductrice et sacré roi dans le secret du temple.

115. — Le Nazaréat, monachisme de l'Ancien Testament, se développe parallèlement au sacerdoce. Des Hébreux des deux sexes se vouaient spécialement à Dieu, observaient avec la dernière rigueur tout ce qui avait trait à la pureté légale, évitaient avec soin le contact des cadavres et s'interdisaient l'usage de toute

(1) Jos. Arch 20, iO.

boisson enivrante, du vin et même des raisins secs (i). Le Nazaréen laissait croître sa chevelure: c le rasoir ne touchait pas sa tête. > Cette coutume paraît avoir été adoptée, d*abord parce qu'une chevelure longue et épaisse est quelque chose de très-incommode surtout dans la saison des chaleurs ; ensuite pour consacrer la chevelure à Dieu à qui la circoncision avait déjà consacré un autre membre. Â Texpiration du vœu, on la coupait et on la brûlait en Thonneur de la Divinité. Il y eut des Nazaréens voués à Dieu dès avant leur naissance et pour toute leur vie, comme Samson, Samuel, Jean-Baptiste. On ne s'obligeait ordinairement que pour un temps et dans un but déterminé, par exemple, pour être exaucé dans une prière. Le temps du vœu écoulé, le Nazaréen offrait un agneau en holocauste, une brebis en expiation, un bélier en action de grâces, et une corbeille de gâteaux sans levain et à l'huile. Si durant son Nazaréat, il s'était souillé par le contact d'un cadavre, il renouvelait son vœu, après avoir offert le triple sacrifice. Au temps de Josèpbe, il y en avait beaucoup qui, pour être guéris ou pour sortir de conjonctures difficiles, faisaient vœu de s'abstenir de vin durant trente jours, de répandre des prières et de se faire raser la chevelure (2). Ce vœu-là n'était pas à proprement parler un Nazaréat, puisque dans celui-ci on s'obligeait à laisser croître la chevelure.

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