PROPHÉTIES RELATIVES AU MESSIE
181. — Comme les sentiments religieux du peuple élu pouvaient facilement dégénérer en orgueil et arrogance, il fallait qu'il se rappelât sans cesse qu'il n*avait été choisi que pour être dans la main de Dieu un instrument de salut pour les autres nations — qu'il se trouvait dans une situation essentiellement transitoire — et n'était nullement destiné à rester toujours isolé des autres peuples de la terre. Tout Israélite devait prévoir qu'à un moment donné tomberait le mur de séparation; c'est dans le Libérateur de la nation, le grand Prophète que convergeaient donc la loi, les cérémonies; elles ne pouvaient être comprises qu'à la lumière de ce dogme fondamental. Attendez-vous un Messie? Quel est-il? — étaient des questions auxquelles étaient attachées les destinées de la nation : l'attente du Messie était comme l'arôme qui préservait la vie religieuse de toute corruption. Si comme on disait, les dieux païens ressemblaient à leurs adorateurs, on pouvait dire que le Messie serait comme la masse des Israélites, à l'époque du grand événement, c'est-à-dire que dans le Messie qu'ils attendaient se refléteraient fidèlement les sentiments de leur cœur. Les livres prophétiques avaient donné quelques traits de l'auguste figure de celui que Dieu enverrait, selon l'attente des patriarches, pour le salut de son peuple ; mais ses traits isolés, voilés d'une obscurité poétique, semblaient ne pas trop s'harmoniser et prêtaient à l'arbitraire des interprétations ; et la présomption des Juifs charnels put facilement, en écartant ce qui leur déplaisait dans ces prédictions, façonner un Messie au gré de leurs désirs.
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Voilà ce qu'il est impossible de ne pas sentir, quand on compare la situation des Juifs depuis Pompée, avec ridée du Messie, telle qu'elle s'est successivement développée dans les livres saints.
18:2. — Abraham et Jacob, son petit-flls, reçurent jusqu'à cinq fois l'assurance qu'en eux seraient bénis tous les peuples du globe (i), que leur postérité initierait toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu — enfin, que les habitants des contrées les plus reculées regarderaient comme la suprême félicité d'être comptés parmi les fils d'Abraham.
183. — La prophétie de Jacob désigna la tribu de Juda comme le principal instrument des desseins de la Providence: « Le sceptre ne sortira pas de Juda, ni l'empire de sa postérité, jusqu'à vienne Schilo (« la paix ou le repos, » c'est-à-dire le rejeton auguste de Juda qui apportera la bénédiction de la paix) ; il sera l'attente des peuples (s). .
184. — Les prophètes rattachèrent leurs espérances et leurs prédictions à la maison de David, après que celui-ci eût reçu la promesse < que son règne n'aurait point de fin et son trône était affermi pour l'éternité. » Le règne de David sera éternel: Dieu est avec lui et avec sa postérité (3). David lui-même savait que le Seigneur avait fait une alliance éternelle avec lui (4). Son nom, est-il écrit, durera à jamais et il sera béni, il fleurira tant que brillera le soleil (5). Ce dominateur qui régnera dans tous les temps et qui étendra son empire jusqu'aux extrémités de la terre, conviera tous les peuples à partager la félicité de son règne : les hum-
(t) Gen. 12, 2. 3. — 18, 18-22, 16. 18-26, 4; 28, 14.
(2) Gen. 49, 10.
(3) Ps. 17, 51.
(4) 2 Rois 23, 5 ib. 7,12sq.
(3)Ps.71,17.
bles surtout, les pauvres et les misérables verront alors leur sort s'améliorer (i). Il réunira le sacerdoce et la royauté; mais ce sacerdoce, différent de celui d*Aaron, aura une durée sans fin (s). Tous les peuples lui seront soumis; les rois tiendront à honneur de le servir ; son nom vivra éternellement et tant que le soleil sera au firmament, il se perpétuera dans les générations qui se succéderont sur la terre (3).
188. — Les espérances se concentraient donc sur un rejeton de la maison de David, qui ferait fleurir son nouveau royaume et amènerait à la foi, au culte deJéhova toutes les nations du globe : ceUes-<îi apporteront leurs trésors à Jérusalem aux pieds de Jéhova. Déjà Bethléem est indiqué comme le berceau du libérateur futur (4). Zemach, le rejeton divin, est maintenant désigné comme Celui qu*on attend : c*est un vainqueur que rien n'arrête — il étouffe toute résistance; son sceptre brise tous ses ennemis, qui sont aussi les ennemis du Très-Haut. Cependant, au moment même où il est dit pour la première fois, que le Messie, < étendra son empire d'une extrémité de la terre à l'autre » il semble qu'il restreindra son activité dans une sphère toute spirituelle et n'aura que des paroles de paix et de bénédiction (s). Dès lors, se multiplient les tableaux qui flattèrent l'amour-propre, les inclinations des fils d'Abraham et leur firent croire que le règne du Messie serait une monarchie universelle Juive, et qu*av6C leur roi ils jouiraient d'une gloire impérissable. Mais en regard de ces brillantes espérances, et pour y faire con-
(1)P8.2l;7l,4.U, fâ) Ps. 100.
(3) Ps. 71,17.
(4)Mich.5, 1.
(5J Zach. 9, 9. 10.
trepoidSfSe place Fimage d*un Messie souffrant et couvert d'ignominie.
186. — Les Psaumes nous présentent un juste, frappé de calamités que ne souffrit jamais un mortel ; honni par ses ennemis, comme un homme perdu, repoussé par son peuple et torturé dans chacun de ses membres (i). II regarde son corps brisé par les tourments,.compte ses os mis à nu et voit ses ennemis se repaître les yeux de son supplice, se partager ses vêtements et jeter le sort sur sa tunique. Ces souffrances inouïes de l'Homme par excellence, conduiront à la connaissance du vrai Dieu toutes les générations des païens (2).
187. — Isaïe achève le portrait de l'homme des douleurs, ébauché par le prophète- Roi. Le serviteur de Dieu, Emmanuel, le rejeton (Zemach) est appelé dès le ventre de sa mère (s) par Dieu, qui lui communiqua son esprit (4), et lui plaça ses paroles sur les lèvres (5). II ouvrira les yeux aux aveugles, annoncera la bonne nouvelle à ceux qui souffrent et la délivrance à ceux qui gémissent dans la captivité (6). Il sera le Rédempteur des fils de Jacob, qui quittent le péché, une lumière pour toutes les nations (ly, pour que le salut de Jéhova pénètre jusqu'aux extrémités de la terre (s). Ge serviteur de Dieu sera le signe vivant de l'alliance du Très-Haut avec son peuple, le médiateur entre Dieu et ceux qu'il a choisis (9) : de lui sortira la nou*
(l)Ps. 21,
(2) Ps 21,28.29.
(3) Is. 49, 1.
(4) Ib. 42, 1 .
(5)lb.51, i6.
velle loi de la nouvelle alliance. Et immédiatement après, le Prophète décrit les souffrances de ce serviteur, dont Tabandon, rignominie, les malheurs excitent la pitié des hommes : on regarde comme un coupable justement frappé, l'innocent qui a voulu se charger de nos iniquités, de nos douleurs, qui porte nos infirmités, qui a été blessé à cause de nos méfaits et dont les blessures ont été notre guérison. Semblable à l'agneau qu'on mène à la boucherie, il souffre et meurt en silence pour nos. péchés (i) : ses douleurs et sa mort sont un sacrifice d'expiation (t). Il en recevra la récompense, sera glorifié, conduira par sa sagesse un grand nombre à la justice et sera établi par le Seigneur maître des nations (s). Le serviteur de Jéhova est donc roi: les princes lui rendent leurs hommages: il va par les souffrances à la gloire, à la vie par le trépas : il triomphe en succombant et achève son œuvre, au moment qu'il semble être rayé du nombre des vivants.
488. — Daniel représente le Messie comme l'envoyé de Dieu, le Roi descendu du ciel pour se mettre à la tète d'un empire fondé sur la terre et devant embrasser tous les peuples et tous les siècles. Les empires assyrio-babylonien, perse, grec, romain se succèdent et passent, et sur leurs ruines s'élève, vaste et indestructible, l'enn pire du Fils de l'homme, élevé dans le ciel sur le trdna de la Divinité ; cet empire ne sera donné à aucun autr^ peuple (4).
189. — Le prophète Zacharie fixe le regard et les espérances du peuple sur le rejeton de David, le -Zemach, qui réunissant pacifiquement la dignité sacer-
(1) Is. 53, 7. 8.
(2) n>. ta, 13.
(3) Ib. 55, 4.
(4) Dan. 2, 44-45.
dotale à la royauté» construit le temple du Seigneur avec ceux qui viennent de loin dans ce but (i). Sa parole pénètre dans le monde païen et sa domination s*étend sur toutes les parties du globe. Puis il se montre sous l'image d*un bon pasteur; il veille sur le peuple tyrannisé par Tégoîsme de pasteurs mercenaires ; mais, méconnu par son troupeau ingrat et livré à ses ennemis pour trente deniers d'argent, il brise sa boulette, renonce à sa charge et abandonne le peuple aux discordes intestines qui Ténervent (s). — Enfin, le Pasteur méconnu prouve qu'il est le Seigneur luimême; il épanche l'esprit de la grâce et de la prière et alors les Juifs pénétrés de repentir, jetteront des regards suppliants sur celui qu'ils ont transpercé. Le prophète voit après la mort du Pasteur, le troupeau dispersé: il n'en reste qu'un tiers et ceux-ci, purifiés par le feu de la tribulation, forment un peuple que le Seigneur chérit et qui réciproquement, se réjouit d'avoir Jéhova pour Dieu (s).
190. — Malachie, le dernier des prophètes, voit dans l'avenir un sacerdoce pur : ces enfants de Lévi, purifiés désormais appartiendront au Seigneur et offriront au Seigneur un sacrifice, du couchant à l'aurore et même au sein des peuples païens, amenés au culte du vrai Dieu (4). Cette prophétie complétait et confirmait celle d'Isaïé qui avait déjà annoncé que Dieu choisirait • parmi les Gentils des prêtres et des lévites qui, au lieu du culte légal, lui offriraient un sacrifice pur et nouveau (5). Malachie achève ensuite l'image du Messie,
(i;Zaeh,6, 13-15.
(2) Ib. 11.
(3) ft. 13, 8-9.
(4) Mal. 3, 3; 1,11.
(5) U. 66, âO.
ébauchée par les prophètes: il annonce c l'Ange, » le Messager que Dieu devait envoyer pour préparer les voies du Seigneur, et cet ange, il le désigne comme un nouvel Elîe, le prédicateur et le modèle de la pénitence et convertissant la jeunesse comme la vieiU lesse.
491. — Il y avait longtemps que Jérémie avait pro^ nonce une parole mémorable et qui seule aurait dû ou-» vrir les yeux aux Juifs des derniers temps et réfréner leur zèle aveugle pour la loi: un temps viendra, avait-il dit, où l'on ne songera plus à l'arche du Seigneur; on n'en sentira plus l'absence; on ne sera pas tenté d'en construire une autre, ce sera lorsque les Gentils s'assembleront autour du trdne du Seigneur, au sein de la Jérusalem nouvelle (i). C'était annoncer en effet que le culte typique légal allait être totalement transformé. A cela se rattachait aussi l'alliance nouvelle que Dieu ferait avec Israël, en écrivant sa loi dans leur cœur (2). Ezéchiël avait solennellement promis que, pour pouvoir pardonner les péchés Dieu donnerait i son peuple un cœur et un esprit nouveaux et remplacerait par un cœur de chair le cœur de pierre (s). Les Israélites avaient donc un miroir prophétique, qui ne leur montrait pas seulement l'image du Messie, mais leur rappelait aussi la dureté de leur cœur et l'orgueil qui en était la racine, péché national, vice invétéré qui finit par causer leur ruine, après les avoir suivis dans leur dispersion, et qui les rendit si souvent le fléau des autres peuples, sur lesquels ils avaient mission de répandre la bénédiction du Ciel,
(1) Jer. 3, 6.
(2) Ib. 31, 33. 34.
(3) Ezech. 11, 19; 30, 26; 36, 26.
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