Les prophètes étaient pour Israël, ce
(I) Preuve que cette abstinence était regardée comme but, et non pas seulement comme moyen pour être toujours à même de pouvoir distinguer ce qui était monde ou immonde, opinion que Bftbr soutient (Symbol. II, 432). S*interdire les raisins était certes en PaJestine un plus grand sacrifice encore que de renoncer au vin. La continence ne parait pas Hvoir été rattachée au Nazaréat, au moins dans les premiers temps.
(2)B.iud.2,15,1.
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qu'Israël lui-même devait être pour les autres peuples, un miroir, un avertissement constant, un signe perpé* tuel. Les temps où aucun prophète ne se faisait entendre, étaient des temps de décadence et de mort: le mauvais accueil qu*on faisait aux avertissements du voyant, annonçait un état léthargique dans le peuple et rimminence du châtiment du Ciel. Déjà avant Samuel, on voit Ehud et Débora se lever pour prophétiser; mais peu de temps avant Tapparition du fils d*Elcana, au milieu de la décadence, Tesprit semblait s*étre retiré dlsraêl. Hais avec Samuel commença, 400 après la délivrance d*Egypte et environ 1100 ans av. J.-C, la chaîne des prophètes, qui avec quelques légères interruptions se prolongea, durant 700 ans, pour finir à Malachie.
117. — Samuel avait fondé des écoles de prophètes et il s'en trouva plus tard à Rama, à Bethel, à Jéricho et à Galgala. Dans ces écoles des jeunes gens, appelés fils de prophètes, vivaient en commun et sous la direction de maîtres avancés en âge. L'esprit, l'enthousiasme prophétique ne pouvait certes s'enseigner ou se communiquer; mais ces jeunes gens pouvaient par une discipline sévère, une vie ascétique, la méditation assidue et approfondie de la loi et de son esprit et même par des danses et une musique religieuses, se préparer à recevoir l'esprit prophétique, quand il plairait au Ciel de le répandre sur la terre. Nous croyons qu'on voulait entretenir dans un état extatique les habitants de ces écoles, comme plus tard chez les Thérapeutes; l'étranger qui rencontrait par hasard un groupe de ces disciples des prophètes, était emporté par l'enthousiasme qui maîtraisaît ceux-ci, et se livrait aux mêmes mouvements et aux mêmes actes (i). En
(1) 1 Ruis. 10, 10-12; 19^19-24.
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fondant ces écoles, Samuel voulut peut-être essayer de réaliser le désir manifesté déjà par Moise, celui de voir prophétiser tout le peuple — il voulut, peut-être, préparer un certain nombre d*hommes à recevoir 1 effusion de Tesprit prophétique, depuis longtemps promise et que Joël contempla dans un avenir éloigné.
118. — Il est impossiblede dire exactement, quand ces écoles sont tombées. On peut conjecturer avec assez de probabilité que c*est après Elisée, quoiqu'on en trouve encore quelques traces dans le prophète Amos. Mais rinfluence de cette institution unique dans Tfaistoire, se fait dès maintenant vivement sentir jdans les destinées du peuple et dans le développement du royaume théocratique. Les prophètes s'élevaient du sein du peuple, sans appui légal, sans autorisation; tantôt prêtres ou lévites, tantôt simples croyants, issus d'autres tribus, et s'affranchissant en général de tout lien et de toute relation de famille, ils étaient entraînés par une force irrésistible; la nature avait beau trembler devant la terrible mission dont le Ciel les investissait. Un prophète, qui se présentait avec l'autorité que lui donnait la vocation immédiate du Ciel, était la < bouche, » le messager de Dieu, la personnification de la conscience de la nation, le miroir qui représentait à tous leurs prévarications: démagogue, patriote, dans l'acception la plus noble, il paraissait, dans les moments décisifs, pour prêcher la pénitence, pour avertir et consoler; il expliquait la loi, rappelait les anciennes promesses de l'alliance, sans craindre les fureurs du peuple ou les menaces des puissants et des rois. En se renfermant dans les bornes de la loi, comme le firent tous les vrais prophètes, ils avaient pour le reste le droit de tout dire et en usaient quelquefois jusqu'à mettre leurs jours en péril. La loi qui
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avait prévu les dangers de sa position, avait donné au prophète véritable le droit de parler dans rassemblée du peuple, l'avait déclaré inviolable et responsable devant Dieu seul (i) ; la mort frappait l'imposteur qui parlait au nom 'des dieux étrangers et voulait détacher le peuple de Jéhova et de sa loi.
119. — Les prophètes combattaient surtout Tidolâtrie, crime si commun parmi les Hébreux et source première de leurs nombreuses prévarications : ils élevaient leur voix menaçante contre Timmoralité, et les inclinations païennes superstitieuses du peuple: ils dépeignaient avec des couleurs saisissantes la vaine religiosité, qui ne s'occupait plus que de pratiques purement extérieures, la dégradation du sacerdoce et la vénalité des juges. Mais, après avoir annoncé le jour des vengeances, ils relevaient le courage du peuple, brisé par les calamités et jeté en exil. La gloire et les désastres d'Israël n'étaient pas le thème exclusif de leurs prédictions ; ils annonçaient aussi les destinées des peuples, quelquefois même éloignés. Et comme dans leur surexcitation extatique, ils voyaient ce que tout Israélite possédait dans sa foi, quoique peut-être d'une manière vague, ils revêtaient leurs visions d'images, dont les formes et les couleurs étaient empruntées à la nature et à la société od ils vivaient, à leur expérience et à leurs idées personnelles.
120. — Ils adressaient aux rois des avis, quelquefois des plaintes très-vives, et, pénétrant sans crainte dans les palais, ils blâmaient la fausse politique qui faisait des alliances avec des puissances étrangères et mettait sa confiance dans le secours de princes païens. Si des rois, pressés par l'adversité, suivirent leurs conseils, on en vit d'autres se tourner avec leur peuple au culte
(1) Nom. 12, 6. Deut. 15, i. sq.
des idoles, et sévir contre eux. Dans le royaume des dix tribus, ils furent presque tous détruits sous Achab (i); plus tard (du temps d*Amos), il leur fut défendu de parler au peuple (s). Hanassès, roi de Juda, étouffa dans le sang les avis de ces conseillers împor« tuns. c Le glaive, dit Jérémie, dévora les prophètes, avec la fureur du lion (s): • c*est alors qulsaîe fut sacrifié à la vengeance du roi. Sous Joas et Joacbim, deux prophètes expièrent, dans le dernier supplice, le crime d*avoir dit la vérité (4). Jérusalem méritait le reproche que le Sauveur lui fit, < d'avoir tué les prophètes et lapidé ceux qui étaient envoyés vers elle (5); • plus tard, la Judée chercha et orna magnifiquement les tombeaux de ces héroïques victimes (e).
121. — LamissiondesJuifs,leurpositionaumilieude peuples idolâtres, exigeaient qu*il n'y eût qu*un seul sanctuaire pour toute la nation, le Dieu unique des Juifs contrastait avec le nombre infini des divinités païennes: le temple, où il recevait les hommages des habitants de la Judée et des fidèles, dispersés dans toutes les parties du monde, était opposé aux sanctuaires si nombreux du Paganisme. Le Gentil pouvait honorer ses dieux non-seulement dans les temples, mais dans les chapelles, les bosquets sacrée, sur les hauts lieux; il n*y avait pour Tlsraélite, qu'un seul endroit, où il pût honorer légitimement son Dieu, où il n'eût pas à craindre d'être entraîné au culte païen de la nature.