‹ Paganisme et Judaīsme (volume 2)Chapitre 46 sur 75 · Le temple « était la demeure de Dieu au mi · texte numérisé non relu

Le temple « était la demeure de Dieu au mi

(1)3 Rois 18, 10.

(2) Amos. 7, 10. sq.

(5) Jerem. 2,30.

(4) 2 Paralip. 24, 20 sq. Jer.26, 20.

(5)S.Matth 23,27.

(0) Ibid. 23, 29.

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lieu de son peuple et le lieu de réunion, » pour les vrais croyants, qui n*y paraissaient cependant devant le Seigneur que représentés par les prêtres. Aussi le temple, peu vaste, ne peut-il être comparé à mainte église chrétienne. Divisé en trois parties, une cour, le sanctuaire et le Saint des saints, il était entouré de tous côtés par trois étages de chambres,' ob se conservaient les provisions et les vases sacrés. Le sanctuaire était éclairé par des lampes: les fenêtres ne servaient qu'au passage des vapeurs des parfums et au renouvellement de Tair. Le Saint des saints complètement vide dans le second temple, était séparé du sanctuaire par une porte et un rideau. La cour des prêtres entourait le tçmple. Du côté de Test, se trouvaient deux autres cours, séparées par un mur, et destinées. Tune aux hommes, Tautre aux femmes. L*enceinte extérieure ou cour des gentils, courait comme celle des prêtres, tout autour du temple et était séparée des autres, par une balustrade, chargée d*inscriptions défendant sous peine de mort à ceux qui n'étaient pas juifs, d'entrer dans l'enceinte intérieure et surtout dans le sanctuaire.

123. — Ici se trouvaient le grand chandelier d'or à sept branches portant autant de lampes toujours allumées, l'autel des parfums où l'encens devait être jeté tous les jours, la table des pains de proposition et les coupes remplies de vin, offrande journalière du peuple. Dans le parvis, on voyait l'autel des holocaustes, nommé tout simplement l'autel, comme étant le seul où Israël pouvait immoler des victimes. Le feu qui y brûlait toujours, indiquait que le sacrifice en tant que symbole de l'union du peuple et de chaque individu avec Dieu, ne souffrait pas d'interruption. Un tuyau qui partait de l'autel recevait le sang qui en découlait et le conduisait, par un canal

souterrain, dans \e ruisseau de Cédron. Sous Tautel il y avait une fosse où coulaient les libations.

424. — L'entrée du sanctuaire et du Saint des saints était interdite au peuple; il ne voyait les prêtres offi* cier dans le sanctuaire que parce que le rideau était levé. Le sanctuaire était fermé aux regards même des prêtres et quand, au jour de l'expiation, le Grand-Prê* tre entrait dans le Saint des saints, tout le monde était exclu du sanctuaire (t). Ce jour-là, le pontife entrait au moins deux fois dans le Saint des saints, d*abord avec le sang du taureau pour ses propres péchés, ensuite avec le sang du bouc, immolé pour les iniquités du peuple: chaque fois, il jetait à sept reprises quelques gouttes de sang sur le couvercle de Tarche. Les traditions juives prétendent qu'il y entrait encore deux fois, pour encenser le sanctuaire et puis pour en retirer le réchaud et la cassolette aux parfums (2). Le téméraire qui eût osé pénétrer dans le sanctuaire avec le Grand-Prêtre, était puni de mort ; celui-ci même encourait la même peine, s'il y entrait un autre jour (3).

125. — Bien différent du Paganisme qui faisait descendre la divinité des hauteurs célestes, pour la mélanger et l'identifier avec la nature, le Mosaîsme ordonnait d'honorer Jéhova comme invisible, incorporel et entièrement distinct du monde. Il était sévèrement interdit aux Hébreux de le représenter sous une forme quelconque, symbolique ou matérielle. Les voisins païens des Juifs, voyaient dans l'image, non une représentation de la divinité mais un être divin» une puissance supérieure; c'étaient de vrais idoles, des

(1) Sev. 16, 17.

(2) Misehnab. tr. Jomah, 5, i, sq. 7, 4. Cfr. Maimonid. de fest. cxp. 4.

(S) Philo, leg. ad laj. 30, p. 1035.

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dieux morts, impuissants, comme la loi les appelle (i), du bois, des pierres, auxquels le Gentil et Tlsraélite infidèle rendaient un culte direct. Aussi fallait-il interdire aux adorateurs de Jéhova, les images d'hommes et d'animaux; ils devaient, quand le Paganisme déifiait la nature, distinguer et séparer toujours le Créateur de la création. Aucun bosquet ne pouvait par conséquent entourer le temple : il était défendu d*ériger des colonnes et des monuments (2); Tautel était de terre ou de pierres brutes : les instruments du tailleur l'eussent profané (5). A toutes ces choses la faiblesse de ce peuple aurait attaché des idées païennes et des cultes passionnés. L*art était encore banni du domaine religieux et ce n'était pas pour les Hébreux une grande privation que de manquer des arts plastiques dont l'idée religieuse eût été infailliblement bannie.

426. — L'interdiction des images s'étendait encore plus loin: le texte de la loi défendait de représenter en pierre, en bois ou métal, rien de ce qui est dans le ciel, sur la terre, et dans la mer et sous terre (4), et cette défense était étendue jusqu'aux tableaux, dont cependant elle ne parlait pas. Le culte des fausses divinités était intimement lié à celui des images — celuici n'était, pour ainsi dire, que la réalisation matérielle de l'idolâtrie et il fallut éloigner de toute représentation d'hommes et d'animaux, un peuple vivement porté comme les Israélites, aux cultes sensuels du paganisme. On en vit la preuve dans les peines que coûta la destruction des théraphim, dieux domestiques de forme humaine, venus probablement des ancêtres

(l)Deut.32,37.38.

(3) Exod. 20, 24-26.

(4) Ib. 20, 4.

aramëens, consultés comme des oracles privés (i), et conservés même dans quelques familles, jusqu'à la réforme de Josias. Les figures d'animaux étaient également proscrites; déjà au pied du Sinaî, les Hébreux avaient adoré la divinité sous la forme du bœuf égyptien, et plus tard on vit Jéroboam établir légalement le culte du veau à Béthel et à Dan, villes frontières du royaume d'Israël (s).

127. — On fit cependant, et même du temps de Moïse, une exception à cette défense générale. Dans le Saint des saints du tabernacle et du temple, se trouvaient deux chérubins qui étendaient les ailes au-dessus de l'arche d'alliance; mais c'était là, à vrai dire, un endroit réservé au Grand-Prêtre seul et où un autre Israélite ne pouvait même jeter le regard. La mer d'airain, vaste réservoir, placé dans la cour, était soutenue par douze taureaux colossaux et en fonte ; au grand scandale des timorés, comme le prouvent les paroles sévères de Josèphe, qui y voyait une infraction à la loi (3). Et en efiet, les Juifs croyaient que la loi proscrivait toute représentation d'êtres vivants et d'après Philon et Origène, il n'y avait parmi eux ni peintres ni sculpteurs : le premier de ces auteurs, qui d'ailleurs ne prisait guère les arts plastiques, ajoute que les tableaux n'étaient pas plus tolérés que les ouvrages de sculpture (4). Aussi les Juifs élevèrent-ils des protestations contre les portraits des empereurs romains, qui ornaient le drapeau des légions: ils voyaient même une profanation dans ce que ces drapeaux fussent portés à travers la terre Sainte. Le Sanhédrin livra aux

(I) Jttd. 18, 14, sq.

(i) 3 Rois 12 28, sq.

(3) Arch. B, 7, 5.

(4) 0pp. Mangey i, 496. 11, 91.205. 2i5.

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flammes un palais construit àTibériade par le tétrarque Hérode et orné de figures d'animaux (i).

128. — Constatons ici que la foi fondamentale, ne se contenta point de défendre au Juif tout acte d*idolâtrie, mais lui enjoignit d*abhorrer et de combattre le Paganisme. L'idolâtrie dans le Juif était une félonie, une rébellion contre le roi et le maître suprême de son peuple et de son pays. Si la nation tout entière s'en rendait coupable, elle était menacée d'extermination; l'individu qui s'y livrait, devait être lapidé, ainsi que le prophète qui parle au nom d'un dieu étranger et veut entraîner l'Hébreu à un culte idolfttri* que. Celui qui avait connaissance de ce crime, devait dénoncer le coupable, fût-il un proche parent. Dans les expéditions guerrières, il était enjoint aux Israélites de détruire partout les idoles (s). Et cependant Israël n'avait pas mission de propager, par les armes, la foi et le culte de Jéhova, au-delà de la Palestine : au contraire, les conquêtes lui étaient interdites: c'était seulement dans les limites de l'empire qui lui avait été asssigné, qu'il devait extirper, même avec le fer, toute forme quelconque du Paganisme. On le sait : au lieu d'exécuter la volonté du Ciel, on vit une grande partie de la nation céder, durant plusieurs siècles, au penchant qui l'entraînait au culte de la nature, répandu parmi les peuples voisins: Baal, Moloch, Âstarté, Chamos, Thammuz reçurent les adorations d'Israël et de ses rois, qui conduisirent souvent leurs sujets aux autels, aux temples souillés de ces divinités. La loi n'en proscrivait que plus sévèrement tout ce qui avait une origine plus ou moins païenne; le choix de certains jours, les aruspices, la magie et l'évocation des morts.

(1) Jos. Vit. 12.

(2) Exod 23, U.

129. — Les Gentils qui se faisaient admettre dans TEglise juive, (prosélytes de la justice), se soumettaient à la circoncision et de plus, après la venue du Christ, à une ablution, qui avait quelqu'afBnité avec le baptême chrétien.' Cette dernière cérémonie est-elle plus ancienne? était-elle déjà en usage sous les Hérodiens? Voilà deux questions qui ont été vivement débattues. Ni Josèphe, ni Philon n'ont parlé de ce rite; mais, comme en entrant dans FEglise, on présentait une victime ou une oblation, ce qui, d*après un usage devenu général, ne pouvait se faire qu'après une ablution, il ne serait peut-être pas difficile de préciser l'époque où commença le baptême des prosélytes. Au reste, il y avait moins d'hommes qui se faisaient prosélytes, que de femmes, celles-ci pour être admises, ne devaient naturellement que présenter leur offrande. Un prosélyte de la justice était regardé comme régénéré, comme élevé au-dessus de tout lien de parenté et libre des obligations qui ordinairement en résultent (i). Il y avait encore des prosélytes « de la porte, » beaucoup plus nombreux que les premiers. Le nom qu'ils portaient leur fut sans doute donné, parce qu'ils ne pouvaient franchir la porte de la cour du temple ; c'étaient des étrangers païens, qui s'établirent en Palestine sous certaines conditions. On leur enjoignait de renoncer à l'idolâtrie et d'observer les sept commandements de Noé, c'est-à-dire, de s'abtenir du blasphème, du culte des astres, de l'inceste et de la pédérastie, de meurtre, de vol, de révolte contre les autorités juives et de la chair dont le sang n'avait pas été exprimé.

130. — Le centre et comme le noyau de toute vraie religion, c'est le sacrifice, qui met l'homme en rapport avec la Divinité et lui procure les biens et les faveurs

(1) Tac. Hist. 5,5.

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quMl demande au Ciel. Mais aucune religion n*eut, comme celle des Hébreux, un système de sacrifices développé et comprenant toutes les situations de la vie, tous les besoins de Thomme. La loi avait établi des sacrifices pour les intérêts les plus importants de la vie religieuse: — l'Israélite y trouvait la rémission de la faute, la destruction de la coulpe qui sépare la créature du Créateur et le moyen de remercier le Très-Haut et de lui rendre les adorations dues à son infinie grandeur — de s'unir librement à l'Auteur de son être. De là aussi la distinction de sacrifice propitiatoire, eucharistique, d'holocauste et d'oblations. Aussi le peuple faisaitil sa principale affaire de la bonne ordonnance de cette partie du culte : il n'y avait pas à ses yeux, de plus grande calamité que de la voir violemment interrompue et de se trouver dans l'impossibilité d'entrer dans ce doux échange de supplications et de faveurs, d'offrandes présentées et de grâces obtenues, que le sacrifice établit le ciel et la terre.

431. — c Vous ne vous présenterez pas devant moi les mains vides » avait dit le Seigneur (i), et l'Israélite paraissait en présence de Jéhova, avec une offrande, qu'il devaità son travail, béni par le Très-Haut, avec les produits des troupeaux et les fruits des champs, des brebis, des chèvres, du blé, du vin, de Thuile. Il ne pouvait porter à l'autel du Seigneur, que ce qu'il jugeait digue d'être approprié à ses propres besoins, par exemple et surtout, la nourriture, qu'il devait à sa propre activité, à sa propre industrie. Les animaux sauvages et ceux qui ne pouvaient servir à l'alimentation de l'homme, étaient exclus du sacrifice, ainsi que les fruits des arbres, à moins que ce ne fussent des prémices. 133. — Chacun posait la main sur la tète de la vieil) Exod 23, 15 Ctr. Deut. 16,16.

lime qu'il amenait à Fautel. Ainsi il réalisait la substitution qui donne au sacrifice toute son eflBcacité; il faisait entrer Tanimal dans une sphère plus élevée^ li sphère de Thumanité et transportait sur lui son intention et ses sentiments. S*il s'agissait d'effacer une faute, il la transportait sur la victime qui mourait à sa place, et il faisait en même temps l'aveu public de sa culpabilité. S'il voulait s'offrir lui-même à Dieu, il consacrait l'animal par l'imposition de la main et en faisait son représentant devant le Seigneur.

133. — La victime était égorgée par celui qui l'offrait et non par le prêtre; celui-ci n'immolait que la victime qu'il présentait à Dieu pour ses propres péchés. Celai qui avait mérité le châtiment, donnait la mort à l'animal qui occupait la place du coupable. Le prêtre recevait, dans une coupe, le sang de la victime, en arrosait les extrémités de l'autel (cornua altaris) ou l'autel même. C'était-là, à proprement parler, la partie la plus importante du sacrifice: < Je vous ai donné, est-il dit dans la Loi (i), le sang sur l'autel, en expiation de vos âmes ; car le sang, dans lequel réside la vie, est l'expiation de l'âme. » La vie naturelle (nephesch) de l'animal ou le sang, où elle réside, remplaçait et symbolisait donc ici l'âme, la vie de l'homme. Le Nephesch, l'âme de l'animal, sacrifiée par l'effusion du sang, brisait les liens, où l'âme humaine s'était jetée en offensant par le péché la justice suprême. Aussi cette partie de la victime ne pouvait être abandonnée à l'homme: il devait s'abstenir du sang, c'est-à-dire de toute chair où se trouvait encore le sang, destiné exclusivement au sacrifice, à l'expiation du péché.

134. — Le principal et le plus fréquent des sacrifices était l'holocauste, pour lequel on prenait toujours un

(l)Lcv.l7,ll.

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animal mâle. On le dépeçait après qu'il avaitété égorgé; le prêtre lavait avec soin les différents morceaux et les plaçait sur l'autel, oh ils étaient dévorés par les flammes. Ce sacrifice pouvait être offert seul, tandis que d*autres étaient ordinairement accompagnés d'un holocauste. En dehors des cas où la Loi le prescrivait, on pouvait y recourir dans toute circonstance un peu importante. Les païens pouvaient l'offrir dans le parvis du temple; Auguste avait ordonné d'immoler chaque jour pour lui deux agneaux et un bœuf (i). Pour l'Israélite, il faisait, en brûlant ainsi toute la victime, l'abandon de tout son être à Jéhova. Le feu était l'élément consécrateur et pour ainsi dire, la bouche de la divinité, et symbolisait en même temps, la force par laquelle le Très-Haut purifie le corps de l'homme et en fait un instrument de sa volonté.

135. — Dans le sacrifice pour le péché, on ne mettait pas la main sur la tête de la victime. L'idée fondamentale en était de réparer une atteinte portée au droit, d'acquitter une dette, de compenser un dommage causé. Par exemple qui avait lésé le prochain, devait largement réparer le dommage, et offrir à Dieu un bélier pour h péché (2). Le lépreux l'offrait après sa guéri son, pour être réintégré dans tous ses droits. La chair de la victime appartenait aux prêtres etétaitconsommée dans le Saint Lieu.

136. — Par le sacrifice propitiatoire c le pénitent obtenait la rémission de tous les péchés commis avec ou sans délibération, excepté de ceux qui, s'âttaquantdirectement à Dieu, ne pouvaient être attribués à la faiblesse humaine. Il pouvait s'offrir pour toute la nation, tandis que le sacrifice pour le péché ne s'appli-

(i) PhU. op. Ti, 902. Jos. B. Jud.2, 17, 2. Coiit Ap. 2, 6. (2) Lev. 5, 20. Nom. 5. 5 sq.

quait qu'aux individus. Le coupable était réconcilié par le sang dont le prêtre Taspergeait, et qui n^était ]>a8, comme dans les autres sacrifices, simplement épanché au tour de Fautel ; le sacrificateur en enduisait les extrémités et le versait ensuite au pied de Tautel des holocaustes, et dans les occasions phis solennelles, il en jetait quelques gouttes sur le rideau qui cachait Tarche d'alliance. Les parties grasses des victimes étaient alors brûlées sur Tautel ; tout le reste était brûlé hors des murs de la ville, quand c^était un sacrifice fixe pour les péchés du peuple et des prêtres, ou bien Ton abandonnait les chairs aux prêtres, pour être consommées dans le parvis du Sanctuaire (i). Celui qui avait fait offrir le sacrifice, ni sa famille, ni même les parents des prêtres n'étaient admis à cette table; ceux-ci détruisaient les iniquités, en consommant les chairs qui en étaient chargées.

157. — A cette catégorie appartenait la vache rousse qu'un prêtre immolait et brûlait en entier hors des murs de la ville, après en avoir jeté le sang dans la direction du Saint des saints. La cendre était mêlée d*eau, et le mélange servait à purifier les personnes qui s'étaient souillées par le contact direct ou indirect d'un cadavre (2).

138. — Tandis que l'holocauste était entièrement consumé par les flammes, et que les prêtres seuls mangeaient de la victime du sacrifice propitiatoire, offert pour des fautes autres que les leurs, on peut dire que le sacrifice pacifique ou eucharistique était essentiellement une communion solennelle. Offert au nom de la nation, dans les grandes solennités, par exemple lors de l'inauguration du roi, à la Pentecôte et après l'heureuse issue d'une affaire importante, il était ordi-

(1) Lcv. 6, 25sq.

(â)Nam. ]9,3sq.3ll, 9.

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nai rement un acte par lequel les particuliers accom^ plissaient un vœu ou remerciaient le Ciel d'une faveur reçue. Les parties grasses de la victime étaient seules brûlées sur l'autel ; le reste servait pour un banquet, où celui qui avait offert, invitaitles prêtres et ses amis, pour se réjouir avec la conviction d'être en paix avec Dieu et se partager le repas de Jéhova. On ne pouvait ni emporter chez soi ni consommer hors du sanctuaire la viande consacrée; tout devait être mangé dans le parvis, le jour même ou le lendemain du sacrifice ; le restant était brûlé. C'était-là, pour ainsi-dire, une double communion. La victime, étant offerte et consacrée à Dieu, et devenue ainsi sa propriété, les convives du banquet recevaient de la main même du Seigneur ce qui leur y était servi: ils étaientles convives de Jéhova, ou comme on le disait encore, Jéhova ne dédaignait pas de devenir, par l'intermédiaire des prêtres, ses ministres et ses représentants, l'hôte des hommes. En même temps, les convives se sentaient en communion les uns avec les autres et avec les ministres saints, qui étaient venus prendre part à leurs repas et à leurs joies. Le sacrifice de kmange ne différait du précédent que par une plus grande solennité : on y chantait, paratt-il, des hymnes sacrés ; car le chœur de ces chantres portait, comme le sacrifice lui-même, le nom de c Toda » (i).

139. — Une autre prescription, toute isolée, se rapr porte à un temps, où l'immolation de tout quadrupède domestique, destiné même à l'alimentation de la famille, devait se faire devant le tabernacle de Jéhova et lui être pour ainsi dire, consacré comme sacrifice et comme banquet sacré, par le prêtre qui en versait le sang sur l'autel et en brûlait les parties grasses (2) .Ainsi on

(l)2Esdr.l2.31-40.

(2) Lcv. 17, 4-7.

comprend les précautions prises pour empêcher que le sang qui devait servir d'expiation, ne fût détourné de sa destination. Cependant cela n'était possible que lorsqu'Israël était réuni dans un seul camp ; et cette prescription cessa d'obliger, après la conquête de Canaan: on dressa, paraît-il, en plusieurs endroits, des autels où l'on pût égorger les animaux et épancher le sang. Ainsi s'expliquerait un fait consigné dans l'Ecriture : dans une des guerres de Saûl, dit le 3« livre des Rois, le peuple, fatigué de poursuivre l'ennemi, voulut se jeter sur la viande encore dégouttante de sang; mais Saûl fit faire un autel d'une grosse pierre, pour qu'on pût observer les prescriptions de la loi relatives au sang des victimes (i). Cependant, tout cela fut encore modifié quand, après la construction du temple, il fut défendu de sacrifier sur un autre autel que celui de Jérusalem.

140. — Le sacrifice pacifique avait des cérémonies toutes particulières, symboles d'une résignation, d'un abandon complet à Jéhova: le prêtre plaçait la poitrine de la victime dans les mains de celui qui l'avait présentée à l'autel, et passant ses propres mains en dessous il imprimait au tout un mouvement de va et vient (2). Les Rabbins prétendent que le mouvement était en forme de croix et dirigé vers les quatres points de l'horizon.

141 . — Les oblations (Mincha) de farine et de gâteaux à l'huile accompagnaient les sacrifices sanglants ; ainsi pour l'holocauste ou le sacrifice de louange, il fallait nécessairement des oblations; pour le premier, une poignée de farine, qu'on brûlait avec l'encens ; pour l'autre des gâteaux azymes et à l'huile. En général, le

(1)3 Rois 14, 54, sq.

(3) Exod. SO, 24. Lev. 8, 27.

levain et le miel, qui provoquent la fermentation, et altèrent la pureté de la matière, devaient être écartés des oblations du règne végétal ; Thuile et Tencens, symboles de la prière et le sel, préservatif contre la corruption, ne pouvait manquer ; ils étaient les signes de l'alliance de Dieu avec Israël (i).

142. — Tous les matins et tous les soirs, on immolait un agneau et on offrait du vin et de la farine, au nom de toute la nation. A cette fin, il y avait, dans le second temple, une petite enceinte pour les agneaux. Le sacrifice était double le jour du Sabbat, et aux néoménies, il consistait en dix victimes avec des oblations, auxquels on ajoutait encore un bouc pour Texpiation du peuple. Un sacrifice permanent consistait dans les douze pains de proposition, pour les douze tribus d'Israêl, et déposés sur une table dorée et très-basse qui était placée près du rideau du Saint des saints : les prêtres les renouvelaient toutes les semaines et mangeaient dans le lieu Saint ceux qui avaient servi.

143. — La loi de Moïse ne contient aucune prescription relative à la prière: seulement, le père de famille devait, en payant la dime aux prêtres, et en présentant les prémices, réciter une formule, où il protestait de sa soumission à la loi de Jéhova et le suppliait de répandre ses bénédictions sur le peuple d'Israël (s). La prière n*était donc pas imposée par la loi ; mais il n'en est pas moins certain que la tradition et Tusage étaient bien plus précis que la loi, etpresqu'aussi religieusement observés qu'elle ; les Hébreux étaient, plus qu'aucune nation, portés à la prière. C'était un usage très-ancien quede se tourner en priant vers l'endroit où se trouvait le temple et le Saint des saints et il n'y a point de doute que des formules ne se

(1) Lev. 3, 13.

(2) Deat. 20, 12-14.

rattachassent aux sacrifices. Le peuple n'assistait probablement pas sans prier aux cérémonies religieuses du matin et du soir. Il assistait et prenait part aux prières et aux chants, qui s'introduisirent dans le culte, sous les règnes de David et deSalomon — les habitants de Jérusalem faisaient de préférence leur prière dans le parvis du temple. On priait la tête couverte. Pour ne pas être troublé, on se retirait à la plate-forme de la maison (i), à neuf heures, à midi, à trois heures. Si, à rfaeure de la prière, on se trouvait dans la rue ou en pleine campagne, on s'arrêtait pour remplir son devoir. Vers les temps de la captivité, il y avait des hommes chargés de commencer et de régler le^ prières publiques (2). On priait debout; il était rare qu'on s'agenouillât. Les phylactères, les franges qui avaient un certain rapport avec la prière, étaient déjà en usage au temps du Sauveur.

144. — Les vœux prenaient une grande place dans la vie d'un peuple religieux comme les Israélites et revêtaient les formes les plus diverses. Que l'on eût promis d'accomplir un acte et de s'abstenir de quelque chose, on se regardait comme lié par un devoir rigoureux. Laloi disaitqu'on était libre de ne pas faire de vœu, mais inculquait en même temps l'obligation de remplir la promesse faite à Dieu (s) : c II n'y a pas de péché à ne pas faire de vœu. b Le vœu une fois fait, liait comme le serment et devait être accompli dans toute son étendue et avec la dernière rigueur. Les jeunes personnes et les femmes mariées n'étant pas libres, devaient, avant de s'engager, demander le consentement de leur père ou de leur époux (4). Au reste, chacun pouvait,

(t) Dan. 0. i\ ; Judith 8,5. Tob.3, 12.

(2) i Par. 23. 20.

(3) Deut. 23, ^.

(4) Num. 30 4.

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pour un prix fixé par les prêtres, se dégager toujours, excepté quand il avait promis une victime au Seigneur. Quelquefois on faisait vœu de consacrer un enfant ou une autre personne au service du Sanctuaire. On s'engageait aussi à observer un jeûne plus ou moins sévère.

148. — Les fêtes (il y en avait 59 outre les jours de Sabbat) avaient ou une signification historique, en rapport avec la mission providentielle du peuple, ou une importance assez haute pour Tagriculture. Toutes étaient solennisécs par des sacrifices publics; à sept d*entre elles, les Hébreux s'abstenaient d'œuvres ser*viles, savoir : le jour premier et le septième jour des Azymes, de Pentecôte, la septième néoménie, le jour de Texpiation, le premier et le septième jour de la fête des Tabernacles. Le jour de l'expiation ne ressemblait au Sabbat que par la prohibition d'œuvres servîtes; car le repos exigé alors, n'excluait pas, comme aux autres jours, les travaux un peu nécessaires, par exemple, la préparation des aliments. Le travail n'était pas interdit ikVLX jours intermédiaires des fêtes qui avaient quelque durée. Aux solennités de Pâque , de Pentecôte et des Tabernacles, il était enjoint aux hommes valides de la contrée de venir en pèlerinage au temple.

146. — La nation tout entière célébrait, pour ainsi dire, l'anniversaire de sa naissance à la fête de Pâque ou du Passage, instituée en mémoire de la délivrance de l'esclavage et de la vie accordée aux premiers-nés des Hébreux par l'ange exterminateur, dont le glaive désola l'Egypte. Le 14 du premier mois, du mois du printemps, toute la nation devait immoler un agneau, épancher son sang et se nourrir de sa chair dans un banquet sacré. Ce soir-là, comme l'a déjà constaté Phi- Ion, tout Israélite était prêtre (i). L'agneau immolé

(1) De Vit. Mos. 8.

dans le parvis du sanctuaire, devait être mangé par le père et sa famille, avec du pain azyme et des herbes amères.Ce qui restait après le repas, devait être jeté au feu : aucune partie de la victime ne venait sur Tautel. On enduisait de son sang les jambages des portes. La communion religieuse était donc consommée entre Dieu, à qui le sacrifice avait été offert et la famille qui s*en nourrissait. La loi qui enjoignait i tous les hommes de s'assembler dans le parvis du temple pour immoler Tagneau, fortifiait le sentiment de Tunité nationale et développait la charité fraternelle au milieu des milliers qui venaient offrir dans le seul temple du Dieu unique le même sacrifice et participa dans la ville sainte au même sacrement. Au reste, la fête était aussi appelée fête des azymes, et cela parce que le peuple se nourrissait durant sept jours, de pain sans levain, en mémoire de l'ancienne servitude et de la rapidité de la fuite qui n'avait pas permis aux ancêtres de mettre du levain dans la pâte (i).

147. — Cinquante jours après le dimanche de la Pâque, on célébrait la Pentecôte, en action de gr&ces pour la moisson, qui se faisait durant les sept semai* nés qui séparaient les deux fêtes. Le lendemain du Sabbat de Pàque, on offrait les premiers épis et cinquante jours après, on consacrait à Dieu les prémices du pain, et on immolait en action de grâces, deux agneaux et plusieurs autres victimes. En automne, on célébrait la fête des Tabernacles, pour rappeler le. souvenir des 40 années, passées sous des tentes dans les déserts de l'Arabie et aussi pour remercier le Ciel des fruits, dont la récolte était alors terminée. On séjour* nait sous des cabanes, formées de branches verdoyantes, sur les toits, dans les rues, les places publiques et

(l)Exod. 13,3.sq.

dans les jardins. Tous les jours, il y avait des sacrifices particuliers dans le temple. Ceux qui assistaient à la fête portaient un citron dans une main, et dans Tautre une branche de palmier entourée d'une petite branche de saule et de myrte. Tous les matins, on épanchait à côté de l'autel par deux coupes perforées, du vin et de l'eau de la source du Siloé: au premier soir de la fête on allumait, dans le parvis du temple, les grands chandeliers, qui éclairaient toute la ville et devant lesquels on exécutait, aux accords de la musique et du chant, une danse aux flambeaux. Ces détails firent croire aux Grecs que la fête n'était qu'une imitation juive des solennités de Dionysos (i).

148. — La plus grande des solennités religieuses était à proprement parler, celle de l'Expiation, le seul jour de jeûne prescrit par la Loi, nommé simplement « le jour » par les Juifs, et consacré à effacer le grand nombre de péchés que le peuple ne connaissait pas ou pour lesquels il n'avait point été offert des sacrifices particuliers. C'était un jour de deuil profond pour les fautes de tous, du Pontife, des prêtres et du peuple, qui, par conséquent, avaient tous besoin d'expiation. En ce jour, le Grand-Prêtre entrait deux fois dans le Saint des saints, toujours inaccessible au peuple et où lui-même ne pénétrait qu'alors. Chaque fois, il jetait jusqu'à sept différentes reprises, contre le Propitiatoire qui couvrait l'arche, quelques gouttes du sang du taureau, égorgé pour ses fautes et du bouc immolé pour les péchés du peuple. Mais, comme dans le second temple, le sanctuaire intérieur était vide, il jetait le sang de ces victimes contre le plafond et sur le pavement et remplissait en même temps le lieu saint de nuages d'encens. Il plaçait la main sur un autre bouc,

(I) Plut. Symp. 4, 6, 2.

â18 PAGANISME

ût le chargeait ainsi des iniquités du peuple; Tanimal transporté ensuite dans le désert, était mis en liberté. La chair des victimes propitiatoires était brûlée hors des murs de la ville.

149. — Parmi les solennités d'une date plus récente, brillait surtout la fête des Purim, instituée pour remercier le Ciel, qui par Tintermédiaire d*Esther, avait sauvé les Juifs de la fureur meurtrière d*Aman. Au temps de Josèphe, elle était célébrée par tout le peuple, quoiqu'on dehors du temple et uniquement dans les Synagogues, par la lecture du livre d'Esther et dans les maisons par des banquets joyeux et d'abondantes aumônes. La fête de la Dédicace ou c des flambeaux, > avait été instituée par Judas Machabée (t), en mémoire de la purification du temple et de la restauration du culte légal (464 av. J.-C). Les Synagogues etlesmaîsons étaient illuminées durant huit jours, parce que le héros avait rallumé les lumières du sanctuaire. — Il y avait ensuite quelques jours de deuil, qui rappelaient la prise de Jérusalem par les Chaldéens, le sac de la ville et du temple, le meurtre de Gedalja, qui, en faisant fuir les débris de la nation en Egypte, avait rendu Fexil encore plus complet.

180. — La Loi ne parlait que d*un seul jeûne, général et sévère et Tavait fixé à la solennité de Texpiation: plus tard, on jeûna aussi aux jours de deuil, dont nous venons de parler. L'histoire des Hébreux mentionne plusieurs jeûnes extraordinaires, établis par le peuple, humilié devant Dieu, pour prouver son repentir et conjurer un malheur imminent. On y recourait dans les calamités publiques, après une défaite sur le champ do bataille, et même, sur Tordre du Sanhédrin, dans

(1)1 Macb. 4, 59. Cfr. Jos. Arch. 12, 7, 7. (2) Jo8 Arch. 10,9,3.

une sécheresse trop prolongée. Quand les Hébreux jeûnaient, ils s'abstenaient de tout aliment d*un soir à Tautre.

151. — C'est à Esdras que remontent les Synagogues^ ob on venait entendre la lecture de la Loi et prier en commun. Peu à peu, on en vit dans toutes les villes et dans les bourgades, et le peuple se crut obligé de les fréquenter régulièrement. Dans les grandes villes, il y en avait plusieurs; Jérusalem en possédait 460; chaque corporation y avait la sienne propre. On s'y réunissait au Sabbat et aux fêtes, pour y entendre lire et expliquer des passages de la Thora, des prophètes et autres livres saints (Megilloth). L'assemblée se séparait en disant amen à la bénédiction donnée par le prêtre. Consacrées à l'instruction religieuse, à des exercices de piété, les Synagogues étaient sommises à la surveillance du sanhédrin et des scribes. Des interprètes y étaient attachés, pour expliquer en langue vulgaire les passages des livres saints qu'on venait de lire,

153. — Les prescriptions relatives aux impuretés légales, aux animaux et aux aliments immondes, présentent de grandes obscurités parce que des motifs hygiéniques et physiques, sur lesquels se fondent ces distinctions et ces défenses, ne nous sont pas connus. Au moins est-il certain que la théorie persane d'une création bonne et mauvaise et des deux principes opposés, n'a point eu d'influence sur les prescriptions de la loi mosaïque : Israël n'eut jamais l'idée d'un Ahriman. L'usage du sang et de la viande dont le sang n'avait pas été exprimé, était interdit d'abord, parce que le sang est le siège de la vie animale (i) ; ensuite et surtout parce qu'il avait dans le sacrifice une haute signification c comme devant servir à apaiser

(1) Lev. 17. 11. If. Deut. 12. S3 Jos. Âreh. 3. 11. 2.

Jéhova (i). » Le même motif, c*est-à-dire Tusage auquel elles servaient dans les sacrifices, avait ravi à la consommation certaines parties grasses des chèvres, des brebis et des bêtes à cornes. Etaient impurs et proscrits des tables juives, le lièvre, le chameau, le porc, toute espèce de serpents et de lézards, des animaux aquatiques et sans écailles, et environ vingt espèces d*oiseaux et particulièrement les oiseaux de proie. Ces défenses étaient religieusement observées, et dans la persécution syrienne, on vit un grand nombre de Juifs endurer les plus cruels supplices , plutôt que de manger de la chair de porc (2). A Jérusalem, on ne pouvait ni garder des animaux "immondes, ni importer leur chair.

463. — Après cela, il y avait encore des impuretés, résultant de certaines sécrétions du corps, d'infirmités, par exemple, de la lèpre, ou du contact d'un cadavre. Elles duraient quelquefois un jour, ou une semaine entière : qui les avait contractées, devait laver ses vêtements, se baigner dans une source, ou oiFrir un sacrifice, quand il s'agissait d'impuretés naturelles et continues. La loi, et il est facile de s'en convaincre, la loi qui posait ces prescriptions, regardait la mort comme le châtiment du péché, les infirmités et la corruption qui se manifeste, par exemple dans la lèpre, comme les symptômes de la dissolution du corps mortel.

(1) Lev. I7,il.

(â) 1. Maeh. 1. 65^ 2 Mach. 6, 18.

m. — DOCTRINES RELIGIEUSES DU PEUPLE JUIF.

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