I. — ÉCRITURE ET TRADITION
154. — La Thora ou Pentateuque, était Tobjet de la vénération générale et regardée comme le livre saint par excellence, le code de la nation, la grande charte de Tétat juif. Les données nous manquent pour décider si avant Josèphe, il existait une collection universellement admise, de livres regardés comme inspirés. On dit seulement que Néhémie (43 ans av. J.-C), réunit une bibliothèque, contenant les histoires des Rois et des Prophètes, ainsi que les lettres des Souverains sur les présents du temple. Josèphe (t) est le premier qui parle d*une collection de 22 livres, universellement admis comme divins. Il y place, à côté de la Thora, treize livres, où les prophètes qui ont vécu après Moïse ont consigné les événements qu'ils ont vu se dérouler sous leurs yeux — et ensuite quatre écrits, contenant des chants en Thonneur du Très-Haut et des règles da conduite pour les hommes (les Psaumes, les Proverbes^ TEcclésiaste, le Cantique des Cantiques). On ignora quels furent ces treize livres, écrits par desprophètes(2). Il est certain que bien longtemps après, un grand
(1) Contra Ap. 1,8.
(2) Comp. Jdovert : Lod qQîd. hist. Canon. V. T. iUust. Vratial. 1842, p. 9 sq. Hantberg, Gersch. des bibl. Offenbar. 1850. p. 096. M. place ainsi ces treize livres de Josèphe : 1. Josué. 2. Les Juges. 3. Ruth. 4. Premier livre des Rois. 5. 2« des Rois. 6. 3* des Rois. 7. 4* des Rois. 8. Isa1e.9. Jérémie avec les Lamentations. 10. Ezécbièl 11. Les douze petits prophètes. 12. Job. 13. Daniel. La liste ne comprenait donc ni les Paralipomènes, ni les deux livres d'E8dras,ni Estber.
^2i PAGANISME
nombre de Juifs excluait du Canon le livre d*Esther. On trouve dans le Talmud des assertions, des témoignages qui prouvent qu'on a contesté la canonicité de quelques livres admis par Josèphe, et particulièrement de rËcclésiaste et du Cantique de Salomon. Ce nç fut qu'après la destruction de Jérusalem que les écoles des Scribes dressèrent le Canon des livres saints écrits en hébreu. Les Juifs d'Alexandrie admettaient comme deutéro-canoniques Baruch, l'Ecclésiastique, la Sagesse, Judith, Tobieet les livres des Hachabées, que les Juifs de la Palestine ne recevaient pas, ou parce qu'ils avaient été écrits en grec, ou que les originaux hébreux ou chaldéens avaient disparu.
155. — Les idées religieuses des Juifs n'étaient exprimées qu'en partie dans les livres saints, et ceux-ci n'enseignent presque pas si ce n'est par le récit des événements et des faits. La Thora, qui est la grande source, n'a pas, à proprement parler, de partie dogmatique et il en est de même pour les autres livres qui tous, celui de la Sagesse excepté, supposent des dogmes, y font allusion, sans les proposer ex professa. Mais il existait, parmi les Juifs, une tradition orale qui remontait jusqu'aux Patriarches, et qui sans doute, ne renfermait dans le principe que quelques articles fondamentaïuL : parmi ceux-là même il en est, dont la loi ne parle pas explicitement, ou parce qu'elle les suppose, ou qu'elle a voulu les omettre, comme, par exemple, la question de l'autre vie. Cette tradition confiée à un peuple qui était loin de croupir dans l'ignorance ou dans la stupidité, n'était pas un dépôt stérile ; elle tendait à se développer constamment, comme intimement Jiée à la situation religieuse de la nation. L'histoire des Hébreux et leurs relations avec des peuples étrangers, le contraste ou l'affinité de leurs doctrines avec des théories païennes, contribuaient à maintenir la tndi*
Uon dans un mouvement constant et à la développer. Cest ainsi qu'on vit de mieux en mieux les conséquences, renfermées dans les dogmes ; bien des choses qui se trouvent dans les livres postérieurs à Moïse, ont été tirées de la tradition et sont inintelligibles pour celui qui la nierait. Le texte de la Thora restait naturellement la base, Tappui de la Tradition ; mais on ne se souciait que médiocrement d*une interprétation littérale : on allait beaucoup plus loin que les textes de la Bible, sur lesquels on appuyait la Tradition, comme le prouvent les exemples de S. Paul et du Sauveur luimême.
186. — Quand, après la captivité de Babylone, le zèle religieux se réveilla parmi les Juifs et les poussa en foule aux écoles de la Loi, on vit se développer aussi une activité, correspondant aux aspirations dogmatiques de ce temps. Cette activité ne se borna point à l'étude exclusive de la loi rituelle et politico-morale; la lutte contre THellénisme, l'apparition des Sadducéens réveillèrent les intelligences. Les Juifs, à l'exception des Sadducéens, auraient traité d*insensé ou de séducteur, celui qui aurait prétendu ne rien croire que ce qu'on pouvait lui démontrer avec des textes évidents de la Thora — et aurait voulu s'en tenir, dans l'interprétation des textes, à son propre jugement, au mépris de l'exégèse traditionnelle de la Synagogue.
157. — Que le sang dont on se servait dans les aspersions de la P&que, était mélangé avec de l'eau — que le livre de la Loi était aussi aspergé — voilà deux points qu'on ne savait que par tradition; car la Thora n'en parle pas (i). L'obligation de fréquenter les Synagogues ou oratoires aux fêtes et au Sabbat, n'est écrite nulle part. C'est dans la tradition seule, que les
(1) Hebr. 9, 19.
Juifs apprirent (point cependant si important dans !*&• conomie de leur religion) que la Loi avait été donnée à Moïse par l'intermédiaire des Anges ; mais cette tradition, déjà introduite dans le texte par les traducteurs d'Alexandrie, fut adoptée et confirmée par Josèphe et le grand Apôtre (i). Celui-ci tira encore de la tradition Juive de son temps ce qu'il a dit de la pierre qui donna l'eau et suivit les Israélites dans leurs pérégrinations à travers la solitude (s); — ce qu'il a dit sur les différentes régions du ciel (3). La doctrine des récompenses et des peines de l'autre vie, d'une géhenne destinée aux réprouvés et d'un paradis, qui faisait partie du Hadës et oijL séjournent jusqu'à la résurrection les âmes des justes — toute cette doctrine, sanctionnée par le Sauveur lui-même (4), s'appuie, non sur les textes de l'ancien Testament, mais uniquement sur la tradition orale,